Les Jumelles de Highgate ou le roman gothique anglais

1043739-gfLes Jumelles de Highgate d’Audrey Niffenegger, perpétue la lignée du roman sombre anglais, à base de surnaturel, de mélancolie et d’histoires sentimentales pour ne pas dire passionnelles. Ce roman sombre, il est aussi appelé roman gothique, né dès la fin du XVIIIe siècle et est le précurseur du fantastique. Il s’étend ensuite sous l’ère victorienne grâce à la plume d’auteurs hantés par le passé, en particulier le Moyen Âge, les décors noirs, qui débrident l’imagination, d’où cette qualification de gothique. De plus, il faut ajouter que la bourgeoisie de l’époque s’intéresse à la « magie », que la psychologie et l’hypnose ont le vent en poupe. Horace Walpole initie le genre dès 1764 avec Le Château d’Otrante, puis Bram Stocker se fait connaître tout juste avant le XIXe avec son indémodable Dracula, fameux roman de vampire et repris avec maestria par Francis Coppola, puis vient Mary Shelley connue pour son Frankenstein, roman d’horreur s’il en est, ou encore d’autres auteurs comme M. G. Lewis, E. A. Poe et les sœurs Brontë qui, si elle n’usent pas d’artifices irréels, plantent leurs intrigues dans des landes battues par les vents, des châteaux et par des histoires amoureuses complexes mettant en valeur les différences sociales, comme cela se passe dans Les Hauts de Hurlevents.

Ce qu’il y a d’étonnant dans le roman gothique, c’est qu’il fait fi des différences, et que ces différences-mêmes font toutes les histoires. Ainsi dans Le Moine, un religieux tombe amoureux d’un novice, qui se trouve être en fait une femme. Dans Dracula, un vampire s’éprend d’une jeune femme, et dans Les Hauts de Hurlevents, l’amour de Heathcliff et Catherine n’engendre que du malheur. Le roman gothique anglais pourrait être renommé le « roman frontière », car il joue sans cesse sur les thèmes âme/corps, animal/humain, amour/mort, réel/irréel, et l’amour est le thème qui permet de transcender ces antinomies.

Audrey Niffenegger a repris tous ces thèmes dans son premier roman. Il s’agit de deux sœurs jumelles, Julia et Valentina, des noms très préraphaélites, qui, suite à la mort de leur tante Elspeth, reçoivent un héritage consistant entre autre un appartement victorien à Londres. Elles doivent y vivre pendant un an avant de pouvoir toucher l’héritage. Elles découvriront les habitants de l’immeuble dont un certain Robert, qui fait une thèse sur le cimetière de Highgate, Martin, un cruciverbiste névrosé ou encore un fantôme, qui loge dans leur appartement.

L’auteur nous livre un très beau roman, très facile à lire (les puristes ne parleront pas là de littérature), qui raconte avec une certaine fascination la relation presque incestueuse et destructrice que peuvent entretenir les jumelles, et le roman se finit de façon assez mystérieuse, sans aucune distinction entre Bien et Mal. Les jumelles sont de vraies héroïnes de roman gothique, séduisant sans se rendre compte, muses sans le vouloir, hors du temps et ne suivant jamais un chemin tracé d’avance. Pour cela elles me font penser à l’héroïne de L’ensorceleuse, roman sublime d’Elizabeth Hand, dans lequel une jeune femme incroyable, nommée Larkin, traverse les époques et inspire de nombreux artistes, des préraphaélites Rossetti à Millais, aux chanteurs de groupes rock. Cette femme, aux traits durs et aux cheveux roux, a quelque chose de magnétique, féerique, et promène dans son sillage une curieuse odeur de pomme… Je classerais également ce livre dans le roman gothique, et placerais en échos un autre roman : Jonathan Strange et Mr Norrellde Suzanna Clarke, qui promène ses héros principaux, des magiciens, dans un Londres du XIXe et dans des châteaux hors du temps de la campagne anglaise. Ce roman est un digne successeur d’Austen, par son ironie mordante, et de Poe, par son charme fantastique. Il déploie également des images très similaires à certaines illustrations d’Arthur Rackham, dont celles inspirées de Songe d’une nuit d’étéde Shakespeare.

Tous ces nouveaux romans, dont Les Jumelles de Highgate se fait l’étendard de cet article, nous font revivre un Londres victorien, une campagne anglaise pluvieuse et l’on se prend à sentir sous la langue l’acidité de la pomme, une main froide sur son front, tandis que sous nos yeux fiévreux, un lampadaire se dédouble et clignote…

Une réflexion sur “Les Jumelles de Highgate ou le roman gothique anglais

  1. Eh bien ca donne envie de connaitre un peu plus l'histoire de ces jumelles tout ça !
    Je pense que dans la petite introduction sur le roman gothique, on peut aussi citer Ann Radcliffe et ses Mystères d'Udolpho. L'héroïne est un peu agaçante et le livre est sorti trente ans après celui de Walpole, mais c'est tout de même lui qui a mi le gothique a la mode!

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