Lizzie Saint Septembre, ou la danse macabre et décadente…

Lizzie est le genre de personnes que nous apprécions à Faunerie : elle semble avoir vécu au XIXe siècle, un siècle auquel nous, Faunes, sommes très attachés. Elle fait partie de ces quelques personnes qui, tout en vivant au XXIe siècle, ont hérité de l’âme et de l’esthétique de cette glorieuse époque, je pense en particulier au décadentisme de fin-de-siècle et au romantisme noir. Voici une interview que Lizzie a eu la gentillesse de bien vouloir m’accorder. Je vous laisse lire ses mots, contempler ses photographies et découvrir son monde spectral…

Elora par Lizzie Saint Septembre.

~ D’où vient Lizzie Saint Septembre ? Est-ce une allusion à la muse et artiste préraphaélite Elizabeth Siddal ?

Lizzie Saint Septembre, le nom pourrait venir de la muse oubliée des peintres préraphaélites, Elizabeth Siddal… ou encore de Lizzie Borden, meurtrière à la hache… Remarquables figures de l’histoire devenues fantômes. Mais il n’en est rien. Lizzie vient de Septembre, même si elle est née en juin. Lizzie vient de nulle part et va Dieu sait où…

« Les trois âges de la femme » par Lizzie Saint Septembre.

~ Peux-tu te présenter brièvement ?

Naviguant dans un vaste milieu artistique, je m’improvise modèle ou photographe à mes heures. Plus souvent chocolatière, puisqu’il faut payer le loyer, mais aussi parce que c’est également une forme d’art, délicieuse de surcroît.

Lizzie Saint Septembre par Eric Keller.

~ Quels ont été tes premiers contacts avec l’art, quel a été ton parcours artistique ?

Comme nombre d’entre nous, je ne saurais concevoir une vie sans l’art, elle en perdrait une grande partie de son intérêt. Après avoir longtemps aimé et pratiqué le dessin, sans jamais vraiment dépasser le stade des griffonnage sur feuilles de cours, je me suis tournée vers la photo, tout d’abord en tant que modèle pour des amis, puis pour des photographes dont le travail me plaisait, tout en commençant moi-même à photographier en parallèle.

Lizzie Saint Septembre par Paul Von Borax.

~ Qui sont tes artistes préférés ? À quels artistes t’identifies-tu, lesquels ont exercé une influence sur toi ?

Il y a quelques années déjà, quelqu’un m’a fait découvrir la fameuse Lizzie Siddal (modèle de John Everett Millais pour son tableau Ophélie, notamment) et depuis je suis tombée amoureuse des peintres préraphaélites… Beaucoup m’ont également comparée à la danseuse et modèle parisienne Cléo de Mérode, très célèbre au début des années 1900. Ophélie, Cléo, Elizabeth, sont une source d’inspiration pour nombre des photographes avec lesquels j’ai travaillé.

Lizzie Saint Septembre par Féebrile.

Aussi, j’admire Irina Ionesco, son sens artistique, souvent sombre et sensuel, et son pouvoir de choquer tout en plaisant. Les scènes étranges de Sally Mann, les impressionnants portraits de Désirée Dolron. Ou encore Joel-Peter Witkin et son talent pour traiter la figure du monstre, du laid, tout en beauté. Et tellement d’autres artistes incroyables encore…

Lizzie Saint Septermbre, autoportrait.

~ Peux-tu décrire en quelques mots ton univers artistique et ce que tu cherches à y exprimer ?

Mon univers artistique est un reflet de moi-même, je me retrouve rarement dans la peau d’un personnage qui ne me ressemble pas au moins un peu, comme pourrait le faire une actrice, ou même certains modèles. Peut-être que cela me plairait, mais le monde de spectres et chimères dans lequel j’évolue me semble aujourd’hui suffisamment vaste pour ne pas me lasser.

Lizzie Saint Septembre, autoportrait.

~ Comment se déroulent tes séances photographiques ?

Chacun de mes autoportraits raconte une histoire, et même si je suis sans doute la seule à les connaître, un regard extérieur peut tout à fait imaginer ce qui lui plait. Je ne cherche pas à laisser passer de message en particulier, juste des sentiments qui vont et viennent au gré du temps.

Lizzie Saint Septembre par Isaure Anska.

~ Comment vois-tu l’évolution de ton travail à l’avenir ?

À l’avenir, j’espère évoluer en tant que modèle et toujours progresser en tant que photographe. Faire toujours plus d’images, d’une qualité toujours meilleure.
« Annonciation » par Lizzie Saint Septembre.
* * *

À propos de Cléo de Mérode :

La danseuse Cléo de Mérode (1875 – 1966) photographiée par Nadar (1820 – 1910).

« À la Belle Époque, sous l’influence du décadentisme et du symbolisme, hédonisme et spiritualité se côtoient : littérature, spectacle vivant et arts figuratifs reprennent le thème romantique de la femme comme idole de beauté tantôt angélique, tantôt diabolique. Il confine alors à l’obsession, et les exemples de femmes fatales se multiplient : un des personnages favoris est celui de Salomé, à qui Oscar Wilde consacre le drame éponyme illustré par Aubrey Beardsley. À cette image sulfureuse correspondent « les trois Grâces de la Belle Époque », les artistes et demi-mondaines Liane de Pougy, Émilienne d’Alençon et la belle Otero, tandis que l’idéal angélique est incarné par Cléo de Mérode, icône d’une beauté sans fard ni ombres, qu’elle entretient et défend à tout prix. »

[…]

« Cléo de Mérode ne marque pas l’histoire du ballet : danseuse décorative plutôt qu’interprète, elle n’est pas une artiste à proprement parler, mais, à l’image du dandy célébré par Oscar Wilde, elle réussit à devenir elle-même une œuvre d’art, charmant Marcel Proust et Reynaldo Hahn. « Préraphaélite » dans sa jeunesse, « classique » dans sa maturité, Cléo devient l’incarnation d’un idéal de beauté féminine intemporelle qui suscite un désir moins charnel qu’esthétique. Peter Altenberg, écrivain viennois décadent ami de Gustav Klimt, écrit : “Cléo de Mérode, tu es un paradigme de la force esthétique, qui prend une apparence individuelle afin de livrer au monde le genre exceptionnel de ton expression artistique. […] L’exposition publique d’une perfection particulière peut exceptionnellement contribuer à l’évolution du genre humain ! […] C’est comme si tu conduisais les femmes modernes vers l’image idéale de leurs désirs, et dans ce sens tu es une grande artiste !” »

Extrait de l’article Cléo de Mérode, une icône entre Romantisme et Symbolisme sur histoire-image.org

* * *

Retrouvez Lizzie Saint Septembre sur…

 

~ Rédigé par Florent Thomas.

Une réflexion sur “Lizzie Saint Septembre, ou la danse macabre et décadente…

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