La Belle Dame Sans Merci, de Frank Cadogan Cowper

La Belle Dame Sans Merci est devenue, depuis les poèmes de Alain Chartier (XVe) et John Keats (XIXe), une légende. Celle d’une dame envoûtante et dangereuse, une fée. Elle a été peinte par de nombreux artistes, en particulier préraphaélites et affiliés, comme John William Waterhouse, Arthur Hughes, Dante Gabriel Rossetti, et ici, Frank Cadogan Cowper.

Il s’agit d’un peintre préraphaélite de la fin du XIXe et début XXe, et l’une de ses œuvres que je vais vous présenter a pour titre La Belle Dame Sans Merci. Cowper est intégré au mouvement Préraphaélite sur le tard, et il s’est même fait appelé le Dernier Préraphaélite. Il a un style bien à lui, les couleurs sont très présentes, chatoyantes, et créent des ambiances magiques. L’artiste est très influencé par la littérature, comme la célèbre pièce de William Shakespeare Le Songe d’une Nuit d’Eté et évidemment le poème de Keats La Belle Dame Sans Merci, ainsi que la légende arthurienne. C’est du poème de Keats, qui mêle le mythe courtois du chevalier errant et amoureux, ainsi que la présence aérienne et féerique d’une jeune femme, dont Cowper s’inspire pour le tableau ci-dessous :

La peinture est construite en pyramide : la jeune femme est le personnage central et ses bras relevés forment un dôme au-dessus de sa tête. Sa longue robe -rouge- est étalée en une sorte de triangle et à ses pieds est allongé un jeune homme en armure, qui prend tout le cadre à l’horizontal. Les deux jeunes gens se trouvent dans une prairie de coquelicots et derrière eux un imposant flanc de montagne bouche l’horizon, donnant une atmosphère étouffante, inquiétante.

Les couleurs restent primaires : du rouge, symbole de la sexualité et du sang, donc de la mort, du vert, qui représente évidemment la nature comme la simplicité, des ocres pour la terre, et du gris argenté pour l’armure qui attire l’œil.

La tête du chevalier est presque inexistante, car ce n’est pas elle qui est importante, mais le corps, représentant d’un temps et d’un ordre révolus : la chevalerie du Moyen Âge, l’époque de l’amour courtois et de la croyance dans les légendes.

La jeune femme est dans une position dominante, sa peau est très blanche (c’était le canon en vigueur à l’époque), et elle possède une longue chevelure rousse, telle Lilith, symbolisant la ruse, le péché, et la sorcellerie. Car la Belle Dame est une fée, celle qui ensorcelle le chevalier et qui, finalement, lui ôte la vie. Sachant que « merci » dans le sens utilisé ici veut dire « le bon vouloir de », la Belle Dame Sans Merci n’a donc pas la volonté d’épargner l’homme.

Petite explication qui, je l’espère, vous aura plu. N’hésitez pas à apporter votre commentaire, je ne fais pas d’Histoire de l’Art, mon regard est plutôt littéraire et curieux.

5 réflexions sur “La Belle Dame Sans Merci, de Frank Cadogan Cowper

  1. Mh, sans vouloir être tatillon, le rouge en peinture, dans mes souvenirs, s'il fait référence à la sexualité et au sang, fait surtout référence à la vie, à la virilité; d'où le fait que pendant longtemps les petits garçons étaient vêtus de rouge et les petites filles de bleu, couleur de la Vierge.

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  2. Je suis d'accord avec Morgause : ici, le rouge ne peut symboliser la vie puisque la Dame sans merci provoque la mort. En revanche, il peut peut-être symboliser l'amour qu'elle fait naître chez ses malheureux soupirants et qui les consume comme une flamme, non ?

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