Mick Bulle, photographe de l’étrange

Aurtoportrait
Mick Bulle nous a contactés il y a quelques semaines, souhaitant nous faire partager son travail photographique. On a été séduits par le coté extraordinaire de ses photos. Elles dégagent quelque chose de quotidien et à la fois complètement étrange. Nous l’avons donc interviewé !
~ Bonjour Mick Bulle, tout d’abord, pourquoi ce pseudonyme ? Pouvez-vous vous présenter un peu ?
Bonjour, merci à vous de m’accueillir dans votre Faunerie. Mon pseudonyme a été trouvé suite à une collaboration artistique. L’idée de la « bulle » est apparue comme une évidence à mes yeux. Elle représente pour moi une échappatoire créateur me permettant de construire un idéal. Comme un cocon, refuge solitaire. Un lieu où je me sens libre. Un peu comme à l’intérieur de ma chambre d’enfant où je passais la plupart de mon temps, enfermé à clé, loin des regards pour m’inventer toutes sortes d’histoires avec mes jouets. Aujourd’hui, j’ai toujours cette envie de réaliser des histoires mais avec ce profond désir d’exposer et partager ma « bulle ». Si bien qu’à la place de mettre en scène mes peluches et Playmobils, je me plais a plonger des personnes de mon entourage dans les profondeurs de mon travail photographique construit au fur et a mesure des années et de mes états d’âmes. En fait, j’ai toujours été attiré par ce qui concerne le domaine de l’image. Je me suis essayé au dessin, graphisme et vidéo. J’ai écrit et réalisé quelques courts-métrages indépendants (visibles sur mon site) qui ont été sélectionnés dans des festivals fantastiques en France et à l’étranger. Je me suis également essayé au clip musical et a des vidéos préventives comme celle de Ciel, conçue pour la Macif, dédiée à la prévention contre le suicide et qui à remportée le prix du jury.
~ Pourquoi avoir choisi la photographie comme moyen d’expression ?
C’est à la fin de mes années de lycée, parce qu’il fallait choisir une voie d’orientation, que je suis allé, assez naïvement, vers la photographie. Premier appareil photo argentique entre les mains, j’ai commencé à développer cet art en allant me promener dans les cimetières et autres lieux aux ambiances austères. C’est à partir de là que s’est déclenché chez moi l’envie d’approfondir ce moyen d’expression. N’étant pas une personne au caractère triste mais étant plutôt réservé, j’ai compris qu’à travers ces choix de lieux, je cherchais et pouvais retranscrire certaines angoisses que j’avais au fond de moi. Un mal être enfoui qui par l’intermédiaire de la photographie pouvait peu à peu se révéler. Une façon pour moi de suivre une thérapie sous forme d’imagerie sublimée par mon appareil photo. Je crois que ceci m’aide à me connaître, me construire, me surprendre et à accepter peu à peu la personne que je suis aujourd’hui. Elle me permet également de fuir une réalité qui m’ennuie… et montrer des facettes sombres que peu de personnes soupçonnent chez moi, comme par exemple mes petites vengeances personnelles où je m’amuse à mettre en scène la mort de certains camarades de mes années scolaire que je haïssais. A chacun sa façon de se soulager du passé !
~ Vos images sont très étonnantes et étranges, tout ceci sort-il de votre imagination ? Qu’est-ce qui vous inspire ?
Je crois être véritablement attiré par tout ce qui peut sortir de l’ordinaire. Faire du quotidien une situation sous l’ordre du fantastique me plait assez. Se perdre entre l’onirisme, la réalité, la folie et la raison…mon travail est fait de toutes ses envies. La présence de certains de mes fantasmes visuels est également très présente : des situations incongrues auxquelles j’aimerais participer dans le réel en tant que simple spectateur curieux, mais caché, de peur d’être témoin d’une scène cauchemardesque… Ceci a un côté très excitant auquel j’aime songer et développer dans ma démarche artistique. Que ce soit une personne inconnue croisée dans la rue, une ambiance, un lieu, une musique, une scène de film, une situation, un regard… Il y a des périodes où tout ce qui m’entoure m’inspire, même les choses les plus anodines. Lors de la création de mon premier livre Les égarés, mon cerveau était dans un tel état d’ébullition que des visions me venaient de partout. Ceci en était épuisant et frustrant car il m’était impossible de tout mémoriser pour m’en souvenir.
~ Qu’essayez-vous de transmettre au spectateur ?
Je veux que le spectateur soit libre de son interprétation. Mon envie première est de faire réagir et surtout de raconter une histoire. Tel un livre entrouvert dont on essaye de percevoir le début et la fin de la mise en scène qui est soudainement proposée. J’aime également l’idée que le spectateur puisse être interloqué par une photo évoquant plusieurs sentiments chez lui : la gêne, l’incompréhension, la fascination ou bien encore l’excitation, car le spectateur peut également se retrouver en état de complicité avec le modèle présent sur certains clichés. Je souhaite jouer sur plusieurs variations avec toujours une petite pointe d’ambiguïté. Une façon pour moi de laisser au spectateur le soin de s’approprier la photo selon son vécu personnel.
~ Pouvez-vous nous présenter votre livre Les Égarés ? Que « raconte »-t-il ?
Il s’agit d’un premier recueil photographique construit sur trois échelles de psychoses physiques, sentimentales et psychologiques. L’idée est que le spectateur s’égare lui aussi au fur et a mesure qu’il tourne les pages du livre. On commence vers un état d’égarement calme et on fini par un état perturbé plus en profondeur, au bord de la paranoïa. Chaque photographie se décline en plusieurs facettes. On navigue entre la mélancolie, les mises en scène décalées au romantisme noir et des contes revisités tels que Alice aux pays des merveilles, ou bien encore Le petit chaperon rouge pour un côté faussement enfantin et naïf. Des références à certains films comme E.T de Spielberg ou bien encore à Psychose… Ce qui m’a permis de faire un clin d’œil à Hitchcock, l’un des maîtres du suspens, pour son univers qui ne me laisse pas indifférent. J’ai opté pour une sélection de photographies en couleur et noir et blanc jouant entre les tourments solitaires et la dérision de l’esprit. Pour toutes celles et ceux que cela intéresse, Les égarés est disponible aux éditions Dubuisson, sur commande dans toutes les librairies de France ou sur Internet.
~ Y a-t-il des artistes qui vous influences ? Quels sont-ils ?
Mon inspiration vient surtout de certaines scènes de fims réalisés par des cinéastes que j’admire. Pour en citer quelques-uns je dirais : Les amants criminelsde Ozon, Psychose de Hitchcock, Calvaire de Du Welz, La cérémonie de Chabrol, Funny games de Haneke, Orange mécanique de Kubrick, Virgin suicides de Coppola… Pour ce qui est des photographes, il y a surtout Gregory Crewdson dont j’admire réellement le talent et son efficacité à emmener le spectateur au cœur d’un moment intimiste à la limite du surnaturel.
~ Pouvez-vous nous dire comment se passe une séance photographique ? Planifiez-vous tout à l’avance ?
Les séances sont souvent des pulsions, donc elles doivent se mettre en place très rapidement, afin que je puisse toujours être dans l’euphorie de l’instant. Tout est très précis. Généralement tout y est organisé et étudié sous forme de tableaux, mais je ne fais aucun croquis. Toutes les notes sont en mémoire dans ma tête. Le cadrage, le lieu, le modèle, la lumière, la mise en scène, les accessoires y sont entièrement réfléchis avant d’organiser la séance. Je ne demande que très peu de poses différentes au modèle afin de rester dans l’axe que je me suis fixé dès le départ. Ensuite, bien sûr il y a le feeling et l’enrichissement de certains détails qui viennent s’ajouter lors de la prise de vue. En post production, je ne m’occupe que de la colorimétrie, des contrastes afin de donner l’ambiance finale que j’avais imaginée. Je ne retouche jamais au cadrage, il doit être parfait dés le départ.
~ Pour conclure cet entretien, quels sont vos projets à l’avenir ?
Pour le moment, je me concentre sur la promotion de mon livre Les égarésqui vient de sortir. J’aimerais que cet ouvrage permette aux personnes de découvrir mon travail dans la plupart des librairies de France. Ensuite j’ai des projets d’exposition proche de la région où j’habite (Loir et Cher) et aussi une envie de réaliser un nouveau court-métrage qui me trotte dans la tête depuis quelque temps…mais il est encore trop tôt pour en parler. Ce qui est sûr, c’est que je prépare de nouvelles prises de vue dans l’optique d’un calendrier pour un ami chanteur à l’univers atypique et dérangeant.
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