Le Manoir, de Emma Cavalier

Voilà un roman qui détonnera dans le paysage de nos critiques. En effet, il s’agit là clairement d’un roman érotique, axé sur les pratiques sado-masochistes, dont l’intrigue se passe dans un manoir édifié au XIXe siècle, véritable repère familial et amical d’aficionados du sexe coloré.

C’est l’entrée de Pauline, archiviste fraîchement émoulue de l’école, qui finit par se trouver un CDD dans un lieu singulier : le manoir de la Charmoie, lieu raffiné et secret. La manoir est la propriété des Andringer, une famille noble aux multiples scandales, et l’un des fils, Julien, en est le maître. Mais il est également l’organisateur de soirées spéciales, auxquelles Pauline assistera en même temps qu’elle découvrira des désirs enfouis, mêlant douleur, désir et plaisir, le sien étant particulièrement attaché et dépendant de Julien, qui est aussi son employeur.

Je pense que ce léger résumé est suffisant pour donner chaud et l’eau à la bouche. J’ai apprécié la franchise du style : l’auteure appelle un chat, un chat, mais réussit le tour de force de n’être jamais vulgaire. Il y a des scènes voyeuristes -et heureusement sinon à quoi servirait un tel roman ?- mais elles ne tombent jamais dans le dégoût, au contraire : elles excitent. De plus, l »histoire d’amour qui se lie entre Pauline et Julien est touchante et hors-norme. Les douleurs que les deux protagonistes peuvent éprouver ne sont jamais gratuites : elles subliment le plaisir comme les caractères, et renversent ce que beaucoup voudraient nous faire croire : que le sexe est quelque chose de sale et immoral. Non, cela fait partie de la vie, nos désirs façonnent notre existence, et il est grand temps que nos désirs sexuels reprennent leur juste place en nous, en l’homme, sans qu’ils soient refoulés dans nos inconscients, déjà tellement malades.
On pourrait reprocher, d’un point de vue ultra féministe, le coté brutal, instable, froid et donc très masculin de Julien, qui est une figure très virile et protectrice, un peu comme le vampire à la mode de ces temps-ci. Mais il joue son rôle : il est un maître SM, le lecteur ou la lectrice doit se se soumettre à son personnage comme Pauline, même si on s’amuse avec elle de son coté effronté avec délectation. Julien fait corps avec l’ambiance du manoir, sulfureuse et érotique, dont la bibliothèque est l’endroit des nourritures existentielles comme des plaisirs interdits, il est le gardien d’une vieille tradition. Le seul bémol que je peux énoncer quant à ce roman est la fin, qui est, je trouve, périlleuse car retombe dans le vieux cliché du couple plus l’enfant, même si je peux comprendre ce que ce projet implique de fou.

Le Manoir, de Emma Cavalier, aux éditions Blanche.

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