Lilith dans la peinture

Je tiens à préciser que cet article n’a pas pour but de vous donner une présentation savante de ce qu’est Lilith, mais simplement d’en rappeler ses origines et ses symboliques de manière générale. Ce qui est surtout intéressant de voir ici, ce sont les manières dont elle a été représentée au fur et à mesure du temps dans la peinture, et de vous offrir au regard quelques belles pièces.

Lilith est considérée depuis la nuit des temps comme une sorte de démon, surtout chez les babyloniens, pour qui elle était une sorte de déesse mère et une déesse aux serpents. Cette symbolique a été reprise ensuite chez les hébreux qui en ont fait la première femme d’Adam. La religion juive a beaucoup emprunté aux religions polythéistes alentour (égyptienne et sumérienne), notamment le mythe du Déluge. Lilith est une déesse dévoratrice, sexuellement expansive, à la fécondité illimité. Mais elle est aussi le contraire : stérile et frigide. Enfin, elle représente la féminité archaïque, non asservie à l’homme, libre. Elle devient ensuite, avec la religion chrétienne, la fille et l’épouse du Diable. On la compare à une succube.

Lilith est tout de suite remplacée par Ève, et les deux femmes sont complètement opposées l’une à l’autre. Alors que l’une possède les traits de la ruse (rousseur, peau mate et yeux foncés), l’autre a les traits de l’ingénuité (blonde, peau claire et yeux bleus) ; l’une commande en quelque sorte aux serpents, ces animaux fourbes, et l’autre se laisse séduire par eux ; l’une est née en même temps qu’Adam, l’autre est née de sa côte. Je ne m’étendrai pas sur la théorie que cela laisse supposer, mais ce qu’il faut comprendre c’est que Lilith exerce une véritable fascination sur l’homme depuis 2500 ans. Son coté obscur et libéré, puissant, excite les imaginations, et les femmes comme Salomé et Judith n’en sont que des variations.

La Chute, Hugo Van Der Goes

Van Der Goes est un peintre d’origine hollandaise du XVe, de l’école flamande. Ce qui est intéressant dans cette représentation du péché originel, c’est la chimère près de l’arbre, mi-serpent mi-femme (enfin, elle ressemble assez à un lézard). Lilith était aussi connue pour se transformer en serpent, et elle aurait ainsi tenté Ève par pure vengeance. C’est son coté purement vénéneux et rusé qui est représenté ici. Lilith n’est pas une femme mais un démon, jaloux et vengeur, et sous l’emprise très chrétienne du XVe, elle ne faisait pas fantasmer mais elle faisait peur.

Lady Lilith, D. G. Rossetti
Dante Gabriel Rossetti, l’un des fondateurs du mouvement Préraphaélite, était, comme tous les peintres de cette époque, fasciné par les personnages féminins forts et tragiques, ainsi que par les chevelures rousses. Lilith est donc une belle inspiration pour ce peintre et est ici représentée comme une simple femme à sa toilette. La peau est blanche, le regard est alangui tout comme la pose. On a l’impression qu’elle se coiffe lentement, presque sensuellement, et ses longs cheveux cuivrés appellent au toucher. Le coquelicot reprend cette idée de langueur (pavot) et son rouge rappelle les lèvres charnues et le ruban au poignet, toute une symbolique efficace et sexuelle. Rossetti ne dépeint pas la reine des succubes comme quelqu’un  de fourbe et de mauvais, mais tout de même comme une femme un brin vaniteuse et fascinante.
Lilith, John Collier

John Collier est postérieur à Rossetti, et a peint « à la manière » préraphaélite. Il était un portraitiste très renommé et fit le portrait de quelques figures nobles. Sa Lilith est d’emblée très sensuelle. Nue, la peau dorée et la longue chevelure rousse la pose directement en femme sulfureuse. De plus elle se tord élégamment sous les anneaux du serpent. Elle tient d’ailleurs la gueule de ce dernier, qui semble prêt à l’embrasser (ou bien la mordre ?). Le serpent est une longue caresse dont Lilith se délecte. Elle représente bien la déesse dangereuse babylonienne, une Hérodiade en puissance, qui ne manie pas les voiles mais les corps lisses des serpents.

Lilith in the dark garden, Mab Graves
Mab Graves est une illustratrice et peintre contemporaine et définit son art de surréaliste. Sa Lilith ne correspond donc pas du tout à l’originelle, même si on retrouve certains éléments qui, curieusement, font plutôt penser à Ève : la pomme (ou plutôt, le fruit-papillon), la pâleur des cheveux et la nudité. Cette Lilith a un air peu amène, ce qui contraste avec son corps de petite fille trop vite grandie. Les lèvres et le fruit rouges accentue son coté malsain et sexuel. Lilith est aussi la reine de la nuit : l’ambiance est noire, des petits démons volent dans le ciel et une créature mi-loup mi-cerf lui tient compagnie. Mab Graves appuie sur le coté démoniaque de Lilith, qui a de faux airs de poupée.
Voici un petit tour d’horizon dans la peinture sur la plus célèbre des démones. Si vous avez des ajouts, des remarques, ou d’autres œuvres à me présenter, surtout faites-m’en part !

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