Rencontre avec une dryade : Niiv

Niiv est le genre de femme qui fascine dès que l’on a plongé un doigt de pied dans son univers. Libre, réfléchie, c’est une poétesse de l’image. Toutes ses photos nous invitent au voyage et à la réflexion, et nous rendent compte de l’immense amour que la photographe porte à la nature, à la terre. Laissons-la s’exprimer à travers cette interview qui, je l’espère, vous plaira !

~ Tout d’abord, on aimerait te connaître davantage Niiv. Tu sembles être une jeune femme très mystérieuse, que peux-tu nous dire sur ton parcours, étudiant comme professionnel, et ce qui t’a amené à la photographie ?

L’art m’ayant conduite à une sorte de dédoublement, je dirais qu’il y a d’un coté Niiv, le personnage public, une entité à part entière, et que de l’autre il y a Julie, tout en simplicité et en timidité, qui s’éloigne très certainement de l’image que l’on s’en fait virtuellement. Pour me présenter de façon un peu plus sobre, je suis âgée de vingt-trois hivers, et habite actuellement en Drome des collines. Je m’y suis établie après avoir étudié les métiers du livre et du patrimoine à l’IUT de Grenoble. De base, quand je songeais à mon avenir professionnel, je me visualisais dans un vaste bureau empli de livres poussiéreux et alambiqués, de mappemondes et de souvenirs de voyages. Au final me voici marginale au fond des bois. Est-ce bien différent, non, si on oublie le bureau laqué. L’essentiel de ma vie tient dans un sac à dos, je vivote de la photographie, m’enrichis de rencontres et d’errances, change de toit au fil des saisons, cultive la créativité et la simplicité. Voilà, pour me résumer…
L’expression artistique a toujours tenu une place très importante dans ma vie de petite fille, et cela n’a fait que croitre. N’ayant pas de talent particulier en dessin, j’ai d’abord commencé par écrire, énormément, sur tout ce qui me tombait sous la main. Quelques vers, des bribes de pensées éparpillées, des ébauches de romans… Je dirais qu’avant de passer au premier plan, l’image m’a dans un premier temps permis d’illustrer ces écrits. Je ne sais plus exactement quand l’engouement pour la prise de vue a réellement commencé. Enfant, j’ai eu la chance d’évoluer en pleine nature, d’accompagner mes parents au fil de divers voyages, c’est ainsi que l’inspiration est montée, à mesure que les paysages se présentaient à moi. A mes yeux nous sommes nous-mêmes, humains, des paysages, en perpétuelle métamorphose. Et c’est aussi à cette poésie que je voulais rendre hommage… Au final c’est en me rendant au hasard à l’exposition de Willy Ronis en automne 2008, que j’ai eu comme une révélation, et ai commencé doucement à m’intéresser à la photographie. D’abord avec un vieil appareil argentique retrouvé au grenier, puis avec un petit compact. Des paysages maladroits, une goutte d’eau sur une feuille, un rayon de lumière dans une flaque… J’ai ensuite réalisé quelques autoportraits à but thérapeutique, avant de faire appel à quelques proches amies, et le chemin s’est tracé de lui-même, tout doucement. J’ai fini par ouvrir une page sans m’imaginer une seule seconde que cela allait un jour prendre de l’envergure.

~ Qu’est-ce qui t’inspire de façon générale ?

Tiens, je me rends compte que j’ai écrit un drôle de pavé pour la question précédente. Bon promis, je vais désormais tacher d’être concise!
Ce qui m’inspire… Eh bien la nature, surtout, c’est là une muse à part entière. Mon univers intérieur et mes rêves, beaucoup. Les folklores, légendes et les anciennes traditions, Celtes, en particulier. L’irrationnel, la solitude, et mes peurs, aussi, un peu.

~ As-tu des influences, que ce soit au niveau photographique comme pictural, littéraire ou autre ?

Mes influences sont un assez curieux micmac, elles tiennent à la fois du surréalisme, du land art, de la peinture préraphaélite…  Ainsi que de divers contemporains dont j’admire le travail, comme Alexandre Deschaumes, Alexandra Sophie, Olga Valeska, pour ne citer qu’eux…

~ Pourquoi te mettre souvent en scène ?

Pour diverses raisons…
Ayant très longtemps -et encore un peu actuellement- eu beaucoup de mal avec les rapports humains, j’ai beaucoup souffert de me sentir isolée, repoussée, mal comprise. Pendant une période, l’autoportrait m’a permis de créer des images personnelles, dans une sorte d’élan thérapeutique, et de raconter un peu ce que j’étais sans avoir besoin de mots. Sans doute était-ce aussi une façon de me sentir exister? Quoiqu’il en soit me mettre en scène m’offre une évasion, un refuge dans un univers qui m’est propre. Je me sens immergée dans mes propres histoires, ce fut salvateur et cela l’est toujours.
En outre, la pratique de l’autoportrait permet de jouir d’une grande liberté. Je fais des images quand je le souhaite -souvent sur un coup de tête – dans une sorte d’introspection, de tête à tête intérieur. Et si je m’emmêle ou n’arrive à rien, ça n’a pas d’importance puisque je suis ma seule juge! Oh et d’un point de vue pratique, étant donné que j’habite désormais un coin reculé, je suis tout simplement la seule modèle que j’ai sous la main quand l’inspiration montre le bout de son nez… *sourire*
Ceci étant dit, je prends aussi du plaisir à travailler avec des modèles, ce sont souvent de belles rencontres très enrichissantes. Certaines personnes deviennent même des amies, à la longue.

~ Tu poses de temps en temps pour d’autres photographes comme Lorelyne, quelles sont tes impressions face à l’objectif ?

J’ai avant tout posé pour des amis, dont la talentueuse Lorelyne fait partie. Etant quelqu’un d’assez timide cela a été une bonne façon d’apprendre à m’accepter. Ce n’est pas parce qu’on me voit beaucoup en image que j’ai confiance en moi, ou que je m’apprécie physiquement, bien au contraire. D’autre part, se placer de l’autre coté de l’objectif permet de se mettre à la place de ses propres modèles ; donc d’apprendre à choisir ses mots, à mettre à l’aise, à cerner ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas, combien de temps une pose peut être tenue, etc… et de réaliser à quel point ce n’est pas évident d’être modèle !

~ Comment penses-tu une séance en tant que photographe ?

En ce qui concerne les commandes, je passe beaucoup de temps à la préparation. En partant d’une ébauche d’ambiance, je choisis un lieu propice à la séance, une tenue, d’éventuels accessoires, réfléchis à une mise en scène… Mais à vrai dire, plus je me donne un fil conducteur et généralement moins je le suis ! Tout dépend de la lumière, du lieu, du feeling avec la personne, des attentes de chacun… Pour les projets personnels, je garde en revanche une grande liberté, avance à tâtons, et l’inspiration vient souvent sur le moment… C’est pour cela que j’aime bien travailler avec des amis, avec qui je me sens moins mal à l’aise si je m’empêtre un peu. Et puis souvent, poser pour moi est un peu le parcours du combattant, il s’agit d’être sous la pluie, dans la boue, des buissons noueux, ou encore le froid… Autant de conditions délicates qui me font m’excuser mille fois auprès de la personne qui pose! Si je la connais, c’est tout de suite un peu plus facile.

~ Il y a un coté très mystique qui se dégage de tes photos, comment expliques-tu cela ?

C’est un peu difficile à exprimer sans passer pour une ahurie superstitieuse ou une adepte d’occultisme… Ma mère se passionne pour les médecines parallèles, l’art du pendule, la NDE, pour faire bref tout ce qui touche à l’irrationnel et que les cartésiens rejettent en bloc. Après avoir dévoré sa bibliothèque, agrandit la mienne à grand renfort d’ouvrages sur le chamanisme, la sorcellerie, le voyage astral ou encore l’ouverture des chakras, puis fait des rencontres disons plutôt extraordinaires, j’ai été convaincue qu’il existait plusieurs plans, plusieurs réalités parallèles, plusieurs niveaux de conscience, des détails qui nous échappent, des forces qui nous entourent… Je ne saurais dire comment ni pourquoi, mais sans pour autant avoir de foi établie, je me retrouve dans tout cela. Mes images étant le reflet de mon univers, qui est lui-même influencé par une sorte de foi en l’invisible, elles ne pouvaient qu’être teintées de mysticisme.

~ Tu sembles être très proche de la nature, et j’ai entendu dire que tu t’étais installée dans une forêt, si c’est toujours d’actualité et si non, pourquoi avoir fait ce choix ?

C’est toujours le cas. Je me suis établie en tipi il y a bientôt un an, avec mon compagnon et quelques amis. Partager mes images est d’ailleurs bien la seule chose qui me conduit à garder un pied encore ancré dans le monde réel ! Autrement j’aurais depuis longtemps totalement disparu de la toile.
Une jolie phrase dont l’auteur m’a échappé dit : « Si l’on vous donne du papier avec des lignes, écrivez du côté où il n’y en a pas. » J’ai toujours grandi dans le souhait d’appliquer cette citation. En Février 2012, déboussolée et pleine de remises en questions, j’ai rejoint un ami de longue date qui a fondé une sorte de communauté dans une foret Drômoise. C’était de base à visée provisoire, le temps de me recentrer, de découvrir quelque chose de nouveau. Puis sans surprises je dois l’avouer, l’ami est devenu Amour, ce mode de vie hors des lignes m’a terriblement épanouie, et je suis restée ! Aussi loin que remonte ma mémoire, vivre en ville m’a toujours oppressée, et je me sentais bien plus entière et bien plus forte au contact de montagnes, de lacs ou de forets. Dans mon actuel lieu de vie, j’ai su trouver un équilibre loin de la routine que je cherchais à fuir. Vivre dans la nature est somme toute une déclaration de guerre au quadrillage de l’existence. On est dans le présent le plus total, loin du tumulte du monde extérieur, des cadres rigides et autres conditionnements propres à la société. Un tête à tête avec les arbres, c’est ce que je souhaite à tous les gens pressés qui passent à coté de leur existence.

~ Tu dis dans ta présentation sur ta page facebook que ce que tu n’arrives à pas exprimer, tu le montres. Alors question exaspérante (haha), que cherches-tu exactement à montrer ?

Ce qui me tapisse de l’intérieur, et que je ne parviens pas à raconter autrement qu’en images. Des bribes d’émotions en pagaille, des fragments de rêves, des symboles, des souvenirs, des peurs et des espoirs. Un petit peu de beauté, du moins, j’essaye. La photographie m’a permis de trouver refuge dans une autre dimension, le monde que j’invente, une réalité qui n’existait autrefois que pour moi et que je peux désormais prendre plaisir à partager auprès des autres. Et lorsque quelqu’un m’écrit pour me dire que je lui ai permis une sorte de voyage ou de rêve éveillé, je sais alors que j’ai touché juste.

~ Comment vois-tu ton avenir en tant que photographe ?

Question assez épineuse car je vis beaucoup au jour le jour… Mais j’aimerais bien me relancer dans l’argentique et étouffer un peu mon existence virtuelle. M’éloigner de… Niiv… Qui sait?

~ As-tu de nouveaux projets (en cours ou en attente) ?

A terme, j’aimerais me lancer dans une photographie plus… disons, plus humaniste, plus spontanée, plus irréfléchie, au cours de mes prochains voyages. Je prévois de partir plein Est en Septembre prochain, direction le Népal, l’Inde, la Thaïlande, puis idéalement l’Australie pour y rejoindre un ami cher. Mais qui sait, peut-être qu’à la dernière minute, je déciderai de ne pas emporter d’appareil pour vivre les instants là bas différemment ? Sinon en parallèle, je souhaite activement poursuivre mon projet de fœtus retourné à la terre mère, au fil de nus dans des environnements diversifiés : roche, sable, forêt touffue…

~ Et enfin, que conseilles-tu à ceux et celles qui veulent se lancer dans la photographie ?

Se placer éternellement en tant que novice pour nourrir la soif d’apprendre et d’avancer, car rien n’est jamais acquis et l’humilité permet de grandir. Être passionné, rester soi, ne pas se décourager trop facilement. S’entourer de critiques bienveillants, pas d’acharnés de la technique qui en oublient l’importance de la magie et du ressenti. Nourrir des rêves immenses et tout mettre en œuvre pour qu’ils se réalisent.
* * *

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3 réflexions sur “Rencontre avec une dryade : Niiv

  1. Grâce aux amis d'amis sur facebook j'ai pu connaître un peu le travail de Niiv qui m'a toujours enchanté, son univers exprimant un peu de moi en mieux ^^… Je suis ravie de la découvrir encore un peu via cette interview, me sentant très proche de ses ressentis et de son « esprit photographique » ! Merci donc !

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