Sire Cédric et les monstres

source : wikipédia

Sire Cédric est un auteur de thriller français, né en 1974 et vivant à Toulouse. Il jouit maintenant d’une belle popularité, et plusieurs de ses romans ont été primés, notamment L’enfant des cimetières qui a reçu le Prix Masterton 2010 et De fièvre et de sang qui a reçu le Prix Polar de la même année. Ces deux romans ont largement contribué à la renommée de l’auteur, qui fait maintenant partie des rares auteurs à pouvoir vivre de leur plume. Son dernier roman, Le premier sang, est sorti en 2012 et est nommé pour le Prix de L’imaginaire et le Prix Masterton 2013. L’auteur a eu la gentillesse de répondre à mes questions. Enjoy !

~ Depuis quand écrivez-vous ? Quel a été le « choc » originel, celui qui vous a fait prendre conscience de votre envie de devenir écrivain ?
J’ai écrit mes premières histoires à mon entrée au collège, en classe de sixième. Elles étaient très influencées par Le Seigneur des anneaux, que je venais de lire, ainsi que par les romans d’aventure jeunesse, notamment la série Bob Morane. Au départ, c’était un simple passe-temps, je m’inventais des histoires quand j’avais du temps libre. Puis, vers l’âge de treize ans environ, j’ai ouvert mon premier livre de Stephen King. Ça a été un vrai choc. Un auteur qui était d’un niveau littéraire tellement supérieur à tout ce qu’on m’enseignait à l’école ! C’est alors ce que je me suis mis à écrire, quasi exclusivement : du fantastique, des métaphores du quotidien moderne, un miroir de ce que je vivais adolescent en fin de compte. Quelques années encore, et ce sont les romans de Clive Barker que je découvrais, totalement par hasard. Deuxième choc, encore plus grand que le premier. Barker plus que King m’a fait comprendre une chose essentielle : que l’on a le droit d’être différent. Et, bien sûr, ce que m’ont montré ces deux auteurs, le symbole qu’ils incarnaient, c’est qu’ils faisaient ce métier. Écrivain. Un vrai métier, respectable. Que c’était possible de vivre d’une passion, contrairement à tout ce que le système éducatif et mon environnement familial pouvaient me répéter. L’envie a commencé à cette époque-là. La vraie étincelle, la première. Elle ne s’en est jamais allée.
~ Vous parlez beaucoup de King et de Barker, pensez-vous vous suivre leurs traces ?
Ils ont été mes modèles, mais que les choses soient claires, je ne me compare en aucun cas à ces génies, je ne m’approcherais jamais de ce qu’ils ont accompli. Stephen King a créé un genre, dans les années 70. Il a ouvert les portes. Tous les auteurs d’horreur, Barker y compris dans les années 80, et forcément moi-même aujourd’hui, avons du boulot grâce à lui. King est un des plus grands écrivains du siècle, peut-être le plus grand. Quant à Barker, c’est lui qui m’a appris à écrire. Ce serait bien trop long à expliquer dans une interview, mais cet homme a révolutionné la manière de penser une histoire, de retourner les codes. Il est le premier à avoir prouvé qu’on peut tout montrer, tout représenter, y compris les sentiments, y compris Dieu en chair et en os, au travers de simples mots. Si je suis écrivain aujourd’hui, c’est donc grâce aux modèles qu’ont été ces deux hommes.
~ Quel lecteur êtes-vous ?
Hystérique. Je peux ralentir ma lecture, éclater de rire en lisant une phrase particulièrement jouissive, ou bien lire à haute voix plusieurs fois la même phrase. Et je peux aussi lire en diagonale un livre entier en l’espace d’une heure.
~ Avez-vous des livres préférés, qui vous ont marqué ?
Tous ceux de Clive Barker, forcément. Mais il y a régulièrement des livres qui me marquent, pour en citer quelques-uns qui me viennent tout de suite à l’esprit : Les démoniaques de Serge Brussolo, Âmes perdues de Poppy Z. Brite, Le nécrophile de Gabrielle Wittkop, Les chants de Maldoror de Lautréamont, L’homme du soir de Mo Hayder… Tout récemment, Nager sans se mouiller de Carlos Salem, aussi, une incroyable claque. La liste de ces romans est très longue et très variée. À chaque fois, c’est de l’intelligence littéraire, de la qualité du style dont je tombe amoureux.
~ Vos livres connaissent maintenant un franc succès. Mais quel est celui dont vous êtes le plus fier ?
De fièvre et de sang. J’y ai mis des choses que je rêvais de mettre dans un roman, depuis longtemps.
~ Le Premier Sang est la suite de De fièvre et de sang, et entremêle des personnages déjà présents dans vos autres romans (Alexandre et Eva). Quand vous écrivez un roman, pensez- vous immédiatement à une suite ?
Non, ça, jamais. Quand j’écris, seule l’histoire que je suis en train d’inventer compte à mes yeux. Je suis mes envies au moment où je les ai, sans me poser de question. D’ailleurs, je ne commence à écrire un livre que lorsque j’ai une vraie envie, que je suis tombé amoureux d’une idée comme le dirait David Lynch.
~ Comment construisez-vous vos personnages ?
En suivant cette envie, en la creusant. Au départ, chaque personnage représente quelque chose que j’ai besoin d’exprimer. Ou bien une question que je me pose. Ils naissent de ça. Ils se cristallisent à partir de cette idée, de cette envie-là. Dès que je les vois dans ma tête, dès que je comprends qui ils sont, ce qu’ils font dans la vie et ce qui les motive, je n’ai plus qu’à les mettre en scène. Et tout va alors très vite.
~ On classe vos romans dans la catégorie « thriller fantastique », mais vous, comment les définiriez-vous ?
Je suppose que mes derniers romans relèvent du genre « thriller surnaturel ». Mais ce n’est pas vraiment une question que je me pose.
~ Vous dites dans votre biographie que vous êtes fasciné par les monstres, pourquoi ?
Les monstres, ce sont nos rêves secrets. Une métaphore de toutes nos déviances et de toute notre magie. Pour paraphraser le dialogue écrit par Barker pour son film Nightbreed, c’est aussi tout ce dont nous sommes jaloux : c’est pour cela que nous cherchons à le détruire par tous les moyens.
~ Dans De fièvre et de sang, ce sont les humains qui sacrifient à des dieux assoiffés de sang. Cela sonne assez lovecraftien, non ?
Personnellement, je me sens beaucoup plus proche de Graham Masterton que de H.P. Lovecraft.
~ Il y a une certaine beauté dans l’horreur, et nombre d’auteurs ont

fait part de leurs impressions là-dessus. Dernièrement, j’ai lu dans L’âge d’homme de Leiris, que pour lui, la Beauté s’accompagnait souvent d’un sentiment de Terreur. On a l’impression que votre monde intérieur est peuplé de ce même genre de contradiction, comment expliquez-vous cela ?

Eh bien, tout d’abord, je tiens à dire que je ne suis pas d’accord. Je ne crois pas du tout que la beauté s’accompagne d’un sentiment de terreur ! C’est pour moi la laideur qui est terrifiante. La laideur de l’âme, notamment. Quant à mon monde intérieur, il est avant tout fait d’émotions devenues visibles et d’éléments concrets intellectualisés. Cela explique le paradoxe. J’aime évoquer en même temps ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.
~ Enfin, une petite citation de Clive Barker : « Evil, however powerful it seemed, could be undone by its own appetite » (The Thief of Always). C’est typiquement le Mal shakespearien dont il est question. Est-ce aussi celui dont vous usez dans vos romans ? Que pensez-vous de cette citation ?
J’en pense qu’après une citation de Barker on ne peut rien ajouter ! (Rires.) Plus sérieusement, les bonnes histoires, sous des angles sans cesse changeants, ne parlent encore et toujours que de la même, éternelle chose : nous-mêmes.
 * * *
Retrouvez toute l’actualité de l’auteur et de ses romans sur son site.

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