Quelques questions à Olga Valeska

Je crois que tout le monde attendait cette interview avec impatience ! Voici Olga Valeska, jeune photographe autodidacte indépendante de vingt et un ans, qui créé de toutes pièces ses images : du costume jusqu’au maquillage et la prise de vue. Son travail est fortement influencé par son imaginaire, qui est très fertile, reflet de son monde intérieur. Bonne lecture !

~ Depuis quand fais-tu de la photographie, et comment en es-tu venue à ce médium ?

J’ai commencé la photographie il y a un an et demi. Jusque là, je dessinais et écrivais beaucoup, je faisais de la peinture, de la sculpture. Mais à un moment je crois que j’ai eu besoin de réaliser certains rêves d’une façon encore plus concrète. En effet, étant donné que la photographie est un « art » qui témoigne d’une réalité, photographier un rêve revenait en quelque sorte à dire : « cela à vraiment existé ! » Le lien entre rêve et réalité devenait ainsi plus ténu. Cependant, d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais rêvé de devenir photographe. Aujourd’hui par ailleurs, je me considère plus comme une « créatrice d’images ». Car au fond, je n’aime pas la photographie. Je n’aime pas les appareils photos, la technique m’ennuie… Je n’aime pas l’idée que l’appareil crée l’image à ma place : il est comme une barrière entre moi et le rêve. Je lui associe aussi une idée de modernité, une forme de rationalité, quelque chose de prosaïque, loin de mes idéaux. Je trouve la figure du peintre ou du sculpteur tellement plus romanesque, tellement plus poétique. J’imagine le photographe comme un vampire s’appropriant des instants de réalité, des formes et des couleurs qui finalement ne lui appartiennent pas, qu’il n’a pas crées. C’est pour cela que je tiens énormément à ma démarche de la mise en scène. Sans cela, je ne serais pas photographe.

~ Puisque tu es étudiante en Lettres, est-ce que la Littérature influence tes photos ? Quels livres t’inspirent le plus ?

Je ne m’inspire pas de livres en particulier, mais évidemment toutes mes lectures ont nourri ma façon de voir les choses, de rêver et donc de raconter à mon tour des histoires. En effet, j’ai toujours été terriblement romanesque et je pense que la littérature n’a fait qu’ « aggraver » ce trait de caractère. Enfant, j’étais très solitaire, et pour ne rien arranger j’étais loin d’être populaire… La littérature a été un refuge et j’y ai rencontré beaucoup d’amis imaginaires. J’ai appris à m’exercer à voir la beauté, le rêve et la magie partout, pour me défendre d’une réalité qui n’a pas été toujours facile. Dans mon esprit, tout était magnifié, exalté, dramatisé… romancé. Auparavant je l’exprimais beaucoup par écrit, aujourd’hui cela se traduit plus volontiers en image.
Enfin pour ce qui est des études de Lettres, en réalité je les ai arrêtées pour me consacrer à la photographie. Je pense par ailleurs qu’étudier la Littérature m’en avait finalement beaucoup éloignée. Elle n’était plus « à moi », comme lorsque je lisais seule au fond de la cour de l’école. Décortiquée, analysée, commentée à tort et à travers, elle perdait de son mystère. Les « gargarismes » littéraires ont finis par me lasser, d’autant que l’aspect visuel et manuel me manquait beaucoup. Aujourd’hui je ressens donc beaucoup moins le besoin de lire. A mon sens, lire c’est un peu contempler les rêves des autres, d’une certaine façon. A présent, je veux « rêver de mes propres ailes ».

~ On retrouve évidemment des influences picturales dans tes travaux : Préraphaélisme, Surréalisme, Symbolisme, etc. Quel est ton mouvement préféré et pourquoi ?

En effet, j’aime estomper les frontières entre photographie et peinture, la plupart de mes images sont d’ailleurs un mélange des deux. De même, je me suis toujours intéressée à l’art en général, et je me suis passionnée pour beaucoup de mouvements -qu’ils soient picturaux ou non- : le romantisme noir, le baroque, le futurisme, le rococo, l’impressionnisme, le néo gothique, l’art abstrait, la peinture renaissance, flamande… Il serait impossible de faire une liste exhaustive ! De fait, je n’ai pas vraiment de mouvement préféré, dans le sens où je ne me retrouve pas entièrement dans un en particulier. Je m’intéresse à une foule de choses différentes, parfois même franchement contradictoires. Mais dans chacune il y a toujours quelque chose qui me manque, voir qui ne me correspond pas du tout. C’est pour cela peut-être que je m’ingénie à forger mon propre style. J’essaye que mon travail soit toujours le plus personnel possible… Je ressens tellement le besoin de créer par moi-même, d’affirmer mon propre univers !

~ Beaucoup de tes photos sont inspirées par la Russie, ton pays natal. Peux-tu nous en parler ?

Je reste en effet très marquée par la Russie, par cette « âme russe » qui est profondément ancrée en moi. Fiodor Dostoïevski la décrit très justement dans Les Frères Karamazov : « Il y a quelque chose d’indéfinissable chez les russes, une fatalité […], un désespoir profond mais toujours latent et en même temps, un caractère passionné et exalté, une sensibilité artistique, même dans les choses les plus prosaïques, une vraie réflexion sur la vie, sur le sens des choses, les raisons du destin… ». Je me retrouve dans ces contradictions, ce mélange de retenue et de feu brûlant à l’intérieur : quelque chose du feu sous la glace… ou inversement ! Mais la passion est toujours là. En France on dit « Je fais ce que je peux », en Russie on rétorque « Je fais, même si je ne peux pas! ». J’aime ce tempérament extrême, jusqu’au-boutiste, avec un sens de l’absolu et du dépassement de soi même… C’est tout ou rien, pas de demi-mesure… bien que tout reste paradoxal, avec ce sentiment constant de dualité. Enfin il y a quelque chose de très mystique, une grande facilité à concevoir et accepter les choses irrationnelles… Étonnamment, certaines traditions et croyances demeurent très fortes en Russie, malgré les turbulences politiques et religieuses que le pays a traversé. Il y a une fierté profondément enracinée, un sens de la grandeur du pays, un amour décomplexé de la nation… chose qu’on retrouve peu en France, pays où l’on semble renier notre culture, notre patrie même… comme si c’était honteux d’être français et d’en être fier. De fait, la Russie m’influence toujours, inconsciemment ou non. La Russie, mais pas n’importe laquelle : la Russie des tsars et des partisans blancs, de Pierre le Grand et d’Ekaterina II, des Romanov, des babouchkas en sarafan et des cosaques… la Russie baroque et folklorique, éternelle, Sainte et Orthodoxe.

~ Dans différentes interviews que j’aie pu lire de toi çà et là, tu dis sortir toutes tes idées photographiques de ton monde intérieur. Dans ce cas, comment conçois-tu les commandes de particuliers ?

C’est justement un exercice plus difficile : accueillir une autre personne dans mon univers n’est pas chose évidente pour moi. C’est en partie pour cela que je travaille exclusivement seule et que je ne fais jamais appel à des modèles pour mes projets personnels. J’ai pourtant la grande chance de recevoir des commandes de personnes qui très souvent me laissent complètement carte blanche : choix du thème, du costume, de la mise en scène, du maquillage, de la coiffure… Cela me permet de rester dans cette démarche créative que j’affectionne.

~ As-tu des expositions de prévues cette année ?

Pour le moment je dois avouer que ce n’est pas ma priorité, d’autant que je vends déjà des tirages via internet. A vrai dire, je suis dans une phase très créative et je n’ai pas de temps à consacrer à une exposition ou à d’autres formes « d’étalement ». Par ailleurs, je n’ai jamais aimé « m’exposer » et de ce point de vue là, être exposée 24h/24 sur internet est déjà bien assez envahissant. Je suis très solitaire, « sauvage » si j’ose dire. Je fuis les mondanités qui m’ennuient et j’aime préserver une forme de vie secrète. J’aime être dans la nature, la simplicité… le silence. Je redoute les commentateurs en tout genre et inversement les situations où je suis moi-même amenée à commenter mes images et expliquer le pourquoi du comment, ce qui à mes yeux brise toute la magie. Parce que même si ces images ont parfois un sens bien précis, je préfère qu’elles soient ouvertes à toutes les interprétations et que le flou demeure tant sur mes intentions réelles que sur la façon dont elles ont vu le jour.

~ Quels conseils peux-tu donner à ceux qui souhaitent faire de la photo ?

En faire, tout simplement ! Cette question m’intrigue toujours en fait. Car, pour ma part, quand j’ai envie de faire quelque chose, je le fais tout de suite, sans attendre l’avis des autres ou d’avoir la technique et le matériel adéquats… Le résultat n’est pas toujours conventionnel, mais tant pis ! Je suis tellement impatiente, passionnée ! Je pense d’ailleurs qu’il ne faut pas craindre de briser les « lois » -tellement conformistes !- de la « sacro-sainte technique » dans laquelle on se laisse vite emprisonner. C’est ainsi que l’on trouve son propre style, et les travaux les plus personnels sont toujours les plus réussis, qu’ils plaisent ou non. Il y a sûrement un côté assez orgueilleux dans cette démarche, mais je crois que cela est nécessaire. Je pense qu’il faut avoir un mélange d’ambition démesurée, de folie des grandeurs, mais aussi d’extrême humilité. L’ambition nous pousse à avancer, à nous surpasser: « A coeur vaillant, rien d’impossible » … Mais l’humilité nous permet de toujours travailler à s’améliorer, de ne jamais croire que tout nous est acquis. Et surtout de ne pas oublier que nous ne sommes pas grand chose.

~ Quels sont tes projets pour cette année ?

J’en ai énormément, comme d’habitude… Que j’aime tenir secrets. A vrai dire, je mène toujours de front des dizaines de travaux à la fois, souvent très différents les uns des autres. J’ai un côté un peu frénétique, avec ce sentiment que je dois toujours défier l’impossible. Mais tout cela reste très confus, brouillon : mon inspiration est extrêmement imprévisible et je ne suis jamais sûre de ce que me réserve le lendemain. Ce qui est certain, c’est que je ne suis jamais à court d’idées. Je m’enthousiasme pour tellement de choses ! Tout m’étonne et m’émerveille, je trouve la vie tellement pleine de ressources, de mystère, d’énigmes incroyables… J’ai parfois l’impression de n’avoir réalisé qu’un ou deux pour cent de tout ce que je voudrais faire, de tout ce que je voudrais explorer. Une vie ne suffirait pas, à part si je décide de ne plus dormir… Mon misérable squelette ne tiendra peut-être plus debout, mais qu’à cela ne tienne ! J’aurais toute la mort pour me reposer.

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4 réflexions sur “Quelques questions à Olga Valeska

  1. Quel bel interview, et surtout quelle belle photographe! Je suis tout simplement épatée par ces photos qui sont MAGNIFIQUES! Je ne l'a connaissais pas avant et je suis allée voir plus de ces photos. Mais quel artiste ! Et au-delà une vraie artiste, une vraie philosophe presque parce que ces photos atteignent une autre dimension… Je n'ai jamais ressenti ces sensations en regardant des photos avant celles-ci… Je suis admirative. Tu dépasses largement tous les photographes que j'ai vu ! Tu as une vraie personnalité, un vrai style, un univers à toi que personne n'a. Tu es unique et c'est en cela que tu dépasses tout les autres. Tu es différente et originale. Tes autoportraits sont les plus belles photos selon moi ! Encore bravo, tu es exceptionnelle!

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  2. Coup de foudre pour cette artiste que je viens juste de découvrir via cet article. Interview fascinante je dois dire, le travail d'Olga Valeska est tout simplement hors du commun. Quelle belle plume aussi et quelle profondeur dans la pensée. Je suis admirative…

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