Miss Pandora la Somptueuse

Louise Ebel, alias Miss Pandora, est principalement connue dans la sphère bloguesque grâce à son blog, qui réunit ses passions pour la mode et  l’Histoire de l’Art. Elle anime maintenant une petite émission de mode japonaise, vient de terminer un mémoire sur la condition des femmes au XIXe siècle, et collabore avec d’excellents photographes afin de se mettre dans la peau de différents personnages inspirés par la Peinture comme le cinéma ou la Littérature, ou pour montrer ses tenues, qui ont toujours quelque chose de chic et d’ancien. C’est entre un voyage au Canada et l’Italie qu’elle a bien voulu répondre à mes questions.

par Betty Gaiss

~ Bonjour Louise, comment en es-tu arrivée à créer ton blog ?

C’était il y a plusieurs années, 2008 ou 2009 je ne sais plus (aucune notion du temps, et encore moins des années, mes repères sont affectifs et artistiques…), je lisais le blog de Cherry Blossom Girl, on avait à peu près les même goûts à l’époque, et j’adorais l’idée de partager son univers. Je bouillonnais d’inspirations, j’avais tellement de découvertes culturelles à partager, de tenues à mettre en scène, de lieux à montrer…J’avais Myspace, et un journal/moodboard mais cela ne suffisait pas, il me fallait un vrai support. Je n’arrive pas à garder mes impulsions créatives pour moi, ainsi que mes inspirations et mes passions, il faut toujours que je les inscrive quelque part, et que je les partage. C’est pour ça que j’adore Pinterest depuis que je l’ai découvert, je peux structurer mes différents univers visuels autrement que dans ma tête, où trop de choses se mélangent !!

par Vivienne Mok

~ Depuis combien de temps te passionnes-tu pour la mode et pourquoi ?

Depuis longtemps mais avant c’était purement théorique et artistique, le coté consommation/matériel est venu plus tard. Quand j’étais petite, j’étais passionnée d’histoire de mode, je scrutais tous les tableaux dans les musées pour admirer les costumes, j’en rêvais jour et nuit. Mais j’ai commencé à découvrir le vêtement à partir du lycée, quand je suis tombée amoureuse de la musique punk, j’ai commencé à m’habiller en conséquence. J’ai compris que le vêtement pouvait être l’écran de la personnalité, un support créatif incroyable et un moyen d’expression à part entière. Je m’habillais de manière un peu folle, mais c’était génial, et j’ai conservé cette liberté depuis. Ça m’a permis de dépasser cette terrible entrave que peut être le regard et le jugement des autres, qui conditionne beaucoup l’expression personnelle…

par Andy Julia

~ Tu es très portée sur le passé, les vêtements vintage, reproches-tu quoi que ce soit à la mode d’aujourd’hui ?

Elle est vide de sens, d’âme et de qualité… Les grandes enseignes nous poussent à nous habiller pareil, et de mauvaise qualité, c’est dommage. Je ne m’intéresse plus aux défilés, car depuis qu’on a oublié Lacroix, Galliano et McQueen, la mode a perdu son statut d’art décoratif, la consommation a remplacé l’inspiration et la création. D’ailleurs la mode est considérée comme purement futile aujourd’hui, souvent on me reproche de faire du vêtement ce qu’il n’est pas, « arrête ça va, c’est que des fringues ». Mais non, avant d’être un bout de tissu  le vêtement était un signe social, un indice historique, le reflet d’une époque… Heureusement, le vintage ou les artisans de la mode qui survivent encore nous permettent de retrouver cette expressivité du vêtement, une certaine authenticité qui a disparu. Une pièce vintage c’est une garantie d’unicité, de qualité, la coupe et la matière sont belles, il évoque quelque chose, pas juste une tendance jetable.

par Eric Keller

~ Tu es aussi une grande passionnée d’art et de littérature, peux-tu nous citer quelques auteurs et artistes qui t’inspirent le plus ?

Pour tout vous dire, choisir une liste de préférés est une chose que je n’arrive jamais à faire, car je n’ai pas de préférés, j’aime différents artistes évoluant dans différents univers… Je marche beaucoup aux « phases », et je pourrais donc vous dire mes préférés du moment : Catulle Mendès, Edgar Maxence, Filippo Lippi, Rachilde, Jean Lorrain, Adolf-Mossa, Bram Dijkstra, Artemisia Gentileschi, Arthur Hacker, Louis Welden Hawkins…
Et la musique, c’est important aussi ! L’été j’écoute toujours en boucle les Stones, Flying Burrito Brothers et International Submarine Band, Love, Kaleidoscope, Pretty Things, Tomorrow…

par Valentine Michel

~ Le XIXe, les années 1920 et 1970 semblent te donner beaucoup d’inspiration. Qu’est-ce qui t’attire autant dans ces époques ?

Oh plein de choses, ce serait beaucoup trop long à expliquer, car chacune de ces décennies est incroyablement riche sur le plan culturel est artistique, et se démultiplie en une kyrielle d’univers disparates. Ne serait-ce que pour la fin XIXème il y a déjà tant de choses : symbolisme, décadente et « pourriture des lys », romantisme noir, pre-raphaélisme, Paris et la fête impériale, le règne de cocottes et cocodès, l’aube de la Belle Epoque, l’art bourgeois, l’enorme production littéraire, la place des femmes, la modernité en marche..Et c’est seulement un bref résumé ! De manière générale, il m’est toujours difficile d’exprimer en peu de moi le pourquoi du comment en ce qui concerne une époque, car c’est une source d’inspiration inépuisable, sur des milliers de facettes différentes ! Et j’aime tout autant les années 10, 30, 40 et 60..

par Adriana Fuentevilla

~ Tu as l’air imbattable sur les Cocottes du XIXe, début XXe. Quelles sont tes préférées ? D’où est venu ton intérêt pour elles ?

Je commence à me forger une sacre culture, c’est grâce à cette rage de connaissance qui m’anime depuis toute petite ! On n’en sait jamais assez ! Les cocottes me fascinent pour leur liberté, leur culot, leur futilité outrageuse, leur furieuses rivalités, leur sensualité, leurs mots d’esprits, leur sens du tapage…Pour une passionnée par la condition féminine, les cocottes représentent une merveilleux terrain d’études, qui regroupe nombre des grandes lignes de l’image de la femme à cette époque : commerce et consommation de la chair, femme fatale et vagina dentata, paroxysme de la femme faire-valoir, construction du corps par la mode, c’est l’apothéose du XIXe bourgeois et libéral, de la femme comme vitrine de l’homme. Et malgré ce tableau des plus pessimistes, c’est aussi l’amorce de la liberté et de l’indépendance à venir, du moins morale. Même si tout le monde pense que leur vies sont incroyablement libres, je ne suis pas d’accord, n’oublions pas que la plupart ont fini dans un terrible délabrement. Ma préférée est Liane de Pougy, c’est la plus spirituelle -dans tous les sens du terme-, mais aussi la plus décadente, et bizarrement, la plus humaine. J’aime son air « de long lys blessé », sa vie contrastée et ses saillies mémorables. Geneviève Lantelme a l’air furieusement géniale et rock’n’roll, mais j’ai beaucoup de mal à trouver des informations..

par Eric Keller

~ Tu as écrit un mémoire sur l’image de la femme au XIXe, peux-tu nous en parler ?

Ben c’est très difficile en fait ! D’abord parce que je ne veux pas trop le dévoiler, puis parce que je déteste résumer ce mémoire, c’est absolument impossible pour moi. Le résumer en quelques phrases ce serait totalement plat. Comme pour mes inspirations photographiques, j’aime avoir une foule d’informations, mélanger différents domaines, reprendre en dépoussiérant. Le plus bel encouragement que j’ai reçu pour ce travail, c’est un membre de mon jury qui a dit que ce mémoire lui évoquait une fresque « murale » mexicaine, tant pour l’immensité et la diversité des sources que pour le coté écrasant de ce vaste ensemble. Et c’est exactement ce que j’ai cherché à faire ! Je vomis l’élitisme universitaire, je veux que mon travail soit accessible, impertinent, caustique, avec une montagne d’informations pertinentes balayant le plus de domaines possibles. Ce n’est pas par ambition, pas par prétention (en France on ne doit jamais être fier de son travail), mais je suis si obsédée par ces recherches que j’ai une énergie ultra passionnelle, et je veux qu’elle se reflète dans mon style d’écriture et ma façon de voir les choses. J’ai été tellement déçue de lire des ouvrages chiants et politiquement corrects (ex : ce docu sur les cocottes sur arte, quelle horreur!) sur des sujets géniaux que ça me motive encore plus ! Je suis plutôt réservée dans la vie, mais suffit que je parle de ce sujet pour que je m’emporte totalement, comme ici !

par Alexandra Banti

~ As-tu des projets d’écriture (en cours ou seulement en pensée) ?

Ce mémoire par exemple, enfin mémoire je trouve ça nul, c’est trop universitaire, ces recherches disons..Mais ce serait stupide et prétentieux de vouloir les publier de suite,  un sujet comme celui-là se mature, se réfléchit davantage et s’enrichit avec le temps. Et puis, que faire après un sujet aussi définitif que celui-là ? Autant commencer par des focus sur des sujets précis, comme je l’ai fait sur mon blog. Mon projet c’est donc d’essayer de trouver un éditeur qui soit intéressé par ces recherches, et par mon credo « littéraire » : forme accessible et impertinente et contenu pointu.

par Sachie Nagasawa

~ Tu poses pour des photographes très talentueux, as-tu des anecdotes à nous raconter concernant ces shoots ? Pour qui d’autres voudrais-tu poser ?

Non, pas vraiment, enfin je doute que ce soit intéressant ! J’envisage les séances photos comme quelques chose de détendu, sympa, j’aime bien discuter, parfois boire un coup, que ce soit vraiment chaleureux, sinon je suis trop tendue. Mais parfois je bavasse trop alors j’oublie de faire les photos ! J’adorerais poser pour Ali Mahdavi, et Irina Ionesco (mais je crois que je peux toujours rêver), et reposer pour Eric Keller car ses photos me transcendent.

par Valentine Michel

~ Comment conçois-tu tes séances photo ?

Ça part d’abord d’une inspiration, je cherche dans mes fichiers d’inspirations et regroupe des images, mais ça peut aussi être une idée subite dans une expo/voyage/livre/etc, puis je contacte le/la photographe qui serait le mieux pour cet univers et nous discutons de la séance. Ensuite viens le stylisme, que je fais généralement la veille ou le matin même car j’ai pas mal de choses chez moi ou chez les copines. Le seul problème est que j’ai du mal à me maintenir inspirée en permanence pour les photos, car j’ai peu de temps pour m’y consacrer et c’est un problème qu’il me faudra résoudre. Et comme je suis ultra entière, j’ai du mal à avoir le recul nécessaire pour changer d’univers, alors que j’adore ça ! J’aimerais beaucoup faire plus de séances « métamorphoses » car c’est ce qui me plaît le plus, mais ça demande un travail dingue (surtout pour stylisme et perruques, effets de maquillage et cie, ce qui demande aussi de l’argent !), et je n’en ai pas eu le temps ces derniers mois..Mais il le faut, quitte à bosser aussi la nuit !

Pauline Darley

~ Enfin, quels sont tes projets à l’avenir (collaboration, articles, voyages…) ?

Pour le moment mon activité principale reste le blog, car c’est ce qui investit le plus de temps dans mon emploi du temps, ça a l’air de rien mais j’y consacre en moyen 7-8 par jour hors séance photo (principalement mails, commentaire, préparation des séances et écriture/mise en page des posts). J’aimerais aller plus loin dans les séances, faire plus de métamorphoses et d’univers différents (plus d’articles aussi!). D’ici quelques jours ou semaines, je vais lancer la version entièrement japonaise, et je suis super excitée ! Je continue à être journaliste et présentatrice pour Marie-Claire Japon, ce mois-ci on va en Italie. Sinon j’ai du mal à prévoir ma vie à l’avance, car je ne sais jamais ce qui va arriver le mois suivant, c’est toujours la surprise ! C’est comme ça que j’ai toujours fonctionné 🙂
Et ne l’oublions pas, car c’est important, je prévois d’être super heureuse et amoureuse, de continuer à faire la fête, à avoir des relations merveilleuses avec mes amis, à voyager, à découvrir toujours plus, à vivre pleinement en somme ! Je n’en parle pas sur mon blog (ma vie privée n’a rien à y faire !), mais j’ai toujours mis un point d’honneur à vivre à fond, quitte à lâcher mes occupations à certains moments ! Je finirais sur cette note !

par Pauline Darley
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4 réflexions sur “Miss Pandora la Somptueuse

  1. Chouette interview les faunes! Longue à souhait ! c'est toujours intéressant de lire Louise, et les questions sont pertinentes je trouve !
    Petite remarque un peu terre à terre: Je trouve que ça serait bien de mettre le nom des différents photographes avec qui elle a collaboré, sous les photos que vous avez choisi. Ca permet de faire des découvertes ! 🙂

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