Le Songe d’une nuit d’été, de W. Shakespeare

Pour ce premier article, j’ai décidé de lier la thématique du blog avec ma passion du théâtre, notamment Shakespeare. Rien de tel donc que la comédie Le Songe d’une nuit d’été (A Midsummer Night’s Dream) écrite entre 1594 et 1595. Il s’agit d’une histoire complexe dont l’action se déroule en Grèce et réunit pour mieux les désunir deux couples de jeunes amants : Hermia veut épouser Lysandre mais son père, Égée, la destine à Démétrius, dont est amoureuse Hélèna. Lysandre et Hermia s’enfuient dans la forêt, poursuivis par Démétrius, lui-même poursuivi par Hélèna. Pendant ce temps, Obéron, roi des elfes, a ordonné à Puck de verser un philtre d’amour sur les paupières de sa femme, Titania, afin de la punir d’aimer son page. Elle s’éveillera face à un homme à tête d’âne… La nuit est le lieu des confusions et des enchantements…
Il s’agira pour moi de vous en présenter les intérêts principaux puis d’en analyser les sens possibles qui en ressortent.
Obéron et Titania, Arthur Rackham

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L’intérêt de cette pièce est la mixité de deux systèmes de croyances païennes et chassées par le christianisme. La religion dite grecque avec son panthéon polythéiste et ses héros mythiques (Thésée et Hippolyte), et la croyance extra-humaine relatives aux légendes médiévales, à la féerie et la magie (Obéron, Puck, Titania). Les deux mondes se confondent et cohabitent dans une harmonie burlesque. Influant les uns sur les autres.

Cette comédie est souvent appréciée pour ce côté magique, païen, qui devient subtilement un autre regard que la fatalité divine grecque ou le jugement judéo-chrétien. Les personnages vivent une crise sentimentale régie par un ordre social et hiérarchique patriarcal. Elle sera tourmentée mais réconciliée grâce à la magie, et les manipulations du peuple nocturne des elfes et fées.

Songe d’une nuit d’été est une comédie, un genre peu glorieux à une certaine époque, pour autant, elle marquera les esprits et les imaginaires à l’instar de Roméo & Juliette, Macbeth, Hamlet, Richard III etc… On en trouve de multiples adaptations.

Qu’elles soient ~ graphiques :

Songe d’une nuit d’été, Marc Chagall

Titania et Bottom, John Anster Fitzgerald

La dispute d’Obéron et Titania, Sir Joseph Noel Paton

~ filmiques :

~ musicales :

L’ influence continue dans un autre lieu de manipulation et de rêve : les jeux vidéos. Dans les Sims 2, il existe une ville prénommée « Veronaville » où se trouvent les familles Capulet et Montaigu en froid et qui n’ont en commun que leurs amitié avec une certain famille « Songe d’été » …

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Pour rentrer davantage dans les vertus littéraires de l’œuvre on doit s’attarder sur plusieurs points, comme La mise en abyme théâtral. En effet, pour célébrer les noces de Thésée et Hippolyte, une poignée d’artisans décide de représenter une pièce tragique basée sur Pyrame et Thisbé (un amour interdit qui se termine par la mort des protagonistes face à un quiproquo des apparences. Un beau matériau pour R&J). Sans moyens, sans autres décors que les acteurs. Ils fonctionnent ainsi par symboles : le clair de lune au dessous duquel les protagonistes parlent est un mélange de ce qu’on imaginait à l’époque se dessiner sur la face de l’astre gris : un homme avec une lanterne, un chien et un fagot d’épines.

On y découvre une organisation simpliste, des stéréotypes, des rôles attendus… On découvre, en fin de pièce, un texte en prose, hermétique et remplis de jeux de mots dont W. Shakespeare était friand. Les acteurs et par là-même, le théâtre destiné à l’aristocratie, sont tournés en ridicule.

Toujours d’un point de vue analytique et de comparaison théâtrale, on trouve une forme de distanciation (terme à utiliser avec parcimonie) voulu par Brecht, on fait preuve de distance avec l’émotion narrative pour mieux l’expliquer. Une didactique présente dans cette tragédie à l’intérieur de la pièce de Shakespeare. Le Lion explique son rôle pour ne pas effrayer les dames, on n’hésite pas à critiquer et  interrompre les acteurs en plein jeu : « Thésée : A en juger par son peu de lumière, elle est sur son déclin. Pourtant, par courtoisie, et en toute équité, laissons lui prendre son temps. » Des pratiques perdues pour un plus grand confort de jeu mais qui pourraient toujours servir à la pédagogie culturelle d’aujourd’hui.

Shakespeare dénonce le manque de moyens des théâtres de l’époque qui ne faisaient fortune que s’ils plaisaient à la Reine. Il met en avant les situations absurdes qui commençaient à interroger, notamment l’absence de femme sur scène : « Flûte : Non, vraiment, ne me faites pas jouer un rôle de femme, j’ai la barbe qui commence à pousser… »

Mais Shakespeare prend des gants, le monologue de fin déclamé par Puck invite le spectateur/lecteur à faire son choix : croire au rêve de ce théâtre qui brise et dénonce ou se réveiller après un long sommeil. Une gentille provocation qui peut faire mouche.

Puck, Joshua Reynolds

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C’est une facilité mais avant tout un outil à son avantage. De quoi parlé-je ? Et bien de la confrontation Nuit/ Jour. De la féerie face au monde mortel. Comme déjà dit, Shakespeare évite de rentrer par le biais d’une religion normée et ultra cadrée. Il adapte et use d’un monde du rêve, de magie, du « tout possible ». Un monde d’apparences régi à vue de tous en opposition avec un univers des charmes, des illusions qui régissent des biens individuels.

Dans cet univers il signe la fin des amours impossibles qui sont les thèmes de Roméo et Juliette, du mythe de Pyrame et Thisbé et donc évidemment de Songe d’une nuit d’été. Le monde magique vient à l’encontre des règles patriarcales et des dogmes traditionnels de la société. Chaque amour trouve place dans les « bons » cœurs. Et pour une fois, ce sont les femmes qui en sont bénéficiaires, pas les amants ni les pères. Héléna peut enfin être aimée de Démétrius et Thésée laisse Lysandre et Hermia s’aimer malgré les revendications du père. Si Dieu ne peut intervenir car il est du côté de la société (à l’image de la monarchie de droit divin), le monde féerique lui ne répond d’aucune loi.

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Le mot de la fin ?

J’y ai vu aussi un éloge du théâtre malgré son ridicule. Après tout, les avis et les mœurs se rejoignent enfin devant l’interprétation de Pyrame et Thisbé lors du mariage de Thésée et Hippolyte. Tout le monde critique ensemble, il n’y a plus de divergences. Serait-ce un dernier message de W. Shakespeare pour inciter à « rêver » ensemble ?

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