Inès Kozic, entre danse et rêve

Inès Kozic a vingt ans, et pose depuis un peu plus d’un an. Elle a déjà a son actif de très beaux shoots photographiques -elle a été publiée dans plusieurs magazines et un livre- et choisit avec beaucoup de soin les photographes avec qui elle travaille. J’ai eu un gros coup de cœur pour son univers, qui est très poétique et plein de grâce. Serait-ce dû à ses compétences de danseuse ? Entre onirisme et romantisme, Inès nous dévoile une jolie palette d’émotions et des courbes pleines de douceur…
par Julie de Waroquier
~ Bonjour Inès, tu poses maintenant depuis un an, peux-tu nous dire ce qui t’as poussé à passer derrière l’objectif ?

Depuis mes quatorze ans et durant toute mon adolescence, je m’amusais avec l’appareil photo de mon père et réalisais des autoportraits dans les endroits qui m’inspiraient (des greniers, des cabanes…) que je postais sur mon blog de l’époque; j’avais donc déjà une relation un peu spéciale et familière avec l’objectif, très auto-centrée. Quand j’ai rencontré Dominique Rolland en arrivant à Rennes, j’ai eu envie de reprendre, de découvrir ce que c’était d’être vue par quelqu’un d’autre, avec une autre sensibilité, et j’ai adoré le résultat (tellement que je viens tout juste de poser pour lui pour la cinquième fois ! ) Cela dit, c’est un tout autre exercice que l’autoportrait, et j’aime en refaire de temps à autre.

par Emma Photographies
~ Tu es également modèle vivant, peux-tu nous parler de cette expérience, nous raconter comment ça se passe ?

Un jour, en écoutant à la radio un reportage consacré aux écoles des Beaux-Arts, j’ai entendu l’interview d’une demoiselle qui parlait de son expérience comme modèle vivant, et j’ai pensé « pourquoi pas moi ? »
Deux semaines plus tard et des CV déposés un peu partout, j’ai eu ma première expérience dans une prépa d’arts appliqués. C’est difficile physiquement, il m’a fallu un peu de temps avant de trouver les poses adaptées au temps imposé, pour éviter les chutes de tension, les membres engourdis, ce genre de chose… et trouver le juste équilibre avec des clients, être ni trop froide, ni trop chaleureuse, dans ce contexte un peu particulier. Ceci étant, quel bonheur lors d’un accrochage de voir au mur des dessins réussis dans lesquels j’apparais ! C’est un moment qui peut être assez narcissique, mais en même temps je suis sans cesse à la recherche de ce que je pourrais améliorer dans mes poses pour les rendre plus originales et agréables à dessiner.

par Dominique Rolland
~ Tu possèdes un bon bagage de danseuse. Qu’est-ce qui te plait dans cette discipline ?

J’ai débuté très jeune, et je crois qu’à l’époque, ce qui me plaisait c’était d’être avec mes copines ! Mais vers quinze ans, lorsque j’ai commencé à me forger mes propres goûts musicaux, j’ai pris conscience de la dimension vraiment artistique de cette pratique. Pendant dix ans j’ai eu une enseignante formidable, exigeante et rigoureuse, qui m’a fait danser sur des morceaux de Thom Yorke, Ez3kiel, Soap & Skin… Plus la mise en scène était sombre, étrange, plus je me sentais dans mon élément ! A dix-sept ans je suis tombée sur des photo de Carlotta Ikeda, une des pionnières du mouvement Bûtoh que j’ai rencontrée quelques temps plus tard, et j’ai réellement compris ce que je pouvais exprimer par la danse, c’est devenu un mode d’expression à part entière pour moi. Rien n’a été calculé, mais depuis un an cela m’a également ouvert de nombreuses portes, dans la photo, la musique… je mesure sincèrement ma chance !

par Paul Von Borax
~ Elle est étroitement liée à ton activité de modèle, est-ce que cela te permet d’intéresser davantage les photographes ?

Oui justement, comme je viens de l’évoquer, c’est ma petite particularité qui m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires, sans cela je pense que je n’aurais jamais pu être une modèle intéressante. Je veux dire, je n’ai pas une taille mannequin, j’ai du mal à regarder l’objectif, j’ai du mal avec les expressions du visage (je m’efforce de travailler ça actuellement !), mais je suis à l’aise avec mon corps, je sais comment l’utiliser pour dire des choses. Et parfois, on m’impose le challenge de ne pas danser, c’est difficile, mais c’est un exercice intéressant aussi.

par Hazël’an
~ Quelles sont tes meilleures expériences photographiques ?

Chaque fois que j’ai reçu dans ma boite mail des images qui m’ont rendue à la fois fière, heureuse et satisfaite ! Sinon, plus particulièrement, il y a eu évidemment la première séance, celle qui a tout déclenché pour moi… mais aussi ma première rencontre avec Paul Von Borax la veille de mes vingt ans, car pour la première fois j’ai été vraiment transformée en un personnage particulier, avec l’aide de l’excellent Stephane Dussart. J’étais une fumeuse nonchalante et arrogante des années 30, j’avais une coiffure et un maquillage magnifiques, je me sentais belle et pour une fois, le « costume » aidant, je n’ai eu aucun mal à poser réellement, le regard droit dans l’objectif de son appareil Polaroïd. Cette série, à laquelle ont participé d’autres filles talentueuses bien connues de Faunerie, est aujourd’hui un très beau livre auquel je suis ravie d’avoir eu la chance de participer !

par Niiv
~ Tu poses également nue, quel est ton rapport au corps dans ces moments-là ?

Je n’ai pas, et n’ai jamais eu de problème par rapport à la nudité… même adolescente, je me dénudais parfois pour mes autoportraits, et c’est mon entourage que cela choquait, sans que je comprenne bien pourquoi. Lorsque je suis modèle vivant, les gens pensent que se déshabiller doit être la partie la plus difficile, en réalité, c’est pratiquement ce qu’il y a de plus simple. J’envisage mon corps comme un outil que les mouvements et/ou les vêtements vont mettre en valeur; je ne me sens pas dans un état plus particulier lorsque je suis nue qu’habillée. En revanche, je n’aime pas les photographes qui me demandent d’être dévêtue sans raisons particulières, uniquement parce que j’accepte de le faire. Je veux dire, j’aime que la nudité (comme les vêtements) soit cohérente avec le projets et les images que nous allons réaliser, que cela ait du sens. 

Ceci étant, s’il doit y avoir un inconvénient quelque part, ce serait celui-ci : j’entends souvent des filles expliquer que devenir modèle les a aidées à avoir confiance en elles, je ne suis pas de cet avis. Avant, je me préoccupais bien moins de mon apparence, de mes capacités physiques… Poser pour d’autres personnes m’a rendu plus exigeante avec moi-même.
par Sébastien Marchand
~ Tu choisis tes photographes avec beaucoup de soin, quels sont tes critères ?

En réalité je n’ai pas de critères, amateur ou non, je fonctionne au coup de cœur uniquement ! Enfin, si, ma seule « exigence » est la qualité technique des réalisations, car je veux bien parcourir le pays pour me mettre nue dans un étang par 8 degrés et me donner à fond, mais je veux être certaine que le photographe sache gérer son matériel. Bon, on n’a jamais de garanties que cela va fonctionner à tous les coups, mais c’est sur ce critère que repose ma confiance.
Après, je me laisse porter par l’univers qu’il ou elle propose, et si je sens que je pourrais y avoir ma place, si je sens que je pourrais lui apporter quelque chose dans sa démarche et ses projets personnels, alors j’écris un petit mail et je croise les doigts…
Et j’avoue qu’il m’est arrivé aussi de refuser des propositions venant de photographes techniquement compétents car leur style était pour moi trop « classique », académique. J’aime les mises en scène et les ambiances un peu oniriques, vaporeuses, étranges ; le Symbolisme étant ma période favorite de l’histoire de l’art.

par Frédéric Noyon
~ Quels thèmes photographiques aimerais-tu explorer maintenant ?

Pour moi le gros challenge désormais serait d’exprimer quelque chose avec mon visage, mon regard. J’imagine que c’est difficilement concevable pour une modèle, mais en une année, cela ne m’est pratiquement jamais arrivé ! Je suis plus à l’aise les yeux fermés pour improviser… Un peu de portraits donc, et j’aimerais aussi refaire quelques duos.
Sinon au niveau des thèmes, il n’y en a pas de particuliers, il suffit qu’un lieu ou une tenue m’inspire, je n’en demande pas plus pour démarrer quelque chose. J’adore aussi les « métamorphoses », incarner un personnage un peu comme je l’ai décrit plus haut avec Paul von Borax, mais j’avoue, je n’aime pas trop les étiquettes, et quand on me propose un shoot « steampunk », « gothique », « fetish » ou autres appellations un peu faciles et archi-revues, je passe mon chemin…

par Anaïs Novembre
~ Tu as posé pour de grands photographes dont Paul von Borax , Olivier Ramonteu ou encore Julie Niiv. Avec quels autres souhaiterais-tu travailler ?

Oh il y en a beaucoup que j’espère croiser un jour sur ma route ! Je dirais Jess Photography, Martial Lenoir, Leona Snow, Dedalus, Panic-Pr0n, Julie-Marie Gene, Eric Keller, Marc Dubord, Alexandre Deschaumes… et bien d’autres ! Olga Valeska aussi, évidemment, quelle modèle n’en rêve pas ?
J’aimerais aussi énormément collaborer avec la créatrice Mira Belle, et d’une manière générale, avec des stylistes dont le travail s’inscrit dans les univers que j’affectionne. Grâce à mon amie Sirithil j’ai eu l’occasion de porter il y a quelques temps un corset signé Atelier Sylphe, c’était super ! Voilà le genre d’expérience peut-être un peu plus « mode » que j’aimerai réaliser prochainement.

par Caroline Crête
~ Comment conçois-tu le milieu de la photographie ?

Pour moi il y a clairement un fossé entre les photo de collaboration, et les photo « fine art ». Je vais essayer de m’expliquer : il y a les images que l’on réalise à partir d’une rencontre, où l’on essaye de créer quelque chose de « joli »; et il y a les photo que l’on réalise dans une démarche plus plasticienne, expérimentale, ou rien n’est laissé au hasard. Je fais des études aux Beaux-Arts, et les créations que je présente à mes enseignants (comme Natacha Lesueur par exemple), n’ont rien à voir avec celles que je réalise lors de mes rencontres, le discours n’est pas du tout le même, et l’engagement émotionnel non plus. Disons que mes collaborations sont en quelques sortes ma petite récréation, et ce, sans aucun jugement négatif. Et j’admets que parfois, les « belles » photographies peuvent être sacrément vides, et les photographies d’art contemporain sacrément ennuyeuses…

par Dominique Rolland
~ Tu as également participé à un clip (« Halloween », de Alex de Vree), aimerais-tu avoir d’autres expériences de ce genre, comme, par exemple, en tant qu’actrice ?

En temps qu’actrice à proprement parler, non. Enfin, j’aimerais en théorie, mais je crois n’avoir ni les capacités, ni la légitimité ! En revanche, ce clip a été une très belle expérience, que je renouvellerai à l’occasion avec grand plaisir, d’autant que j’étais entourée d’amis, et qu’Alex, le chanteur, était adorable. D’une manière générale, partout où l’on me laisse carte blanche pour danser, je fonce ; et la vidéo est un support que j’ai jusque là peu expérimenté alors qu’il est parfait pour ce moyen d’expression… J’espère pouvoir l’explorer plus souvent à l’avenir. Et pourquoi pas faire des performances live avec des musiciens ? Si l’occasion se présentait, ça me plairait aussi beaucoup.

par Dominique Rolland

~ Et enfin, quels sont tes projets à l’avenir ?

Me laisser porter, saisir des opportunités, comme je le fais depuis un peu plus d’un an. Continuer mes études d’arts, continuer à me promener un peu partout en France, mais pour être honnête je n’ai aucune idée de l’endroit où je serai dans six mois, et c’est très bien comme ça ! Il y a un tas de gens que j’espère rencontrer, ou revoir, et j’ai confiance. Je suis un peu du genre à penser « aide-toi et le ciel t’aidera », je me dis que si je m’en donne les moyens, tout est réalisable. J’ai bien réussi à travailler avec Julie de Waroquier, je n’en reviens toujours pas…
Et c’est vrai que j’adore quand un projet prend petit à petit de l’ampleur, quand une photo fait l’objet d’une publication magazine, quand une photo est choisie pour être une pochette d’album comme ce fut récemment le cas avec le groupe Rastaban, quand un photographe réalise une exposition et accroche des photo que j’ai réalisées avec lui, etc… Mais on ne peut jamais prévoir ce genre de chose, et je continuerais à les vivre comme de très beaux cadeaux.

par Paul Von Borax
* * *
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2 réflexions sur “Inès Kozic, entre danse et rêve

  1. J'ai pris énormément de plaisir à lire cette interview, bien construite, bravo! On y découvre diverses facettes de cette merveilleuse demoiselle, il est intéressant de prendre connaissance de son parcours, et cerner le regard qu'elle porte sur son propre travail.

    Minute un peu niaise, ahum : Inès ♥♥♥

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