Du domaine des Murmures, de Carole Martinez

Lorsque j’ai eu ce livre entre les mains, j’ai été d’abord sceptique. Une histoire de sainte ? Cela risquait de virer au cucul et Twilight m’avait vaccinée (de temps en temps il faut tomber du coté obscur de la force). Et bien non ! Du domaine des Murmures a en plus été primé du Prix Goncourt des Lycéens.
Tout se passe au XIIe siècle, Esclarmonde est forcée par son père d’épouser Lothaire de Montfaucon, qui n’est pas réputé pour sa gentillesse. La jeune fille décide, le jour de son mariage, de se faire enfermer à vie au nom de Dieu et se coupe une oreille, mutilant sa beauté que beaucoup d’hommes convoitent. Elle décide par la même occasion de vouer l’argent de sa dot à l’édification d’une chapelle dédiée à Sainte Agnès, qui sera accolée à son reclusoir. Mais sur le chemin du retour, Esclarmonde se fait violer…
Loin du récit dramatique auquel on peut s’attendre, il s’agit d’un récit de vie. La jeune emmurée devient une sainte vivante et recueille jour après jour les confidences des riches comme des plus pauvres. Elle transmet des messages, bénit des nouveaux-nés, panse les plaies immatérielles et se fait l’oreille (coupée) de tout un peuple. De plus, accouchant d’une petit garçon dans sa cellule, tous la prennent pour une deuxième Vierge Marie. Esclarmonde devient le trésor du domaine des Murmures. Même Lothaire s’adoucit et se prend d’un amour immense pour la jeune femme qui l’a refusé. Au fur et à mesure du récit, on sent bien que son cœur n’est pas insensible aux chants de ce dernier. Et si elle avait fait le mauvais choix ?
Parlons de la plume de l’auteure. La langue est fluide et d’une rare poésie. L’auteure n’écrit pas, elle peint des tableaux. On défile avec grâce dans les pensées d’Esclarmonde et on s’émeut au fil des pages du destin de cette femme finalement forte et visionnaire. Loin d’un sentimentalisme mielleux, ce roman dresse le portrait d’une époque révolue, rien de mieux pour s’évader hors du monde actuel…
Du domaine des Murmures, Carole Martinez, éd. Folio.

2 Commentaires

Laisser un commentaire