Orphée mort, de Jean Delville

L’œuvre que je vais tâcher d’analyser cette fois-ci est une peinture de Jean Delville : Orphée mort. Jean Delville est un peintre belge, né en 1867 et mort en 1953, il est donc à cheval entre le XIXe et le XXe, entre Réalisme et Symbolisme. Il est à la fois peintre, poète et théoricien de l’art. Il devient l’ami de Joséphin Péladan et adhère aux doctrines de la Rose-Croix Esthétique, mouvement esthétique et mystique, dérivé d’une branche catholique : la Rose-Croix, dont les membres se réclament comme les successeurs des Templiers et des chevaliers du Graal. L’ésotérisme tient donc une place très importante dans l’œuvre de Delville.

Mais l’artiste n’est pas qu’attiré par le mysticisme chrétien, mais aussi par la philosophie, notamment platonicienne, ainsi que par les mythes grecs. Ces influences se retrouvent dans sa poésie comme sa peinture. Si j’ai choisi d’analyser Orphée mort, c’est parce que cette toile regroupe toutes les influences de Delville, et a priori, comment il se perçoit.
On ne voit ici que la tête d’Orphée sortant de sa lyre, et dérivant sur les eaux. Son chef aurait été jeté dans le fleuve par les Ménades, mécontente de le voir toujours fidèle à Eurydice malgré sa mort. Le poète n’a donc plus les moyens de jouer de sa lyre, mais sa voix a été préservée. L’artiste semble ici vouloir nous dire que même après la mort, sa voix continue de nous hanter, et traverse les âges. La dimension mystique de cette oeuvre est due à un mouvement philosophique et religieux, né d’après le mythe d’Orphée, qui s’appelle « l’orphisme ». Cette religion prend en compte une souillure originelle (tiens, tiens, ça ne vous rappelle pas le christianisme ?) et afin de la laver, l’âme doit se réincarner un certain nombre de fois afin d’atteindre le divin. La doctrine platonicienne s’inspirera de cette vieille croyance. De même, pour les rosicruciens, Orphée aurait été un élu de Dieu, pourvu de la connaissance absolue… Je ne développerai pas plus ce point car je ne suis pas savante, mais tout se rejoint : Delville mêle ici ses idées poétiques, philosophiques et religieuses, donnant à cet Orphée mort trois interprétations.
Enfin, la figure du poète, centrée dans la toile, ressort par la clarté dans laquelle elle baigne. L’onde est bleu foncé, comme parsemée de paillettes de lumière, accentuant le coté irréel et magique de la scène. Les traits du visage sont doux et sereins, peut-être tout simplement parce que l’aède sait que son chant perdurera à tout jamais… et qu’il rejoindra son Eurydice.

Une réflexion sur “Orphée mort, de Jean Delville

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