Justine Niogret et la plume à remonter le temps

Justine Niogret est une jeune auteure de fantasy française qui vit en Bretagne. Deux des romans qu’elle a écrits ont reçu de nombreux prix, dont le Prix de l’Imaginale et le Grand Prix de l’Imaginaire pour Chien du Heaume en 2010, et les Prix Elbakin et Utopiales pour Mordre le Bouclier en 2012. Ce sont ces deux romans que j’ai lus ; l’intrigue se passe dans une époque médiévale fantasmée et raconte l’histoire de Chien, guerrière redoutable qui cherche son véritable nom. L’univers bien planté, les personnages atypiques et le style à la fois mordant et poétique de l’écrivain m’avaient tout de suite transportée. J’ai d’ailleurs l’idée de me procurer d’autres de ses livres, en particulier Mordred. Je vous laisse la découvrir à travers ces questions !
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~ Premièrement, pouvez-vous nous raconter votre parcours en tant qu’écrivain ?


Alors. Déjà, j’ai toujours écrit. Je me suis exprimée très rapidement à l’écrit. J’ai arrêté vers l’adolescence, et puis j’ai repris quelques années après, suite à un moment assez long et pas très simple. J’ai voulu écrire une quarantaine de textes, histoire de me rôder, on va dire. J’ai ensuite écrit pas mal de nouvelles, et puis je suis tombée sur les appels à textes de l’Oxymore ; j’ai participé, mon texte a été retenu, puis nominé au prix Imaginales. J’ai continué, écrit un premier roman, d’autres nouvelles. Et enfin j’ai écrit Chien du Heaume, que j’ai réellement proposé, dans une véritable démarche d’édition, et les choses ont été lancées.
~ Avez-vous toujours voulu faire de l’écriture votre métier ?


Métier, non. De toute façon la réalité du métier est tellement différente de ce qu’on imagine que ça me semble très compliqué de prévoir ce genre de choses. Toujours voulu écrire, oui.
~ L’univers des deux romans, Chien du Heaume et Mordre le bouclier, se passe a priori au Moyen Âge. Est-ce une période qui vous plait davantage ? Pourquoi ? 
J’évite de tomber dans les pièges du « c’était mieux avant », « j’aurais voulu y vivre ». Je pense que c’est une période qui permet d’approcher plus et mieux les franges de ce que j’aime, c’est à dire une certaine forme de sauvagerie et de pureté des sentiments. Une époque où un certain extrémisme des choses était peut-être plus aisé à vivre.

~ Comment avez-vous imaginé le personnage de Chien ? Elle est absolument à l’opposé des héroïnes de fantasy, et cela rend votre roman très intéressant d’un point de vue féministe.


Je n’ai absolument pas la sensation, ni la démarche, d’écrire des textes féministes. Je sais que la question revient très souvent, et je suis désolée de ne pas avoir d’autre réponse à donner. J’écris sur des gens, qu’ils soient hommes ou femmes. On me parle souvent d’un côté féministe qu’auraient mes romans, je ne partage pas cet avis. J’écris sur des gens qui sont ce qu’ils sont, qui vont vers leur but, sans s’arrêter pour se demander s’ils appartiennent à telle ou telle école de pensée, genre ou couleur de peau. Ils sont sans doute libres de pas mal de clichés, positifs comme négatifs. Je reste persuadée que ce n’est pas en étant l’opposé de quelque chose qu’on aime pas qu’on est soi ; c’est simplement en étant soi.
Après, je n’ai pas imaginé Chien. Je pense que les personnages et les histoires viennent à ceux qui les aimeront et sauront les écrire du mieux qu’ils pourront ; ils viennent, ensuite on les prend, ou pas. Chien est venue comme elle est, je ne l’ai pas choisie, ou pire encore, construite.

~ Chien traverse dans les deux romans une sorte de crise identitaire, elle est à la recherche de son nom et interagit avec des personnages aussi brisés qu’elle par leur vécu, comme Sanglier ou Bréhyr. Est-ce que ces gueules cassées facilitent votre plume ? Pourquoi cette quête du nom ?


C’est quelque chose d’assez fascinant dans le texte long par rapport à la nouvelle ; on a pas le contrôle de tout, on se laisse parfois déborder. Du coup, plein de choses sortent du texte, qu’on aurait pas forcement voulu y mettre, comme la quête du nom. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient. Sans doute que je reste persuadée que le nom est une définition, et qu’on ne peut pas définir quelqu’un dans les jours qui suivent sa naissance. Ou alors c’est un destin, mais un destin forcé par quelqu’un d’autre. Je sais que je tourne beaucoup autour de ça, que ce soit dans Chien, dans Mordred, qui cherche une définition de lui, ou encore Gueule de Truie, qui a été renommé. Ça fait partie de mes fascinations, ans doute parce qu’au départ, on vous donne un nom sans vous connaître, avant même de savoir à peu près à quoi vous ressemblez à l’intérieur. Ça semble très vain, en somme.

~ Votre texte a des accents stylistiques oniriques et mêle également un langage médiéval. J’imagine que cela doit demander beaucoup de travail, non ?


Pas vraiment. Je ne retravaille jamais le style en lui-même, et les recherches sur le Moyen Âge sont agréables, et ça se fait finalement un peu n’importe quand. Le gros de la recherche sur cette époque a été fait il y a longtemps. Je redécouvre la recherche ultra spécifique avec mon projet du moment, un livre sur le haut empire romain.

~ Qu’est-ce que vous aimez lire en général ? Y’a-t-il des auteurs qui vous inspirent ?


Je n’arrive plus à lire depuis des années, depuis le moment où j’ai commencé à écrire « sérieusement ». Je trouve que pour profiter d’un monde entre les pages, il faut se laisser noyer dans ce que propose l’auteur, et ça, ça demande de lâcher son propre monde pendant un certain temps. Et ça, ça n’est plus possible de le faire (en tous cas pour moi). J’adorais Donaldson, King, Brussolo. Aujourd’hui j’ai des auteurs adorés aussi, mais sur des livres qui ne sont pas des romans, comme Testart, Walter.

~ Vos romans ont reçu de nombreux prix dont le Prix de L’Imaginaire pour Chien du Heaume, c’est une sacrée reconnaissance envers votre travail. Est-ce que cela facilite la publication de prochains romans ?
 

Je ne saurais pas vous répondre de façon objective, pour cela il aurait fallu que j’écrive et que je publie un certain nombre de romans avant de recevoir des prix, pour voir si oui ou non il y avait un changement. Maintenant, je pense que oui, puisqu’ils font partie de mon CV, comme mes romans eux-mêmes et mes bonnes relations avec certains éditeurs avec qui j’ai eu la chance de travailler. Après, j’ai tendance à penser qu’on publie un texte, surtout, pas forcément une personne. Si je vendais cent-mille exemplaires on me publierait de toute façon, sans doute, mais c’est loin d’être le cas. Alors si j’écris un texte qui ne plaît pas à un éditeur, il ne le publiera pas.

~ Vous écrivez également des nouvelles pour différentes anthologies, comment envisagez-vous l’écriture d’un texte court par rapport à un roman ?


C’est très différent, en tous cas pour moi. Le roman est un travail de fond, dans le sens où vous y pensez en mangeant, en vous lavant, en dormant. De la première idée solide jusqu’à la toute fin, ça tourne en boucle, les personnages aussi bien que les lieux, les mots en eux-mêmes. Un texte court demande bien moins de travail, encore une fois dans mon cas. C’est une sorte de flash, une idée pour les personnages, l’endroit, le goût de l’époque, une situation qui me parle et qui me plaît. Ne reste qu’à le mettre en forme, et comme j’écris en général assez vite et d’un seul jet, c’est souvent bouclé dans la journée, une fois les éléments rassemblés. Ça change et ça aère, aussi. Mais le roman dévore et noie, c’est aussi une sensation agréable malgré l’étouffement.


~ Enfin, quels sont vos futurs projets ?


Un livre sur les gladiateurs du haut empire, donc. Suivre un même personnage sur des années, le voir comme un petit sauvage prisonnier de guerre jusqu’au gladiateur qu’il sera devenu. Et prendre du temps, cette fois-ci, faire plus long, et parler mieux des gens autour de lui, de ce qu’il vit, de sa façon de survivre. 
* * *

En découvrir plus :

Son blog (pas très souvent mis à jour)
Une interview sur le site du Cafard Cosmique

2 réflexions sur “Justine Niogret et la plume à remonter le temps

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