Masculin / Masculin au muséee d’Orsay

Jeune homme assis, Hippolyte Flandrin, 1855
 Masculin/Masculin qui se tient actuellement au musée d’Orsay fait partie des expositions à aller voir pour se réchauffer le corps. C’est un évènement particulièrement moderne dont nous fait part le musée. Déjà par son initiative de retracer deux siècles du corps nu masculin, mais aussi pouvoir observer la qualité des modèles et l’évolution des mentalités sur ce corps. Ormis au Léopold Museum de Vienne à l’automne 2012, jamais sujet, aussi florissant soit-il, n’avait été abordé par les académies, soulignant justement un problème de pudeur qui s’est imposé sur ce nu à travers ces deux derniers siècles.
Car ici c’est le corps nu masculin qui est mis à l’épreuve pour les beaux yeux d’un public mi-farouche, mi-gêné, de déambuler dans une dizaine de salles aux statues et tableaux sans retenue.
La rétrospective répond très bien à la question de pourquoi une telle exposition n’a jamais été faite auparavant. Les codes du nu masculin changent à travers les sociétés. Et les regards ne se sont pas penchés de la même façon et ont parfois littéralement transformé la vision artistique. L’exposition révèle même une réflexion très pertinente sur l’évolution des mœurs, des consciences, l’arrivée du monde industriel et son influence sur le corps. 
Le XIXe siècle marque le schisme qui s’est crée dans l’art sur le regard adressé au nu masculin. C’est l’académie qui a remis au goût du jour le modèle absolu de l’Antiquité, la représentation du genre humain. Au XVIIIe siècle, le nu masculin est un canon type, il permet de montrer la technicité du corps à travers la main de l’artiste. L’homme est un modèle extrêmement complexe à reproduire. La femme possède beaucoup de rondeurs et de traits plus faciles à exécuter, tandis que l’homme est fait de muscles et de torsions.
L’homme, le masculin dans tout son état d’être : un modèle, une conscience, un existentialiste, un modèle de machine, un objet du désir…
Il est d’abord l’idéal classique, dont on se sert pour représenter les thèmes mythiques de l’Antiquité, c’est le nu héroïque, au point presque risible, si l’on prend le recul du XXIe siècle, que les hommes qui se battent sont toujours représentés nus. Le corps a cette époque n’a pas de pudeur, il expose la force et le combat.
Patrocle, Jacques Louis David, 1780
Ulysse et Télémaque tuant les prétendants, Louis Léon Vincent Pallières, 1812

Philoctète blessé, Nicolaï Abildgaard, 1775
 Ensuite, le corps est devenu non plus un modèle pictural, mais un modèle à part entière, voire une idole ; il faut lui ressembler, retrouver sa force, c’est toute la partie des dieux du Stade qui d’ailleurs montre bien la récupération des nazis de ce modèle de « perfection », l’homme élevé à sa plus grande hauteur, sa torsion la plus haute.
Lutteurs, Henri falguière, 1875
La fin du XIXe siècle est marquée par l’arrivée de l’industrialisation, et le corps est là aussi mis à l’épreuve, car on va le photographier, l’observer sous toutes ses coutures pour comprendre ses actions, ses torsions, ses muscles et sa force. La force est le maître mot de l’exposition car toujours l’humain se tournera vers elle pour comprendre mieux qui il est, c’est une association constante. Humain qui sera d’ailleurs mis en relation avec son contraire, l’éphèbe, l’efféminé que l’on retrouvera à la fin du parcours de l’exposition.
Un saut à la perche, Georges demeny, 1906, chronophotographie
Photo d’étude sur le nu, Louis Igout
Cependant l’artiste prend le dessus sur le corps. Il se met en recul par des autoportraits. Il veut représenter ce qu’est le corps pour lui et sa conscience aussi. L’exemple d’Egon Schiele est très révélateur du début du XXe siècle et du questionnement existentiel, de la place de l’homme et de la place de son corps dans la société nouvelle, le corps révèle l’esprit, si l’esprit est torturé, le corps le sera aussi, c’est une manière de combattre le préjugé du modèle qui montre sa force, ses muscles. Ici on retrouve l’homme avec ses faiblesses, ses peurs, ses questionnements.
 

Predicateur, Egon Schiele, 1913


David et Eli, Lucian Freud 2003

L’existentialisme prend part au parcours, avec le corps face à la mort, à la colère, à la peur, à toutes les émotions qui sont multipliées par la vision du corps vivant dans toute sa nudité.
Job, Leon Bonnart, 1860
 

Mort pour la patrie, Jean Jules Antoine Lecomte de Nouÿ, 1892


L’ange déchu, (détail du visage), Alexandre Cabanel, 1847
Avec une sculpture perturbante, représentant le corps de son père mort et nu, Ron Mueck plonge le spectateur dans la contemplation de la vérité de son propre destin, l’interroge sur la finalité de l’être. Cette œuvre fait partie des plus troublantes de l’exposition
Père mort, Ron Mueck, 1996
Une partie de l’exposition se penche sur la place l’homme dans la Nature, posant la question encore une fois, mais beaucoup moins centrée sur l’égo, de son existence, de l’existence de ce corps au milieu de la nature florissante.


Les Baigneurs, Edvard Munch, 1915
Baigneurs, Paul Cézanne, vers 1890
On y découvre aussi le corps dans la douleur, la torsion poussée à son paroxysme, le meurtre, l’enfer, la force de l’homme contre lui-même
 Ixion précipité dans les enfers, Jules Delaunay, 1876
 

Abel, Camille Bellanger, 1874

Après une succession foisonnante et appétissante de salles qui résonnent dans le corps et l’esprit et mélangent des oeuvres anciennes et modernes, comme celles des photographes Pierre et Gilles qui sont disséminées tout au long du parcours, l’exposition se termine par une immense salle coupée en deux, comme si deux voies s’ouvraient pour le spectateur. Il est amené à voir l’homme prenant en compte toute sa part féminine, celui-ci prend les traits de l’éphèbe, plein de sensualité et de sensibilité. Il est l’objet du désir.
 Oedipe et le Sphynx, Gustave Moreau, 1864


L’école de Platon, Jean Delville, 1898
De l’autre côté, c’est la Tentation du Mâle. C’est une pièce de jouissance du masculin… L’homme devient un désir que l’on peut qualifier d’homosexuel, où il n’y pas de féminité, comme pour laisser une belle place à l’exploration du corps de l’homme, comme il n’avait jamais été osé désiré par le regard de l’homme. Aussi, le tableau d’Orlan, Origine de la guerre, où le sexe de l’homme serait l’origine de tous les combats, amène une réflexion sur la toute puissance de cette masculinité et son hyper-sexualité.
Salem, Will Mc Bride 1959

Le bain, Paul Cadmus

 L’origine de la guerre, Orlan
Cette exposition est vraiment à voir, pour comprendre et découvrir le parcours du nu masculin, pour avoir un autre regard sur ce corps nu, le prendre en considération, oser le regarder pour la première fois, se délecter de cette offrande donnée par le musée d’Orsay jusqu’au 2 janvier. 
Exposition Masculin / Masculin, Musée d’Orsay du  24 septembre 2013  au 2 janvier 2014.

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