Voyages au coeur des montagnes avec Ambre de l’Alpe

Ambre de L’Alpe est une formidable photographe de paysages. Acharnée de la route, poursuiveuse de rêves et de terres désertes, Ambre traque la beauté dans les montagnes, les forêts, ainsi que chez les gens. Elle s’adonne depuis peu aux mises en scène, toujours dans des endroits sylvestres. A 21 ans, Ambre a fait de la photographie son métier, et a déjà vécu plus que la plupart d’entre nous. Voici son interview !
~ Hello Ambre ! Depuis quand t’es venue la passion de la photographie, et qu’est-ce qui te plait dans cette pratique ?
Hey ! La passion de la photo m’est venue il y a très très longtemps (enfin à mon échelle). Je me vois encore demander à ma mère si je pouvais prendre des photos avec son petit appareil, quand j’étais petite… A 9 ans j’ai eu mon premier appareil : un petit compact olympus argentique, sans zoom. Je me souviens qu’on me disait souvent qu’il fallait que je mette des gens devant le décor, parce qu’un décor tout seul, ça ne vaut pas grand chose. Et moi je m’acharnais ; non, le paysage est beau, je ne vois pas pourquoi je mettrais quelqu’un dessus !
Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, je me suis achetée un appareil numérique, qui permettait de zoomer énormément. J’adorais regarder les détails au loin, prendre une photo et découvrir des choses en l’agrandissant, immortaliser juste un bout de montagne…
C’est au lycée que j’ai pu avoir mon premier reflex, et à partir de là, c’est devenu plus qu’un passe temps ou un « hobby » (ce mot est étrange, je ne sais pas pourquoi il me fait penser à une sorte de guimauve rose), c’était un moyen d’expression, une façon de voir des éléments que je n’aurais pas remarqués si je n’avais pas été -ou ne m’étais pas imaginée- derrière l’appareil, une façon de rechercher et d’illustrer la beauté des lieux ou choses. Et de les interpréter à ma façon, finalement… Un peu comme la musique ou la peinture…
C’est ce qui me plait là dedans je pense, c’est chercher la beauté et tenter de l’illustrer, rendre hommage aux lieux que j’explore, depuis moins longtemps aussi aux personnes que « j’immortalise » (c’est un peu pompeux, on reste tous mortels), surtout dans des mises en scène et quasiment toujours dans la nature.
~ Peux-tu nous raconter ton parcours de vie ? Il est peu commun et intéressant !
Je peux essayer ! Alors… bon, comme un peu tout le monde de nos jours, je suis allée à l’école, en horaires aménagées musique pendant un certain temps. Primaire – collège – lycée. J’ai fait du violoncelle au conservatoire pendant 10 ans environ, je crois, et suis ridiculement partie à un an d’un diplôme (c’est un peu bête). J’ai toujours fait un tas de choses en plus des cours conventionnels, du bricolage, un peu de dessin, je lisais beaucoup, j’ai même fait un peu de broderie, de tissage et de menuiserie !
Chaque été, je partais randonner dans les Alpes avec ma mère. On passait quelques semaines dans un camping à faire une balade presque tous les jours. Ces paysages m’ont toujours attirée et fascinée, je voulais aller plus loin, essayer de voir des animaux, chercher des cristaux, tout savoir, les cailloux, les fleurs (et au bout d’un moment prendre des tas de photos).
J’ai assez vite voulu monter plus haut, aussi, et à partir de 15 ans j’ai fait pas mal d’alpinisme. Et j’ai appris que c’est très, très dur de convaincre un guide qu’une petite demoiselle comme moi est capable de porter son gros appareil photo en plus du reste.
Mais bon, toute cette liberté, c’était l’été, et uniquement l’été. Le reste du temps, j’allais en cours, je m’occupais à mes activités multiples, je courrais un peu ou faisais du vélo, de l’escalade … J’ai fini par avoir mon bac scientifique avec une bonne mention et je me suis inscrite en première année de médecine. Je voulais être kiné, mais avec la mode des nouvelles réformes, ce n’était plus un petit concours pour entrer directement en école mais une première année commune obligatoire pour toutes les « études de santé ». Merveilleux… J’ai donc découvert la joie des amphis et des retransmissions de vidéo projection (un seul professeur pour 6 amphithéâtres, pour qu’on ait tous le même cours… à condition qu’il y ait une proportion acceptable de gens qui essayent d’écouter / que la proportion de ceux qui ont décidé de ne pas écouter ne fasse pas trop de bruit et n’envoie pas trop de choses à travers les rangs / que le vidéoprojecteur fonctionne). J’ai essayé d’être sérieuse un moment, mais cela a vite assez mal marché. Au bout d’un moment, je n’allais plus en cours, il y avait nombre de choses qui ne m’attiraient pas du tout dans ce « tronc commun obligatoire », et j’ai vite fini par passer plus de temps à faire des photos qu’à apprendre des notions médicales ou pharmacologiques. En tant que boursière, ma mention au bac me donnait droit à une somme tous les mois… que j’ai utilisée pour acheter des billets d’avion et partir en exploration. Evidemment, je n’ai pas eu mon année, j’ai retenté l’année d’après mais il devenait évident que l’ambiance de la fac ne me convenait pas. J’ai donc décidé de me consacrer à ce que j’aime vraiment faire et j’ai essayé de me déclarer en tant qu’auteur photographe, au bout de plusieurs mois de course d’un bâtiment administratif à un autre, j’ai tout annulé et recommencé, et à présent je suis (normalement, on ne sait jamais avec l’administration française, j’ai l’impression) photographe-artisan auto-entrepreneur.
 ~ Tu sembles avoir beaucoup la bougeotte, pourquoi tous ces voyages ?
Parce que j’ai envie de tout découvrir ! Enfin disons plutôt qu’ici en France, il y a des endroits magnifiques, mais l’isolement est plus que relatif. Presque où qu’on soit, en moins d’une demi-journée de marche on retrouve une ville ou un village, la nuit on voit les lampadaires au loin, il y a souvent beaucoup de monde sur les sentiers, et de plus en plus de chemins partout… Et il n’y a vraiment pas de « point noir » sur la carte. Tout est déjà vu, photographié, et lorsque quelque chose ne l’est pas beaucoup il le devient vite dès qu’un photographe publie une image en évoquant le lieu. Certes on n’a pas tous la même vision des choses, on ne revient pas tous d’un même endroit avec les mêmes images, on n’a pas non plus tous le même but ou envie, mais décidément il devient bien difficile d’être seul par ici !
Et pour moi, le fait d’être un peu dans l’inconnu, autonome, libre et loin de la civilisation est très important. Généralement, les voyages font plus rêver que la colline qu’on a derrière chez soi… J’aime vraiment l’idée de découvrir, d’être loin des villes et de voir des paysages qui ressemblent à d’autres mondes.
~ Tu es allée entre autres, en Norvège, en Islande et en Patagonie, as-tu des anecdotes à nous faire part ? Des souvenirs qui t’ont marquée, des émotions ?
Toujours des pays froid, on constate! J’ai l’impression que la première chose à savoir quand on part en voyage avec moi, c’est qu’il y a un risque non négligeable d’être mouillé, et gelé s’il fait assez froid, hum.
De la Norvège je garde surtout le souvenir d’un sac trop lourd (plus de 35kg pendant un moment) et d’une météo qui avait l’air de se jouer de nous : avec l’ami avec qui je voyageais, on a campé trois jours au pied d’une montagne qu’on n’a jamais vue, à part lorsque le brouillard s’est levé au moment d’embarquer sur le bateau qui nous emmènerait bien loin ! Le seul vrai coucher de soleil que j’ai eu la chance de contempler, c’était le dernier soir (j’ai couru dans tous les sens avec mes collant troués, mes baskets pas lacées et ma doudoune, des moustiques se sont empressés de profiter des trous dans les collants pour s’y infiltrer, j’ai atteint le sommet d’une éminence, mais il y en avait une autre derrière, du coup j’ai encore couru, j’ai fini par voir une flaque dans laquelle tout se reflétait, je me suis approchée en prenant quelques photos, puis j’ai posé le trépied pour trouver un bel angle et … plus de batterie ! Les autres étaient à la tente, en bas… bon.). Puis il y en a eu un magnifique alors qu’on était dans un taxi, puis dans un train, puis chaque jour à mon retour en Alsace pendant deux semaines. Le reste du temps sur place ? Eh bien, il pleuvait, presque tout le temps. Pendant près d’un mois.. ahah. Et quand je suis montée assez haut, il a même neigé début août (!), mais au moins j’ai eu un aperçu de paysages magnifiques qui me donne plus qu’envie d’y retourner.
Et puis je me souviens bien de la journée de mon anniversaire : 25 juillet, il fait environ 5°C. C’est la tempête dehors, on a planté la tente sur un espèce de sentier abandonné au dessus de la ville de Stamsund, il faut ranger les affaires  trempées pendant une accalmie. On prend un bus qui finit par arriver avec une demi-heure de retard, puis un autre. Enfin, nous voilà au départ de la balade. Deux heures de marche, ce n’est pas la mer à boire… C’était sans compter le sac et le sentier ! Je n’aurai pas cru croiser un sentier si… profond. Tellement d’eau que l’herbe était assez imbibée pour que les flaques formées soient plus hautes que mes chaussures ! (L’herbe là-bas doit avoir quelque chose de… marin pour survivre dans des conditions pareilles !). Au début je sautais de cailloux en racines et inversement, mais au bout d’un moment j’ai fini par marcher tout droit en travers de la chose. Heureusement, après le montage de tente sur un tapis de lichen humide, il y avait au menu de la purée aligot lyophilisée, et même un mini gâteau entièrement recouvert de bougies!
Ah oui et, un conseil : n’essaye jamais de dormir dans une gare de bus, même fermée. Entre les hommes louches qui entrent en engueulant les portes et en frappant dans les murs et celle qui a débarqué avec son chien… il y a plus … paisible, comme ambiance.
L’Islande, j’en retiens que dans la même journée on peut pique niquer en t-shirt et braver une tempête de neige. A l’arrivée au refuge -transformés en bonhomme de neige, cheveux blancs, neige sur la sacoche photo, sur le gros sac, dans les chaussure, on a eu la bonne surprise, après la traversée d’un vestibule dégoulinant, d’apprendre que même si on avait réservé, on est arrivé tard, du coup il faut dormir à deux par couchettes. Et qu’il y a une panne d’eau et de gaz. Le gardien sort dans la tourmente pour chercher de l’eau chaude dans les fumerolles sous la neige pour dégeler les tuyaux pour rallumer le gaz. Plus pratique pour cuire les pâtes !
Il y a aussi mon attirance indéfectible pour les cascades qui m’a encore joué des tours. J’ai aperçu une chute qui avait l’air superbe depuis un bus, j’ai décidé d’aller y voir de plus près. Elle est au fond d’une sorte de canyon que je décide de traverser : l’eau ne doit pas être bien profonde. Jusqu’où suis-je prête à avoir les chaussures mouillées ? Il faudra assumer après… Mais je n’ai vraiment pas envie de les enlever. C’est parti ! Je n’aurai pas cru que l’eau m’arriverait à la taille jusqu’à ce que je sois dedans. Mais c’est trop tard, je passe le défilé, me retrouve dans une sorte d’énorme caverne partiellement ouverte sur le ciel, et suis littéralement inondée en deux secondes. Mais la cascade est magnifique, de l’eau ruissèle sur des rochers troués tapissés de mousse… Je parle toute seule, personne ne m’entend, même moi je ne m’entends pas tellement le fracas de l’eau est impressionnant. Je te laisse imaginer qu’en ressortant de la, j’ai provoqué quelques regards surpris et fous-rires en essorant chaussures et chaussettes (dans lesquelles mon pantalon s’est empressé de re-dégouliner).
La Patagonie… après plusieurs voyages, il reste un point commun traumatisant : les mulots. Mais la première année, valeureux inconscients, on ne s’y attendait vraiment pas, du tout. Après deux jours d’avion et d’attente dans les aéroports, un décalage horaire de 5h, une nuit de 4h, un bus inexistant et un bus qui s’avère être une voiture quatre places, on finit par débarquer à l’entrée du Parc des Torres del Paine. On s’enfonce vite dans le Parc, la nuit va bientôt tomber. On se perd en dix mètres, on retrouve le chemin… La fatigue est grande mais l’euphorie plus grande encore, on marche vite sous nos sacs énormes. En 1h20 au lieu de 2h, on atteint notre premier camp. Montage de tentes (une petite pour les affaires, une grande pour nous), préparation de repas abstrait en manquant de mettre le feu à ma tente : le réchaud se transforme en feu de camp, et nous voilà vite emmitouflés dans nos sacs de couchage, essayant de s’organiser de façon à ce que les appareils photos rentrent, que personne n’ait la tête dans les chaussure, et accessoirement que la tête de Cyril ne dépasse pas. . Le matin, une lueur bizarre apparait derrière le monticule devant lequel on campe. Le ciel s’éclaire et se déchire… Il faut aller voir ! J’essaye de monter, je n’y arrive pas, des bouts de montagne apparaissent fantômatiquement entre des écharpes de nuages jaunes. Je cours partout, réessaye de monter, et après un périple douloureux à travers -dessus, dessous et dans- les arbustes, nous découvrons… un autre monticule. Au bout de quelques minutes supplémentaires d’acharnement la défaite est admise et on retourne remballer le camp. Et les ennuis commencent : un certain problème de mulot. Mon bol en silicone a été troué, et il en est de même pour  la poche à eau de trois litres et l’autre poche à eau. La bestiole est aussi entrée dans la petite tente et a grignoté un paquet de gâteaux, un sachet de soupe, le lait en poudre…. Et troué la bouteille d’un litre et demi dans un des sacs, ce qui a inondé quelques vêtements, imbibé les combustibles solides de mon réchaud de secours et transformé le papier toilette en papier mâché. Bon. Bonne entrée en matière ! Notons qu’on a retenu la leçon : plus rien de comestible accessible dans un tente mal fermée. Résultat des mesures prises : tente trouée pour créer un passage vers la poubelle a l’intérieur, bâtons de marche, œilleton de mon appareil photo, carte de randonnée en plastique sauvagement attaqués (eh oui, plus rien de mangeable n’est accessible, alors il faut manger l’immangeable…).  Plus tard sur le même trek, on s’est retrouvé face à un puma, aussi. Mais il s’est avéré plus intimidant mais bien moins embêtant que les mulots en fin de compte !
 ~ Quel est le pays que tu as le plus apprécié ?
Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Je m’intéresse plus à la nature qu’au facteur humain, en voyage, aucun des endroits où je suis allée ne m’a déçue. C’est vrai qu’il y a une différence d’ambiance évidente entre les Chiliens et les Islandais par exemple, et que pour vivre je me sentirais peut être mieux en Islande, mais je n’ai vraiment pas de préférence.
~ Où aimerais-tu aller maintenant ?
Grande question ! J’ai une carte constellée d’endroits qui m’attirent à visiter un jour. J’aimerais entre autres bien retourner en Norvège prochainement, et avoir l’occasion de voir des aurores boréales. L’Himalaya m’attire aussi, mais surtout des lieux qui semblent assez complexes d’accès.
Sinon, j’ai des projets qui ont un lien avec le Grand Nord canadien, mais j’ai l’impression qu’il faudrait presque monter une véritable expédition (si jamais tu connais des sponsors, je suis preneuse !), et actuellement même un billet d’avion est hors de mes moyens. Mais bon, il est sûr que j’ai des tas de projets en attente, pour l’instant toujours dans des endroits isolés, montagneux et froids…. 
~ Tu as voyagé avec Alexandre Deschaumes et Mathieu Lelay, qu’est-ce que leur expérience t’a apporté ?
Des très bons moments. J’ai fait un stage photo avec Alexandre en 2010, et ensuite on a passé beaucoup de temps ensemble à faire des sorties diverses. Je n’avais pas vraiment eu l’occasion de voir la montagne en toute saison avant, j’étais limitée aux vacances estivales, et dans mon entourage personne ne partait comme ça, bivouaquer loin des refuges et des campings… Je peux dire que c’était vraiment bien.
Le premier vrai voyage à visée photo a été la Patagonie en 2011, et passer ces moments abstraits ensemble dans une désorganisation impressionnante a été assez épuisant, mais j’en garde d’excellents souvenirs. C’est souvent plus agréable d’être à plusieurs au bout du monde que livré à soi même…
L’année suivante c’était reparti pour la Patagonie, et après une semaine seule on s’est retrouvé avec Alexandre, Mathieu, Xavier Jamonet et Manue (sa compagne), et un guide pour tenter de faire le tour du Fitz Roy. Sans ce projet (qui n’a pas abouti), je serais probablement restée seule le reste de mon séjour, mais comme j’avais quelques connaissances en alpinisme et que le tour était en grande partie une randonnée glacière, et que diviser les frais du guide par cinq était plus supportable, on s’est préparé ensemble. Mathieu était en plein tournage du film sur Alexandre et, comme il ne me connaissait pas assez, il était prévu que je reparte de mon côté après le tour… Mais comme on s’est tous bien entendus et que personne n’était gênant pour les tournages, on a finalement continué la route ensemble. Ce n’était pas toujours simple d’allier la photo à plusieurs à un même endroit, les prises de Mathieu et l’organisation générale des choses, mais on s’en est sortis je crois ! J’ai appris à essayer de ne pas gêner et à essayer de ne pas être frustrée quand je devais rester à l’écart à certains moments. Mais ça valait le coup, les sorties ensemble ont continué encore la durée du tournage, on a partagé beaucoup de choses.
~ Tu sembles très attirée par les grands espaces et la nature sauvage, qu’est-ce qui t’attire dans cela ?
Je ne sais pas si je saurais l’expliquer, et à vrai dire je ne sais pas si je n’ai pas déjà répondu, en fait ! Ce qui m’attire le plus là dedans, c’est justement le côté « brut », sauvage et préservé, et la solitude, enfin l’isolement. Le fait d’être loin de la société et de ses règles parfois absurdes, d’être lié à la nature et pouvoir la contempler sans qu’il y a ait cinq touristes autour qui mitraillent, une voiture qui passe, un tas de déchets qui trainent ou besoin de dire « Bonjour! » tous les dix mètres. Que l’homme n’ait pas encore touché et pollué ou détruit les endroits que je visite…
J’ai besoin d’être immergée, en quelque sorte c’est peut être un type de retour aux élémentaires, une fuite de la technologie qui s’empare petit à petit de tout et tout le monde. Je ne m’imagine vraiment pas passer le reste de ma vie dans un appartement citadin.
~ A 21 ans, tu as déjà énormément vécu, te sens-tu en décalage par rapport aux gens de ton âge ?
Inévitablement… Et ce n’est pas nouveau, du tout. Je dirais même que ce décalage commence légèrement à s’estomper après qu’il ait été particulièrement flagrant quand je fréquentais des établissements scolaires, collège, lycée ou fac. J’étais bien la seule à aller passer mes récréations dans un noyer, hum. Je m’entendais souvent mieux avec les professeurs qu’avec les élèves, ce qui ne faisait qu’accentuer le décalage, forcément.
Dans un sens j’ai toujours été trop mature, trop responsable, trop… adulte, je crois. Des choses positives avec un « trop » devant. On m’a souvent dit que je ne savais pas m’amuser, et souvent quand bien même j’essaye de faire comme, ce que l’on attend de moi, d’une fille de mon âge, je me retrouve dans mon coin au bout d’un moment. Des fois j’ai presque l’impression d’être la vieille rabat-joie de service, même si je ne suis pas vraiment vieille et que je ne fais pas exprès. Il y a des choses qui devraient me plaire selon les euh, critères de normalité actuels, et dont je n’ai absolument rien à faire. J’entends des fois les étudiants parler de sortir faire la fête, souvent, les soirées entre amis font partie du quotidien conventionnel, mais quand je suis chez moi je ne sors presque jamais, je ne suis encore jamais allée en boîte (ma chambre est une boite, c’est déjà un point commun, non ? A quoi bon changer de boîte), il y a des blagues que je ne comprends pas ; enfin du coup, bon, il y a un décalage évident. 
~ Qu’est-ce que la photographie de portraits et d’événements à de différent avec la photographie de paysage ? Où te sens-tu le plus à l’aise ?
C’est très différent. Un paysage, ce n’est pas réellement immobile, mais ça ne bouge pas vraiment non plus, ça ne parle pas, ça n’a pas d’attentes spécifiques, de volonté de voir le résultat ou d’incapacité de se mettre à tel endroit. Le paysage, je le vois à ma façon et c’est ce que j’essaye d’illustrer, il n’y a que ma vision, mes capacités (monter à un endroit, y rester même s’il fait froid ou préférer aller boire un chocolat, trépied en état de fonctionnement (ou pas)…) qui entre en compte. Si je n’ai pas le courage de sortir de la tente, je n’aurai pas ma photo, tant pis pour moi, de même avec la météo. D’ailleurs pour la photo de paysage, il faut essayer d’être au bon moment au bon endroit, et ça implique souvent d’être prêt à rester à cet endroit là, quitte à y passer la nuit.
Avec les personnes, déjà, être timide, ça n’aide pas, même si les choses vont en s’arrangeant. Mais une personne espère toujours qu’il y aura un résultat qui lui plaira, et on ne peut pas la mettre dans n’importe quelle situation non plus. Genre « Tu peux monter sur l’arbre là bas ? -Euh, non. » ou « Tu peux secouer l’arbre pour qu’il y ait de la neige qui tombe ? -Ca  a intérêt à être joli ! » D’autant plus si on n’est pas sûr que ça donnera quelque chose. Un évènement, c’est encore bien pire, là le résultat est obligatoire vu que l’évènement est unique. Il y a beaucoup plus de pression, et les gens attendent de toi que tout soit parfait (et quel photographe ne connait pas la hantise du déclencheur qui résonne dans l’église…)
Je suis bien plus à l’aise pour les paysages. Et ça concorde plus avec mes envies de voyages et de grands espaces, même si je me retrouve aussi dans les portraits dans la nature et les mises en scène, maintenant.
    
~ Après les calendriers, projettes-tu de créer un livre sur tes photographies de voyage ?
J’aimerais bien, mais plutôt publier des journaux de bord illustrés qu’un réel livre photo, pour l’instant, je pense…
~ Tu as récemment passé un examen pour être accompagnatrice en montagne, qu’est-ce qui t’y a décidé ?
Je me suis décidée il y a deux ans et demi. La première fois, j’ai raté mon inscription, l’an passé j’ai raté une épreuve du probatoire, en février je n’ai pas trouvé de dates avant qu’il ne soit trop tard pour s’inscrire et en septembre j’ai (enfin) eu l’examen probatoire et très dernièrement j’ai validé la partie « tronc commun ».
C’est l’idée de pouvoir faire découvrir la montagne, et d’allier l’encadrement d’un groupe dans un milieu que j’adore et la photo qui m’ont décidée. Il y avait aussi des projets avec Alexandre, à élucider. En tout cas, sans être accompagnateur, on n’a théoriquement pas le droit d’emmener des gens à plus de 1200 mètres d’altitude, je crois.
Avant, j’ai eu pendant un moment l’idée folle de vouloir devenir guide. Mais ce n’est pas simple et si on veut préparer la liste de sorties en prenant un guide pour chacune, je crois qu’il y en a pour environ 100 000€, donc, comment dire… non. J’ai abandonné l’idée pendant un moment, et puis, finalement, je me suis dit qu’accompagnateur, ce n’était pas si mal.
~ Enfin, as-tu des projets particuliers pour l’année à venir ?
Vu que je suis dans le flou, ça rejoint la question d’où j’aimerais aller. Je ne sais pas trop ce qui pourra se faire, car je suis censée encadrer un certain nombre de sorties l’été prochain avec cette formation, du coup la période de départ en voyage est limitée. Mais j’aimerais au moins repartir en Norvège en fin d’hiver, ou peut être en début d’automne prochain. A vrai dire c’est surtout le budget qui me limite pour l’instant. A voir !
* * *

En découvrir plus :

Site
Page Facebook

Une réflexion sur “Voyages au coeur des montagnes avec Ambre de l’Alpe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s