Wes Anderson : amours et procédés littéraires

Wes Anderson est un grand réalisateur américain qui produit des films d’auteur dans le sens où il écrit ses scénari, les réalise et les produit, et où son esthétique si particulière se reconnaît sans peine. La poésie de l’écriture de Wes Anderson est indéniable et l’intérêt de ses films, c’est de déceler le littéraire derrière l’image afin de saisir toute la profondeur et l’intensité des histoires filmées par le cinéaste.
1- Moonrise Kindom : le grandissement par le lyrisme, l’héroï-comique et l’épique
Comment signifier la grandeur des sentiments que peuvent avoir deux pré-adolescents l’un pour l’autre ? On dit souvent que l’amour à cet âge là n’est pas sérieux. Et pourtant, l’histoire d’amour entre Suzy et Sam a tout l’air d’une histoire aussi importante, aussi romantique et aussi sincère que les plus grandes histoires d’amour – on pense à Bonnie and Clyde et Roméo et Juliette pour leur amour tumultueux rudement mis à l’épreuve. Même si toute l’île de New Penzance est contre leur union, eux n’ont jamais douté de leur amour. Tout commence par un coup de foudre : leur amour est évident ; puis par une fugue longuement organisée qui les amène à vivre dans la nature. Au lieu de la forêt de Tristan et Yseult, Suzy et Sam vivent leur idylle cachés sur une plage où ils se sont construits un campement digne d’un chef scout. La scène de la plage, où les jeunes amoureux, vivant d’amour et d’eau fraîche, expriment leurs sentiments à travers les arts, est l’acmé du lyrisme qui résonne tout au long du film.

Pour leur plus grand malheur – et le notre, pauvres spectateurs qui avaient cru à cette rêverie rousseauiste – les adultes qui étaient partis à la recherche des jeunes fugueurs, les retrouvent et les séparent. Une deuxième fuite s’ensuit d’une deuxième poursuite, seulement cette fois-ci s’ajoute un obstacle de plus grande importance : alors que les deux jeunes tentent de nouveau d’échapper au joug parental pour ainsi être ensemble, les éléments naturels, qui furent un temps leurs alliés, se déchaînent pour compliquer leur voyage de noces aux allures de fuite. La romance des deux jeunes est doublée d’un souffle épique qui ajoute au drame une menace mortelle : leur combat pour l’amour devient alors héroïque. Leur histoire est ainsi traitée sous le registre héroï-comique : la relation amoureuse, qui apparaît insignifiante pour les autres, est grandie par ces procédés. On tire le bas vers le haut, soit un amour de vacances vers un amour héroïque qui affronte un déluge  apocalyptique.


2 – The Royal Tenembaums : L’amour c’est comme une cigarette

Une histoire d’amour non-conforme, poétique, et même si on connait la chanson, surprenante. La cigarette comme symbole de l’amour, probablement l’une des métaphores les plus belles et originales.

Margot commence à fumer à 12 ans, elle le cache, puis continue à le cacher. Elle fume beaucoup, c’est son plaisir et elle veut le garder secret. Margot est la fille adoptive des Tenenbaums, elle à deux frères : Chas et Ritchie. Ritchie est amoureux de Margot, probablement depuis toujours, son passe temps favori est de dessiner des portraits de Margot. On apprend la dépression nerveuse de Ritchie après l’annonce du mariage de Margot avec Raleigh St Clair. Ritchie ne s’en remet guère, il finit par faire une tentative de suicide. La famille est réunie à l’hôpital dans une salle, dans l’attente de voir Ritchie. Margot fume une cigarette. Surprise, sa mère lui demande depuis quand elle fume, elle lui répond depuis 22 ans. « Tu devrais arrêter » lui dit-elle. Ritchie quitte l’hôpital pour trouver Margot qui l’attend dans sa chambre, fumant une cigarette. Alors que plus tôt dans le film, Margot faisait tomber son paquet de cigarettes devant Ritchie et reniait son appartenance, elle fume dorénavant devant lui : une déclaration d’amour qui sort du commun. Car on l’a bien compris, l’addiction de Margot pour la nicotine, c’est son amour pour son frère d’adoption qu’elle dissimule depuis ses 12 ans. Le génie de Wes Anderson est tout là, et se confirme au fil de sa filmographie : il sait sublimer les histoires non-conformes et donne de la poésie à l’atypique et au non-conventionnel.

 
Article écrit par Laura, étudiante en master de Lettres.

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