Les Saintes d’Isaure Anska

Isaure Anska est une artiste photographe dont l’univers m’a tout de suite happée. Ses modèles sont magnifiés, les photographies pleines de grâce, évanescentes, comme sorties d’un rêve. Les décors sont toujours épurés ou naturels et les lumières contrastées, donnant un effet pictural aux images. La mystérieuse Isaure (quel prénom plein de grâce !) lève quelque peu le voile lors de cette interview…

~ Vous êtes bien mystérieuse Isaure Anska, peut-être consentiriez-vous à lever un peu le voile ? Qui êtes-vous ?
Je ne sais si Isaure Anska est si mystérieuse que cela. Peut-être est-ce l’image qu’elle donne et elle sourit, non d’un sourire moqueur, mais d’un sourire mystérieux et emprunt d’une immense curiosité lorsqu’autrui prend le temps de s’interroger sur elle…Alors c’est avec un immense plaisir qu’elle conçoit d’en raconter un  peu plus sur elle.
Isaure Anska découvre la photographie en 2006, se définissant comme un personnage extérieur au monde réaliste qui est le monde actuel et qu’elle n’aime guère. Elle préférera ne montrer que ces propres visions. Elle débute son travail par des séries d’autoportraits dans lesquelles elle se met en scène, apportant, pour chacune d’elle, un univers théâtral et surréaliste, racontant une histoire, une époque, un jour, avec un sens obsessionnel de la rigueur pour une vision plus juste de ses rêves , de ses songes et peurs. Abandonnant un peu plus ses autoportraits mais tout en continuant à y puiser de nouvelles inspirations, dans la manière de les recréer sans cesse, et afin d’élargir ses visions photographiques, elle commence à travailler avec des modèles, filles ou garçons, tout en les intégrant continuellement  à l’intérieur de ses propres songes, ses propres visions.

~ Depuis quand êtes-vous passionnée de photographie et pourquoi ?
Passionnée je ne sais réellement depuis quand, on ne peut pas vraiment parler d’une passion, qui est venue pour ma part dès le début de ma compréhension du monde de l’image, mais plutôt d’un amour certain de ce monde, de son expression, qui s’est installé depuis l’enfance. Une fascination certaine et lointaine de ce que l’image représente, de comment  nous pouvons la façonner à volonté, la créer avec nos rêves, nos vies à chacun,  comment les images que nous avons au fond de nous peuvent se transformer en une certaine réalité, toutes ces questions ont constamment hanté mon esprit…
Le pourquoi du comment, je ne me suis jamais posée réellement la question, cela est venu comme une évidence, sans contrainte, sans condition. J’ai suivi cette voie qui comme une grâce du ciel m’ est apparue…

~ Êtes-vous professionnelle depuis longtemps ?
Je ne pense pas encore être professionnelle à ce jour et peut être ne le serai-je jamais. Je crois que je ne cherche pas à le devenir au bout du compte. J’ai appris au fil des années, toutes ces longues années de quête, de recherche depuis ma découverte du monde de l’image jusqu’à maintenant, à faire ce que j’avais envie de faire : essayer de montrer au sein de mon imagerie, dans une rigueur certaine et voulue, et dans un contexte très proche, les visions que je possède en moi.
Le but de devenir un jour professionnelle m’échappe de plus en plus, je préfère, à l’ instant où je vous parle, être encore et encore et sans limite dans mes recherches, dans la découverte, dans l’apprentissage, et rester dans l’émerveillement de ce que je vois tout autour de moi à chaque instant et à chaque jour qui passe, et prendre des fragments pour m’en inspirer dans la réalisation de mes photographies.

~ Vous faites beaucoup d’autoportraits, qu’est-ce que cela vous apporte ?
Il est vrai que l’autoportrait est un grand sujet au sein de mes images. Il y a maintenant 6 ans, voire plus, je ne compte plus réellement les années, que j’ai découvert le monde de l’image par ce procédé. L’autoportrait m’a beaucoup aidé à une certaine époque à savoir qui j’étais, à comprendre mon corps et son fonctionnement. Cela m’a également aidé à me libérer de beaucoup de choses, et puis bien plus tard, l’autoportrait a pris une toute autre dimension psychologique : le fait de me montrer sous diverses manières, de ne pas me montrer réellement, devenir un autre personnage, etc. C’est un pouvoir inépuisable de raconter sans contraintes ce que l’on a au fond de soi, de plus intime, et comme je sais exactement ce que je veux rendre en image, le procédé de l’autoportrait prend alors tout son sens.
C’est un état d’esprit très complexe, je le conçois parfaitement, et c’est aussi complexe de l’exprimer à l’écrit, de le faire comprendre à autrui. Mais je pense que lorsque l’on prend le temps de le voir et de l’analyser, certaines choses deviennent plus compréhensibles.

~ Il y a très peu de paysages dans votre travail, mais beaucoup de portraits et de silhouettes, pourquoi ?
Il est vrai le paysage ne fait pas partie de mon territoire photographique. Pour simplement répondre à cette question très intéressante au sein de mon travail photographique, je dirais que je ne sais pas rendre les dimensions lumineuses et mystérieuses, éléments  auxquels je tiens profondément et que j’essaye de  retranscrire dans mes autoportraits et portraits. Pour moi les visages et silhouettes sont importantes car ils permettent de faire évoluer mes histoires, il y a la possibilité de raconter même avec un seul et unique visage de nombreuses choses, même sans paysage.

~ Nombre de vos autoportraits et portraits ont un aspect marial : voile blanc et couronne de fleurs, l’esthétique chrétienne vous inspire-t-elle ? Qu’est-ce qui vous inspire en général ?
Mes inspirations, comme vous l’avez si bien dit, viennent de l’imagerie Sainte : les icônes religieuses. J’ai toujours eu une fascination pour toutes ces images, avec ces visages implorant le ciel, ces mains jointes, ces corps abandonnés. Mais aussi tout l’esthétisme de celles-ci, la richesse, la lumière…
J’ai débuté il y a quelques mois tout un travail là-dessus. J’étais curieuse de savoir comme j’allais réussir à pourvoir interpréter les icônes religieuses par mes propres moyens et mes propres visions comme toujours.
De nombreuses inspirations viennent aussi de la peinture, notamment des peintres préraphaélites que j’affectionne et que je découvre un peu plus ces temps ci…entre réalité, rêves, visions d’autres mondes poétiques, tout en gardant mes propres visions religieuses, qui ne possèdent pas, bien entendu, les traits d’une ferveur exemplaire. La vision d’une parfaite martyre de la vie fait partie aussi des mes inspirations, une sorte de Mater Dolorosa .


~ Y’a-t-il des artistes que vous admirez ?
Il y a beaucoup d’artistes que j’admire et qui ont contribué à ma progression, à mes recherches, à ma découverte de la photographie, et à qui je dois beaucoup dans la manière de faire mes images. Je pense notamment à Sarah Moon, j’ai une admiration inconditionnelle pour cette personne au talent incroyable, que j’ai eu l’immense chance de rencontrer il y a quelques années. J’affectionne aussi d’autres artistes comme Irina Ionesco, même si plus tard ses images ont été sources de polémiques diverses, j’aime son sens de l’esthétisme, ses diverses mises en scène toujours très recherchées et rigoureuses ; Julia Margaret Cameron, qui est toujours une source d’inspiration, notamment pour ma série sur les icônes religieuses ; il y a aussi Salgado pour ses paysages incroyables mêlant réalité et rêve, d’une lumière très rare ; et encore bien d’autres. Mais ceux cités ont été et sont encore fondamentaux pour moi, ils me permettent de progresser encore et encore.

~ Vous exprimez-vous via d’autres media ?
Peut-être un jour la vidéo, mais il me faudrait apprendre toute la rigueur et la technique de cette très belle matière, avec laquelle je pense apporter encore bien de nouvelles visions, et emprunter de nouveaux chemins au sein de mon travail.
Pour l’instant seul mon appareil photo est mon seul et unique complice, le regard intime de mes périples dans mon avancement.

~ Que souhaitez-vous transmettre à travers votre travail photographique ?
Je n’ai pas la prétention de pouvoir transmettre quoi que ce soit. Ce que je vais dire peut paraître bien mystique mais j’ose. Souvent des personnes qui sont devenues très chères à mon cœur m’ont dit que mes photographies éclairaient les cœurs de part leur poésie, qu’elles consolaient de la triste réalité de la vie en montrant de la beauté et de l’émotion, qu’elles permettaient l’évasion hors du réel… C’est peut-être alors ce qu’elles transmettent pour ceux qui veulent bien voir et comprendre tous les messages que j’essaye d’apporter au sein de mes photographies…

~ Que conseillerez-vous à quelqu’un qui veut se lancer dans la photographie ?
Parmi les nombreux conseils que je pourrais donner, c’est de regarder tous les jours autour de soi. La vie est une grande source d’inspiration, nombre de mes images ont été faites à partir des visions de l’extérieur.  Puis il faut voir des choses, apprendre, découvrir d’autres artistes, des peintres, des sculpteurs, et s’en servir dans le cheminement photographique.
Mais je pense à un conseil, plus particulièrement, qui m’ a été enseigné dès mes tous débuts : c’est la rigueur. La rigueur dans le travail photographique est fondamentale, sans celle-ci il est difficile de faire. Il faut accepter ses faiblesses et recommencer encore et encore, faire, refaire avec un certain acharnement. Au fil du temps le résultat sera présent.

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Flickr de la photographe

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