Ouvrages en cheveux au XIXe siècle : un engouement au delà du morbide.

Conséquemment à l’article intitulé La photographie post-mortem et autres arts macabres à l’époque victorienne, j’ai pris l’initiative d’approfondir le sujet des bijoux en cheveux. Au fil de mes recherches et des échanges avec d’autres bloggers, j’ai appris que l’art de tisser les chevelures ne se résumait pas à de simples hommages morbides. 
Curieux petits objets d’apparats emblématiques des toilettes de deuil du XIXe siècle, les bijoux en cheveux se présentaient à l’époque comme d’authentiques symboles d’affection envers un défunt ou un intime éloigné. Véritables  preuves d’attachement à un être cher, ces bijoux étaient très populaires en France durant les campagnes Napoléoniennes. Porter ce genre de bijoux symbolisait un lien très fort avec la personne à qui appartenaient les cheveux ornant les parures, un lien plus fort que la mort ou la distance. Il était donc logique qu’en temps de guerre, les bijoux en cheveux fussent populaires. Il étaient également en vogue au Royaume-uni et en Suisse, majoritairement dans les milieux ruraux. Populaire au point de devenir un passe temps au même titre que le tricot, le tissage capillaire à des fins ornementales est à l’origine d’un large commerce de chevelures initialement dédiées à la fabrication de perruques et autres extensions, nécessaire à la prospérité de l’artisanat qu’il a engendré. La demande de cheveux fut telle que certaines femmes firent commerce de leur chevelure. Voilà donc un exemple attestant de l’importance de la mode des bijoux en cheveux, dépassant le principe de bijoux de deuil, confectionnés avec les cheveux du défunt regretté.
Le plus souvent ces parures aux origines organiques se présentaient  sous la forme de petits médaillons renfermant quelques mèches de cheveux, et ce, jusqu’en 1840. Passé cette date, on pouvait également trouver des colliers, anneaux ou bracelets entièrement faits de cheveux tressés. Ostensible marque d’une affection profonde envers un mari, un parent ou un enfant, les bijoux en cheveux étaient également portés par simple désir de matérialiser l’amour qu’une personne portait pour une autre. 

Mais l’engouement pour l’artisanat du cheveux ne s’arrête pas aux bijoux et dépasse même le contexte du deuil pour se révéler dans toute sa splendeur et sa minutie au travers de cadres à cheveux contenant des mèches savamment arrangées, la plupart du temps en motif floraux et ce, dans un but ornemental. Pour travailler puis incorporer le cheveux au cadre on utilisait différentes techniques. On pouvait par exemple rouler les mèches dans la cendre avant de les protéger avec une sorte de laque.
De part leur fragilité, bijoux et cadres à cheveux sont aujourd’hui des objets rares, et ont donc une valeur certaine. De nos jours, ce genre d’objet peut inspirer le dégout, étant fait de cheveux humains et souvent perçus comme objets morbides. Pourtant à l’époque, toutes ces créations n’étaient pas forcément liées à un deuil et pouvaient revêtir un aspect purement esthétique.

Je vous conseille de jeter un œil sur l’incroyable collection du Leila’s Hair Museum, seul musée au monde à être entièrement consacré aux ouvrages en cheveux, à cette adresse : http://www.leilashairmuseum.net/
De Samson et Dalila à La chevelure de Maupassant, le cheveu s’érige depuis toujours  en symbole de séduction, mais également de pouvoir et de puissance, notamment parce qu’il continue de pousser après la mort et la défie donc en quelque sorte. A travers ces pièces d’ornements, aujourd’hui rares et coûteuses, c’est donc tout un symbolisme de force et d’éternité des sentiments affectifs qui est exhorté et il est, à mon sens, dommage que ces véritables petits chef- d’œuvres de l’artisanat puissent à notre époque inspirer un certain dégoût de part ses macabres origines. Origines qui d’ailleurs, étaient parfois largement dépassées au XIXe siècle, au profit d’un aspect plus esthétique.

Un grand merci à Marc Faygen pour m’avoir autorisée à illustrer mon article avec ses clichés : http://www.bijouxregionaux.fr/fr/contenu.php?idcontenu=7

 Pour plus d’information je vous invite à consulter les sites suivants:

2 réflexions sur “Ouvrages en cheveux au XIXe siècle : un engouement au delà du morbide.

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