La Mécanique du Coeur

La mécanique du cœur, c’est d’abord le troisième roman de Mathias Malzieu, paru en 2007. Mathias Malzieu est aussi le chanteur du groupe Dionysos, dont l’album éponyme, sorti la même année, constituait alors une sorte de bande originale du livre, qui, de l’aveu même de son auteur, avait été écrit dan l’optique d’une adaptation cinématographique. Adaptation qui s’est fait attendre mais qui ne nous a pas déçus, puisqu’en début d’année sortait le film d’animation Jack et la mécanique du cœur, avec, au scénario… Mathias Malzieu. Bande-annonce.
Le livre et l’album m’ayant particulièrement touchée au sortir de l’adolescence, j’attendais beaucoup du film lorsque j’ai vu l’affiche dans le métro parisien. Pour le synopsis : l’histoire commence dans l’Édimbourg de 1874, le jour le plus froid du monde. Jack, le héros, naît avec le cœur gelé et est confié par sa mère à Madeleine, une sage-femme qui lui installe une horloge à coucou à la place du cœur. Ce substitut de cœur est fragile et Jack doit absolument respecter trois règles pour le préserver:

« Premièrement ne touche pas à tes aiguilles

Deuxièmement ta colère tu devras maîtriser

Et surtout ne jamais oublier quoi qu’il arrive

Ne jamais se laisser tomber amoureux »

Il grandit loin du monde la majeure partie de son enfance, mais le jour où Madeleine l’emmène en ville pour la première fois, il tombe amoureux d’une petite chanteuse myope qui se cogne partout, qui disparaît par la suite. A l’école, il rencontre son rival, Joe, lui aussi amoureux de Miss acacias, qui lui mènera la vie dure jusqu’à ce que Jack finisse par s’enfuir après lui avoir « collé la gueule contre son cœur » et crevé l’œil. Notre héros part alors pour l’Andalousie afin de retrouver son amoureuse, et rencontrera lors de son périple un guide initiatique en la personne de Georges Méliès, mais également des personnages issus de l’imaginaire collectif tels que Jack l’éventreur…

Sans vous spoiler, le film est fidèle au livre jusqu’au bout des ongles, hormis les quelques dernières minutes de fin qui sont un peu différentes, créant ainsi un final plus féerique qu’il ne l’était dans l’oeuvre d’origine. C’est un choix qui peut facilement s’expliquer, à mon sens, par une volonté de rendre le film vraiment tout-public : l’histoire et l’écriture faussement enfantine de Mathias Malzieu pourraient facilement faire passer La mécanique du cœur pour de la littérature jeunesse.
Pour autant, les thèmes abordés sont tout sauf innocents: au travers d’un character-design qui fait penser à des petites poupées et des constants jeux de mots employés -la bande originale du film est une version très légèrement remixée de l’album de 2007 et les doubleurs des personnages sont les mêmes que ceux qui les chantaient alors-, on nous parle d’exclusion sociale: celle de Madeleine que tout le monde dit folle parce qu’elle répare les gens dont la société ne veut pas (prostituées, sans-abri, mères-filles), celle de Jack, persécuté à l’école en raison de sa différence, qui finalement trouvera sa place au sein d’un cirque de l’étrange, non sans avoir enduré les humiliations jusqu’à en venir à crever l’œil de son tortionnaire. La peine amoureuse aussi est traitée au travers d’un œil adulte, puisqu’elle conduit Jack à s’arracher le cœur après avoir parcouru toute l’Europe tel un Don Quichotte pour retrouver sa dulcinée.
Côté visuel, l’affiche l’annonçait déjà, on est sur du très très beau. Aucun détail n’est laissé au hasard, la moitié du film est chantée et ce faisant l’image s’envole au rythme de la voix des protagonistes, les métaphores sont mises en images au point qu’on ne sait plus si l’on suit l’aventure d’un jeune garçon ou bien son rêve, il y a des détails dans les détails des détails de chaque élément… J’ai particulièrement aimé la façon qu’avait Miss Acacias de se couvrir de ronces à chaque fois qu’elle se rétractait et devenait méfiante à l’endroit du pauvre Jack qui n’aspire qu’à la conquérir. Clairement, on sent une inspiration steampunk dans l’univers visuel du film – mais comment en serait-il autrement avec tous ces rouages !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s