Interview d’AnarkiA Rock, photographe alternative

AnarkiA Rock est une jeune artiste autodidacte, qui s’est depuis professionnalisée. Elle est très versée dans les thématiques alternatives, et offre au regard des portraits délicats de ses modèles. Les ambiances varient de la plus simple et fraîche à quelque peu sombre, une robe noir, un geste mélancolique, voire « médiavalisantes ». AnarkiA a d’ailleurs publié un projet sur le site Ulule afin d’organiser une exposition mobile, qui pourrait se déplacer dans toute la France. On peut voir la jeune photographe progresser à vue d’œil, et son univers m’a donné envie de vous le faire découvrir. Enjoy !
~ Bonjour AnarkiA, tout d’abord, peux-tu te présenter ? Pourquoi le pseudonyme AnarkiA Rock ?
Bonjour Faunerie et merci de m’avoir proposée cette interview. Je ne suis jamais à l’aise avec l’exercice de la présentation, je ne sais jamais s’il faut être formel comme une carte d’identité ou se la jouer artiste à la « à vous de me découvrir » ^^.
Plus sérieusement, je m’appelle Hélène Rock, je suis née à Strasbourg en 1991, j’ai donc 22 ans, maman d’un petit garçon d’un peu plus d’un an et je suis avant tout artiste photographe basée sur Aix en Provence.
Par rapport au pseudonyme AnarkiA Rock, « Rock » est, comme vous pouvez le deviner, mon  nom de famille, le vrai, même si j’ai du mal à convaincre en général. « Anarkia » est le mot ayant servit d’inspiration à Victor Hugo pour son roman Notre Dame de Paris, qui est une fiction phare dans ma vie. C’est un mot qui symboliserait la vanité et la fatalité de toute chose en grec ancien. Et pour ce qui est des doubles A, ils symbolisaient jadis les initiales du prénom et du nom de mon homme, maintenant elles peuvent aussi représenter son prénom et le prénom de mon fils Aidan.
~ Depuis quand fais-tu de la photographie, et d’où te vient cette passion ?
Je fais de la photographie depuis un petit moment étant donné que j’ai commencé en tant que modèle amateur en 2005 (activité que j’ai cessée en 2011) alors que je vivais à Metz. J’ai appris pas mal de choses au contact de différents photographes, puis je suis devenue photographe de soirée alternative un peu par hasard. J’ai lancé mon entreprise en novembre 2010 avec peu de bases et sans diplôme de photographie, j’ai appris en autodidacte et me voilà aujourd’hui. Je me suis formée au graphisme, à la maîtrise photoshop et à la photographie de maternité, et j’espère pouvoir continuer à me former à l’avenir auprès de grands photographes que j’admire.
~ La base de ton univers est « alternative », assez sombre et mélancolique, mystérieuse. Qu’est-ce qui t’influence ?
 Pour être tout à fait honnête, la vie m’inspire plus que les œuvres. Je viens d’une famille éclatée, en couple depuis 9 ans, jeune mère, grande voyageuse et souvent confrontée à la  perte de l’autre et à la critique de soi. Je me pose donc forcément une multitude de questions existentielles qui parfois font mal et j’ai du les transformer en photo de façon plus ou moins inconsciente. C’est forcément libérateur.
Pour ce qui est d’une question purement culturelle, je suis très inspirée par la grande et la petite Histoire, ce qui ne transparaît pas forcément de prime abord dans mes photos, mais je me sens proches de certains personnages et je me sers de ce que j’imagine d’eux pour le transposer sur mes modèles. Dans une généralité plus classique, la musique, l’histoire de l’art, la mythologique, les sciences, la nature, l’esthétique goth, metal, et tout ce qui touche à une  forme de personnification de soi m’inspire, comme tous les sentiments extrêmes.
~ Tu tiens un forum sur la communauté « gothique », est-ce que cela fait longtemps que tu t’intéresses à ce mouvement ?
Oui, « Communauté Gothique » est un forum que j’ai créé et que je dirige depuis 2008. Il est classé second des forums de la communauté alternative francophone et je suis fière de la qualité de ses discussions. Je m’intéresse à ce mouvement depuis pile 10 ans maintenant que j’y réfléchis. Au départ je n’étais, comme beaucoup d’ado, qu’attirée par l’esthétique du  mouvement gothique, sa mode, ses beaux vêtements, puis je ne me suis sentie bien que comme cela, ne pouvant apporter qu’une touche underground à ma vie, peu importe dans quel cadre celle-ci se déroule.
Mais en montant le forum, j’ai avant tout voulu faire partager  mes nouveaux savoirs culturels, en particulier la musique, car le mouvement gothique est essentiellement  basé sur la musique, englobant une foule de « sous-catégories » assez diverses comme le batcave, la new wave, l’electro, l’indus etc.
C’est devenu un peu un mouvement  poubelle si je peux affectueusement  m’exprimer ainsi,  mais j’aime être entourée de gens étranges aux coutumes étranges. J’ai toujours eu  l’impression d’y trouver une forme de profondeur que je ne retrouve pas dans le quotidien  de notre société actuelle, même si en grandissant je me suis rendue compte qu’une foule de gens étaient attirés par l’underground et venaient de tous milieux.
~ Comment prépares-tu tes shoots ? Comment passes-tu du stade de l’élaboration à la séance ?
Je commence par prévoir une date, ce qui déroute souvent les modèles, mais comme beaucoup, j’aime travailler dans l’urgence. Une fois que j’ai la modèle et la date, je peux attendre la dernière semaine avant de travailler un thème, sauf lorsqu’il y a commande de matériel ou de tenue. Je note dans un carnet tout ce qui me touche dans mes multiples lectures quotidiennes ou ce que je vois, j’entends, les découvertes musicales ou filmiques que je fais ou parfois juste les sentiments que j’ai. Je propose ensuite une thématique à la modèle choisie puis nous réfléchissons ensemble aux éléments dont nous avons besoin pour mener à bien le projet. Mais je suis très instinctive, je ne prépare pas énormément les séances. Souvent j’ai une ligne directrice, et je laisse la magie du moment faire le reste.
~ Tu sembles souvent remettre en question ton travail, souhaiterais-tu changer d’orientation artistique ?
Pour être tout à fait sincère, je remets mon travail en question tous les soirs. J’ai le défaut d’être une perfectionniste née dans le travail et je peux me rendre malade de quelque chose que je n’aurais pas vu, fait, ou d’un pas de travers. De plus je n’arrive pas à me sentir légitime dans mon boulot. Quand je vois que je suis suivie par près de 10 000 personnes et que hier je n’étais rien, je me demande toujours quelle force m’a poussée à devenir la photographe que jadis j’aurais aimé être, et cela me déroute. Je suis souvent troublée par l’amour des autres, par une modèle tremblante d’appréhension de me rencontrer ou de messages me disant comment j’ai pu redonner confiance en un corps, voire en une vie. J’ai souvent besoin d’être seule pour y réfléchir pour ne pas que cela m’affecte plus que je ne le voudrais.
D’un côté bien plus pragmatique, je ne vis que de la vente de mes tirages et de mes stages photo, par choix. Mais c’est un choix bien difficile à porter au quotidien, pour des questions financières bien sûr, et n’étant pas sure d’y avoir ma place, je pense souvent à la réorientation, mais pas forcément artistique. L’avenir en parlera pour moi.
~ Tu t’es récemment mise à la création de bijoux, pourquoi ce soudain engouement ?
J’aime les travaux manuels, ça m’apaise et me rend sereine. J’avais besoin de faire parfois autre chose de mes mains que de la photo qui me demande une créativité et une concentration à toute épreuve que je ne peux pas forcément avoir chez moi avec mon fils en bas âge et mes chiens. J’ai du coup eu l’idée de mettre cette envie au service de mes photos pour permettre au public d’acheter un support innovent pour avoir mes photos chez eux. Je n’ai pas la moindre prétention d’orfèvre et remercie ouvertement Juliette de Grenouilleries pour m’avoir appris quelques bases.
~ Arrives-tu à concilier ta vie artistique -plus que remplie- et ta vie de famille ?
Comme je le disais ci-dessus, c’est un peu compliqué parfois. Être maman, surtout à mon âge, c’est être sur tous les fronts, surtout avec un petit être qui découvre toute la vie qui bouillonne autour de lui. Parfois j’avoue, j’ai besoin de m’isoler, de calme, parce que je n’arrive plus à concilier les deux. Produire de « l’art » ne se fait pas sur commande et je suis parfois incapable d’être inspirée et je perds mes reperds. Heureusement dans ces cas là, mon compagnon prend le relais. Il est d’une grande compréhension envers mon métier, étant lui aussi un cérébral ayant besoin d’une bulle de travail autour de lui. Nous nous auto-gérons, d’autant plus que j’aimerais d’autres enfants !
~ Que penses-tu du monde de la photographie aujourd’hui ?
Je ne pense pas que c’est à moi de juger le monde de la photo, surtout qu’il est bien vaste, ce monde… Autant je ne suis rien chez certains photographes de mode, de paysage, ou reporters, autant parfois de je suis « quelqu’un » dans le milieu alternatif, et pourtant, je n’arrive pas à avoir une opinion tranchée sur la question. Je pense, si je peux parler de ce qui me concerne, qu’il y a énormément d’excellents photographes, qui prennent le métier très au sérieux et ont un talent fou, comme il y a aussi beaucoup d’amateurs, graphistes avant d’être photographes, qui vendent, facturent, au nez et à la barbe des professionnels, ce qui est forcément douloureux pour nous. Mais il y a également de très bons amateurs respectueux du travail d’autrui et que je prends plaisir à suivre. C’est aussi un milieu de « modèles », aujourd’hui, toutes les femmes veulent être modèles, être belles et sublimées, collectionner les photos. Cela joue parfois sur la qualité des âmes et des œuvres, mais en général, je n’ai rien contre qui que ce soit voulant s’exprimer à travers l’art, nous sommes tous un peu sur terre pour exister…
~ Que recherches-tu chez un modèle ?
J’ai commencé à être un peu exigeante avec mes modèles et je refuse de très nombreuses candidatures. J’ai beaucoup de mal à juger quelqu’un en photo, mais vu que je ne peux pas rencontrer tous le monde, je me fie à mon instinct. J’ai besoin que la personne qui travaille avec moi affiche un certain vécu, puisse rendre au spectateur une émotion vive, soit à l’aise avec son corps et investie dans le travail artistique. Je préfère les sentiments en règle générale et j’ai souvent de beaux rapports à long terme avec mes modèles car je retrouve chez elles autant de personnalités différentes que formidables.
~ Enfin, quels sont tes projets pour cette année ?
Je ne sais pas comment je vivrai demain, mais pour répondre à court terme, je prépare une exposition à l’incroyable boutique « Ukronium 1828 » à Lyon pour le mois de juin que j’espère pouvoir organiser grâce au financement participatif. Elle sera composée majoritairement d’œuvres inédites que je suis entrain de mettre en place. Je vais aussi enfin concrétiser un rêve : travailler avec une modèle allemande, MADemoiselle Meli H, qui me fera l’honneur d’être ma muse du jour en avril. J’espère travailler avec quelques grands créateurs du milieu également. Toujours des stages pour débutants tous les mois, et j’ai également le désir d’agrandir ma famille à la fin de l’année, ce qui pourrait donner cours à de nouvelles inspirations, comme la naissance de mon fils en avait provoqué l’hiver dernier…
Encore merci pour cet interview, j’espère ne pas avoir été trop bavarde.
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