Désirs et Volupté à l’époque victorienne

Le musée Jacquemart-André domicilié au 158 boulevard Haussmann à Paris présente, entre le 13 septembre 2013 et le 20 janvier 2014, une exposition nommée « Désir et volupté à l’époque victorienne », ce compte rendu se composera d’une introduction au lieu d’exposition. Dans un second temps il sera question de ce qui caractérise cette exposition tant au sujet de la mise en place  générale et de son appréhension par le spectateur que par son sujet, pour finir sur les débouchées de celle-ci et ma critique.

Le musée Jacquemart-André de Paris est installé dans un hôtel particulier prenant place sur le boulevard Haussmann. Réalisé entre 1868 et 1875 par l’architecte André Parent, ce lieu à l’architecture d’inspiration classique regroupe une collection de peintures françaises, anglaises, italiennes, hollandaises et flamandes réalisées entre le XIVe et le XVIIIe siècle ainsi que des sculptures et divers objets mobiliers appartenant à Édouard André et Nélie Jacquemart. C’est en 1913, suite à la mort de Nélie Jacquemart, que le musée ouvre ses portes. Celle-ci n’ayant pas eu d’enfant, elle fit don de sa collection à l’Institut de France afin que celle-ci ne soit pas disséminée et qu’elle puisse être accessible à un large public. Le musée fut placé par l’institut de France, comme beaucoup d’autres lieux d’histoire, sous la délégation de Culturespace, une entreprise privée visant la valorisation de ces lieux et de ce qu’ils présentent, ainsi que la mise en place d’expositions temporaires fréquentes tout en gérant les aspects plus administratifs comme la gestion du personnel des établissements ou encore la mise en place de divers services. Lors de l’organisation d’expositions temporaires, le musée se veut original, aussi propose-t-il des artistes méconnus comme plus célèbres tout en offrant à la vue des expositions basées sur différentes cultures, ici l’Angleterre du XIXe siècle.

Les roses d’Héliogabale, Lawrence Alma-Tadema

Il s’agit là d’une exposition temporaire qui sera renouvelée au Chiostro del Bramante à Rome du 15 février au 5 juin 2014 puis au Museo Thyssen-Bornemisza de Madrid du 23 juin au 5 octobre 2014.
Véronique Gérard-Powell est la commissaire de l’exposition. Spécialiste de la collection Pérez Sìmon, agrégée d’histoire et maitre de conférence en histoire de l’art moderne à l’Université de Paris-Sorbonne, membre du Centre André Chastel, travaillant sur l’art espagnol et des vice-royaumes espagnol du XVIe au XIXème siècle ainsi que sur l’histoire des collections entre le XVIe siècle et le XIXème siècle. Elle est notamment l’auteur de « Les amateurs de sculpture espagnole dans la France du XIXe siècle », in Les Échanges artistiques entre la France et l’Espagne à l’époque moderne : architecture, sculpture, peinture, dir. Julien Lugand, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2012. Véronique Gérard-Powell travaille ici en collaboration avec le directeur du musée Jacquemart-André, Nicolas Sainte Fare Garnot.
On trouve, associé à cette exposition, plusieurs évènements, tout d’abord une présentation de l’exposition par les commissaires devant la presse, les différent collaborateurs et membres du musée lors de l’inauguration puis diverses conférences dont une, « Les Préraphaélites à l’occasion de l’exposition Désirs et volupté à l’époque victorienne au musée Jacquemart-André » par Pascal Bonafoux, maître de conférence en histoire de l’art à l’Université de Paris VIII. Seront présent pour la diffusion de l’évènement dans la presse, la radio France Inter, le groupe France Télévisions ainsi que les journaux le Figaro Magazine, le Parisien, l’Express Styles et  l’Œil.

La joueuse de Saz, William C. Wontner

Pour accompagner le spectateur, le musée Jacquemart-André propose divers documents en pendant de la visite de l’exposition, un livret vendu à la billetterie, un audioguide, des publication hors-série des magazine Beaux-Arts et Connaissance des Arts, un livret de découverte ludique pour les enfants mais aussi la création d’une application pour smartphone, d’un site internet  ainsi qu’un catalogue d’exposition proposé à la vente et à la consultation lors de la visite de l’exposition dans une salle prévue à cet effet, mais aussi une vidéo-projection qui sert d’introduction. On trouve dans chaque salle de l’exposition temporaire, des textes imprimés sur les murs, amenant des renseignements généraux sur le contexte historique, le collectionneur à qui appartiennent les œuvres présentées, les peintres principaux de l’exposition et mettant clairement en avant la thématique de l’exposition, divisée par chapitres. Un panneau explicatif est également présent à l’entrée de l’exposition ainsi que la mise en place de plusieurs affiches et pancartes indiquant le lieu, le titre et présentant des reproductions d’œuvres qui sont disposées dans le musée.

Cette exposition trouve sa place dans la redécouverte récente des peintures victoriennes dans les collections anglaises. Elle est une initiative prise par le musée Jacquemart-André suite à un partenariat réussi, auparavant, avec le collectionneur mexicain Juan Antonio Pérez-Sìmon qui prêtât les œuvres exposées. En effet les cinquante-deux œuvres présentées lors de « Désirs et Volupté » sont l’entièreté très diversifiée des œuvres  peintes et dessinées de l’époque victorienne possédée par le collectionneur. Aussi cette exposition possède une double raison d’être, car elle met en avant la peinture anglaise de la deuxième moitié du XIXe siècle sous un aspect spécifique, celui du désir, de la sensualité, de la féminité sublimé qui est le point central de la collection de Juan Antonio Pérez Simon pour la période, rendant ainsi hommage à la peinture, aux artistes comme au collectionneur qui a su réunir ces œuvres. Aussi il est important de prendre en compte que la problématique « Désir et Volupté » fut déterminée en fonction des œuvres allant être exposée et non l’inverse comme il semblerait plus logique.

Venus Verticordia, Dante Gabriel Rossetti

Ces œuvres se regroupent toutes dans la période de production du mouvement préraphaélite soit entre 1860 et 1914 et tournent autour du thème affectionné par leur possesseur, celui du désir et de la volupté, mettant également en avant cette recherche par les peintres évoluant sous le règne de Victoria (1837 à 1901) dont les œuvres sont présentées. C’est donc ici une exposition délimitée par un cadre géographique et temporel spécifique, basée sur un mouvement pictural spécifique étudié avec un angle de vue très ciblé définissant ainsi la problématique « désir et volupté à l’époque victorienne » qui définit l’exposition temporaire du musée Jacquemart-André. On y trouve seulement des œuvres en deux dimensions, toutes encadrée, elles peuvent être esquisses ou œuvres terminées, présenter des travaux à l’huile, au pastel ou bien encore à l’aquarelle. Les formats sont très inégaux mais sont mis en place côte à côte, sur une seule rangée et espacés d’environ quatre-vingt centimètres chacun selon les formats et s’il s’agit du même peintre, comme certains tableaux en petits formats de Sir Laurence Alma-Tadema dans la première salle d’exposition, les tableaux sont plus rapproché et sur deux lignes, ce qui donne une linéarité et une facilité d’appréhension sans surcharge pour le regard, non négligeable au parcours du spectateur. L’exposition est accessible à un public relativement large, justifié par la présence importante d’explication sur le courant artistique, la période, les peintres et leurs caractéristiques, mais aussi par le cheminement dicté par la numérotation des salles et la thématique explicite offerte à chacune d’elles, présentée en début de parcours avec un court métrage introduisant l’exposition et close par la présentation du catalogue édité pour celle-ci, permettant à ceux qui le désirent de compléter leurs connaissance sur le sujet présenté et de le mettre en espace. On trouve dans deux salles, des bancs de bois posés contre le mur renforçant cette lecture linéaire de l’exposition.

On l’a dit, les œuvres sont, de manière générale, espacées d’environ un mètre chacune et disposées sur une seule rangée, elles sont disposées dans des salles mesurant entre huit mètres par dix et deux mètres par quatre. Le sol est couvert de moquette aux motifs divers entourés de larges bandes bordeaux et les murs tantôt d’un faux marbre, tantôt d’une peinture grise, tantôt de rideaux en trompe-l’œil. La lumière n’est pas diffuse, elle provient de spots disposés au plafond à raison d’un par œuvre, les éclairants directement et laissant le passage des spectateurs dans la pénombre, concentrant ainsi toute l’attention sur les objets exposés. On ne trouve aucune œuvre au centre du parcours, tout est disposé sur les murs renforçant ainsi la linéarité de l’approche par le spectateur qui est totalement guidé lors de sa visite. On trouve également quelques bancs, disposés au hasard des salles. La scénographie de l’exposition est due à monsieur Henry le Gall.

Andromède, Sir Edward John Poynter

Le souhait du musée Jaquemart-André de proposer des expositions basées sur des cultures diverses dans une optique d’offrir au regard des artistes plus ou moins connus, trouve réponse dans cette exposition « Désir et Volupté à l’époque victorienne », mettant en avant l’entièreté de la collection Pérez-Sìmon pour la peinture victorienne, une collection privée et donc peu connue ne comportant pas moins de dix-neuf artistes  pouvant présenter entre une et treize œuvres chacun. Les critiques de la presse la décrivent comme une très bonne exposition de petite envergure qui, même si elle se sera voulue innovante de par la rareté de présentation au grand public des œuvre exposées, se trouve être un juste « pendant à l’exposition [« Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde », 2012] du Musée d’Orsay ». La promotion de l’évènement relève de la presse mais aussi des nombreux blogs et sites internet personnels y dédiant soit un article, soit leur intégralité. On trouve également de nombreuses affiches dans le métro la présentant. Cela dit, le musée en lui-même affirme ne recevoir, par jour, que la moitié du nombre de visiteurs présent de manière générale aux différentes expositions.

Pour ma part, j’ai été agréablement surprise par cette exposition qui offrait un panel très large d’artistes du mouvement préraphaélite pour une collection personnelle composée de seulement cinquante-deux œuvres sur la période. Cela étant, l’axe de présentation de la peinture préraphaélite définit par les tableaux qui le mettent en scène cible un gout très précis, un parti pris qui ne convient pas à tout le monde et laisse donc des avis très divers, rebutant certains pour qui il s’agit de la première approche avec ce mouvement. J’ai trouvé que le cheminement proposé est très intéressant, simple, mais manquait de souplesse. En effet le spectateur est littéralement conduit le long de ce défilement de tableaux, les rapprochements qu’il peut faire avec les différents peintres ont déjà été pensés pour l’accrochage, donnant lieu à divers associations thématiques même si chaque salle se veut d’un artiste en particulier. Ajouter à cela que la taille du lieu d’exposition reste modeste et que pour ma part, cela fait écho à l’intimité dans laquelle les femmes représentées sur ces œuvres sont misent en scène.

Un nuage passe, Arthur Hughes

La Reine Esther, Edwin L. Long

Paradis terrestre, Lawrence Alma-Tadema
* * *
Bibliographie :

Véronique Gérard-Powell, Désir et Volupté à l’époque victorienne : collection Pérez Sìmon (Paris, Rome, Madrid, 13 septembre 2013 – 5 novembre 2014), Bruxelles, Fonds Mercator, 2013
Sites internet :
www.lexpress.fr 

Article écrit par Elnëwelle, étudiante en Histoire de l’Art.

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