Les Jardins suspendus de Babylone imaginés par des artistes du XVe au XXe siècles


Les Jardins Suspendus de Babylone sont un véritable mystère puisqu’elle est la seule des 7 Merveilles du monde Antique dont l’existence reste encore à prouver : il ne reste presque aucune trace archéologique du site. Le prodige de ces jardins vient du fait qu’ils se situaient en plein désert et qu’il étaient suspendus : cela implique que les architectes avaient du faire preuve d’ingéniosité et d’innovation pour irriguer des jardins sur une hauteur de plus de 25 mètres.
La merveille de ces Jardins chantée par divers auteurs grecs et latins est un stimulus puissant pour l’imagination. La peinture des Jardins suspendus de Babylone provient principalement d’une volonté de peindre les 7 Merveilles du monde Antique, ou encore de laisser aller son imaginaire sur le motif des ruines et de la confrontation entre l’art de l’homme et la nature. Les Jardins permettent aussi de représenter les grandes légendes de l’Antiquité, telles que la grande souveraine Semiramis et Alexandre le Grand.
Alexandre le Grand avait reçu (pour le Prince Philippe parti en voyage) des députés perses, mais il se garda bien de les interroger sur les Jardins par peur de puérilité, « il ne leur parla ni de la fameuse vigne, aux grappes d’or, soutenue par des arbres, ni de ces jardins suspendus, ni de la magnificence des costumes de leur souverain. Il s’attacha exclusivement à ce qui constituait la force de l’empire : il voulait savoir de quel nombre d’hommes se composaient les armées persanes, à quel endroit se plaçait le souverain dans les batailles quand il en livrait. » (Plutarque, 342 av. J.C.)
Selon la légende, Semiramis est la fondatrice de Babylone, et donc, des Jardins suspendus. Elle est une des deux reines qui ont régné en Assyrie, elle est notamment connue car, selon Hérodote, « elle fit faire ces digues remarquables qui retiennent l’Euphrate dans son lit et l’empêchent d’inonder les campagnes, comme il le faisait auparavant » : chose qui permit la fondation d’une Babylone prospère et de jardins luxuriants. 

L’une des sources les plus précises et détaillées des Jardins suspendus de Babylone nous vient de Diodore de Sicile ; d’après lui, les Jardins étaient postérieurs à Semiramis et appartenaient à un grand roi syrien, Nabuchodonosor. Voici comment Diodore décrit les Jardins : 
Les côtés de ce jardin qui était carré avaient chacun quatre arpents de longueur. On y arrivait en montant et l’avenue en était bordée de part et d’autre de bâtiments convenables, ce qui lui donnait l’air d’un théâtre. Les degrés ou plutôt les plates-formes par lesquelles on y montait étaient soutenues par des arcades qui servaient aussi à porter le poids du jardin. Ces arcades s’élevaient presque insensiblement les unes au-dessus des autres. Mais enfin la dernière était de cinquante coudées de haut (environ 25 mètres) et soutenait le devant du jardin qui gardait ensuite un parfait niveau dans toute son étendue.
(Vous trouverez tous les textes sur Babylone et les Jardins d’autres auteurs grecs et latins sur ce site pour plus de précisions.)

Voici une série de tableaux représentant les Jardins suspendus de Babylone, imaginés par des artistes du XV au XXe siècle.


Maarten van  Heemskerck, Hanging Gardens of Babylon, XVe siècle, gravure.


Charles Le Brun, L’entrée d’Alexandre dans Babylone, 1664, Huile sur toile, 450 x 707 cm.


John Martin, The Fall of Babylon, 1831. 


Publié par Joseph Meyer en 1850


Edgar Degas, Sémiramis construisant Babylone, 1861,
Huile sur papier marouflé sur toile – 26,5 x 40,5 cm, Paris, Musée d’Orsay.


 Ferdinand Knab, Hanging Gardens of Babylon, 1886.

František Kupka, Babilonia, 70 x 104 cm, 1906.


Mario Larrinaga, Hanging Gardens of Babylon, 1959-1962.


Comme son nom l’indique, les Jardins suspendus de Babylone se trouvaient normalement à Babylone, ce qui explique que Semiramis est souvent représentée et que la Tour de Babel se perçoit au loin, dans la brume. Or de nouvelles études suggèrent un emplacement autre. En effet, dès 1992, Stephanie Daney, docteur à l’Oxford oriental institute, propose une théorie : les Jardins suspendus se seraient en réalité trouvés à Ninive et auraient été construits par le roi assyrien Sennacherib. Stephanie Daney appuie sa théorie sur la découverte d’un bas-relief sur le palais de Sennacherib dont l’image gravée correspond à la description que Diodore donne des Jardins.

Bas-relief du palais de Sennacherib à Ninive.
Stephanie Daney, avec l’équipe d’Arte, est partie sur les traces des Jardins suspendus et a trouvé sur son chemin pour Ninive des restes d’aqueduc qui servaient à transporter l’eau jusqu’au palais de Sennacherib. Bien que l’équipe de tournage n’ait rien trouvé de très concluant sur les lieux possibles de l’emplacement des Jardins, les écrits de Sennacherib décrivant des jardins somptueux et détaillant des systèmes hydrauliques innovants pour l’époque laissent tout de même planer le doute quant à l’emplacement des Jardins. Le bas-relief dépeint clairement un système hydraulique propre à irriguer des jardins en hauteur et l’existence de jardins merveilleux accolés au palais de Sennacherib est indéniable.

Il semble bien convenir de conclure cet article par un extrait du « Chant premier » des Jardins ou L’Art d’embellir les paysages (1782) de l’Abbé Jacques Delille, considéré comme le plus grand poète du XVIIIe siècle, mais rapidement tombé dans l’oubli :

L’art innocent et doux que célèbrent mes vers,
Remonte aux plus beaux jours de l’antique univers.
Dès que l’homme eut soumis les champs à la culture,
D’un heureux coin de terre il soigna la parure ;
Et plus près de ses yeux il rangea sous ses lois
Des arbres favoris et des fleurs de son choix.
Du simple Alcinoüs le luxe encor rustique
Décorait un verger. D’un art plus magnifique
Babylone éleva des jardins dans les airs.
Quand Rome au monde entier eut envoyé des fers,
Les vainqueurs, dans des parcs ornés par la victoire,
Allaient calmer leur foudre et reposer leur gloire.
La sagesse autrefois habitait les jardins,
Et d’un air plus riant instruisait les humains :
Et quand les dieux offraient un élysée aux sages,
Était-ce des palais ? C’était de verts bocages ;
C’était des prés fleuris, séjour des doux loisirs,
Où d’une longue paix ils goûtaient les plaisirs.

2 réflexions sur “Les Jardins suspendus de Babylone imaginés par des artistes du XVe au XXe siècles

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