Clara Maeda: Timeless Fashion Designer

Créatrice française ayant épousé la vie en extrême-orient, Clara Maeda s’inspire autant de l’histoire que des contes et des différentes cultures qu’elle côtoie. Avec la gentillesse et l’ouverture qui la caractérisent, elle a bien voulu nous parler de son parcours.

~ Bonjour Clara ! Merci d’avoir accepté de nous donner de ton temps. La question canonique pour commencer… Qui es-tu ? Peux-tu te présenter un peu ?
Qui suis-je ? Grande question ! Commençons par le plus simple, je m’appelle donc Clara, née Roy, mariée Maeda, j’habite actuellement la majeur partie de l’année au Japon, dans la partie sud du pays, le Kansai, dans une petite ville de campagne de la préfecture de Nara. C’est un endroit très calme, entouré de jardins potagers et d’une grande forêt de bambous, un environnement des plus propices à l’introspection et la création. Malgré tout, en bonne normande que je suis, je m’échappe chaque année des terres nippones dès les premières chaleurs et rentre à Rouen une bonne partie de l’été, afin de continuer à entretenir mes liens avec la France, que ce soit pour des collaborations, des expos, ou des rendez-vous clients.

~ Quel a été ton parcours professionnel, et qu’est-ce qui t’a poussée dans cette voie ?
A l’origine, j’étais plutôt destinée à une carrière musicale, ayant suivi depuis la primaire un cursus spécial à mi-temps avec le conservatoire, où je jouais du violon, suivait des cours de solfège, de chant et d’orchestre. Malgré ma passion bien réelle pour la musique, en entrant dans l’adolescence je me suis vite rendu compte que je préférais garder cette activité comme un plaisir et me tournais vers des voies différentes, mais tout aussi artistiques. On peut dire que j’ai eu la chance de tomber sur des personnes de bon conseil tout au long de mon parcours, que ce soit au collège, tout d’abord, où l’on m’a suggéré de suivre une filière en Arts Appliqués qui s’est avérée parfaitement adaptée à mes besoins, puis au lycée au cours de cette fameuse formation, où j’ai découvert le DMA costumier réalisateur, une vraie révélation ! 
Je ne saurais pas vraiment dire ce qui m’a poussée dans cette voie, bien sûr j’ai toujours eu un goût prononcé pour l’histoire et les périodes plus anciennes que modernes, mais lorsque j’ai entendu parler d’une formation où l’on apprenait à faire des costumes historiques, j’ai juste su en l’espace d’une seconde que c’est ce que je voulais faire, et dès lors j’ai plongé tête la première dans mes études afin d’y parvenir. Ce n’est que quelques années plus tard que je découvrai une photo de famille, où mon arrière grand-père maternel, tailleur de son état, posait devant sa boutique. Ma grand-mère m’expliqua alors que de son côté comme celui de son mari, leurs parents étaient tous tailleurs ou couturières. Je compris alors que ma vocation n’était certainement pas le fruit du hasard, et cette découverte me conforta dans cette voie. Après l’obtention de mon bac STI Arts Appliqués, je me suis donc tournée vers le fameux DMA costumier-réalisateur, mais après une année de prépa et une remise à niveau en couture avec le passage d’un BEP couture floue, je me suis vite rendu compte que je n’aurais pas la force physique de suivre le rythme démentiel du DMA, qui m’aurait obligée de plus à arrêter la musique, chose impensable pour moi. Ayant malgré tout eu de bons contacts lors de mes stages, je continuais de me former auprès d’un ancien de ce fameux DMA, Yann Boulet des « Ateliers du Saule » (maintenant rattaché aux « Vertugadins »), et après quelques mois, je rencontrais grâce à un ami commun Caroline de Volute Corsets, pour qui je commençais à travailler.
L’histoire continua de plus belle pendant trois années, dont une bonne partie dans l’atelier de la fameuse boutique parisienne. Seulement, la vie mis sur mon chemin un beau musicien japonais à l’allure de samouraï, et en 2009 je m’envolais vers le Japon pour m’y marier. Je dû donc quitter à mon grand regret la maison Volute, mais désireuse de toujours continuer sur ma lancée, je créais alors ma propre petite affaire au début de l’année 2010. Ainsi naquit Clara Maeda !

~ Française, tu habites la plupart du temps au Japon et t’inspires beaucoup de ses traditions et de sa culture. Comment arrives-tu à concilier deux cultures aussi diamétralement opposées dans tes créations ? 
C’est vrai que les cultures françaises et japonaises peuvent paraître très éloignées, et soyons honnête, lorsque l’on débarque au Japon sans préavis en tant que petit française, et bien les premières années, on en bave ! Ici il faut privilégier le « nous » plutôt que le « je », savoir s’excuser en permanence (dur dur pour un français !) et surtout, être capable de « lire l’air », c’est à dire être constamment à l’affût de ce qui se passe autour de soi, comprendre une situation et les pensées d’un interlocuteur sans rien dire ou presque à haute voix. Mais une fois que l’on se plonge à corps perdu dans cette pensée nippone, on s’y sent bien, et en revenir est alors difficile ! Au delà de ces différences culturelles de la vie de tous les jours, le Japon et la France ont tout de même un lien très fort depuis la fin du XIXe, l’impressionnisme et le japonisme. La France s’est nourrie du Japon et inversement. Au niveau de l’art et du design en général, ainsi que du vêtement, tout en étant très différents, les deux pays ont tout de même beaucoup de choses en commun, comme l’amour du détail et du savoir-faire. Si encore de nos jours la France adopte de plus en plus le Japon et sa culture pop kawaii, certains mouvements de cette culture comme le Lolita sont eux-mêmes inspirés de la mode française baroque et victorienne. Il y a donc une interaction et un échange constant entre ces deux pays. Malgré tout, il est pour moi indispensable de maîtriser les bases et les traditions avant de s’en emparer et de les moderniser, c’est pour ça que depuis plus d’un an maintenant je prends chaque semaine des cours de Wasai (confection des kimonos) avec une couturière japonaise aussi petite que passionnée par son travail, qu’elle pratique depuis plus de 40 ans maintenant. En parallèle je prends aussi des cours de kitsuke (habillage du kimono) deux arts très difficiles qu’il faut apprendre patiemment et méticuleusement, mais je peux dire que je suis une vraie mordue !

~ Tu ne te limites cependant pas aux traditions de ton pays d’adoption pour t’inspirer, et n’hésites pas à mêler l’intemporalité des contes de fées à des designs plus modernes, à créer des pièces qui évoquent un peu le paganisme, et à changer une princesse en lolita. De fait, ton style semble très éclectique, comment le définirais-tu ? 
C’est vrai que mon style est très varié, c’est certainement dû au fait que j’aime énormément de choses différentes, et que je déteste me cloîtrer dans un seul style et une seule activité, j’aime être toujours en mouvement et aller de l’avant. Je dirais que mon style est avant tout intemporel dans le sens où j’aime moderniser les traditions, et amener une touche d’histoire, d’antique ou de vintage dans les vêtements modernes. Ensuite, je pense que mon style est assez détaillé et travaillé, j’aime créer des vêtements aux nombreuses lignes et découpes, apporter de la matière en mixant différents matériaux et tissus, même sur un camaïeu de couleurs très proches ou avec une teinte unique. Faire une robe dans un seul et même tissu est impensable pour moi ! Enfin, dans la vie je suis quelqu’un très proche de la nature, je troquerais n’importe quel hôtel de luxe pour un beau paysage, mais malgré tout, mon travail du vêtement est très ancré dans la civilisation, j’aime la beauté des tissus riches et des broderies luxueuses, créer des toilettes mondaines… Bref, je navigue entre les siècles, les cultures, la nature et la civilisation. J’aime les opposés qui s’attirent, qui s’entre-nourrissent pour ne former plus qu’un.

 ~ Outre tes collections, tu crées également des pièces sur mesure entièrement uniques. Comment se passent ce genre de commandes ? 
Effectivement une grande part de mes créations est réalisée sur mesure, que ce soit des costumes ou des robes de mariées d’inspiration historique, des créations atypiques issues de mon imagination ou de celles de mes clients. Lorsqu’un ou une cliente me contacte, nous allons d’abord élaborer les grandes lignes du projet, pour quel évènement, quel style ou quelle période, quel budget etc… Ensuite à partir de photos d’inspiration ou de croquis fournis par mes client(e)s, je réalise moi-même un croquis du projet, qui sera modifiable jusqu’à satisfaction des deux parties. En parallèle nous discutons tissus, je fais des propositions en fonction du budget et des gouts de mon client, au besoin, notamment pour les projet de mariage, j’envoies des échantillons. Une fois le projet lancé, vient la prise de mesure, qui se fait soit lors d’un rendez-vous en France, soit par Skype lorsque je suis au Japon. Lors de la confection, il peut y avoir des essayages intermédiaires, en particulier pour les corsets, encore une fois, lorsque je suis en France, l’essayage se fait lors d’un rendez-vous, et lorsque je suis au Japon, par des échanges postaux accompagnés de photos. Enfin arrive la livraison, encore et toujours, soit en personne, soit par via postale avec photos à l’appui. Dans tous les cas, il s’agit d’un processus assez long, je vous conseille donc de me contacter bien à l’avance! Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous conseille la lecture de cette page sur mon site.

~ Que souhaiterais-tu dire aux jeunes couturières qui aimeraient t’imiter et tenter de vivre de leur passion ?
Je leurs dirais « foncez » ! Nous sommes d’une génération qui de toute façon connaîtra les galères alors autant que ce soit dans quelque choses que l’on aime ! Un de mes motos, est « ne pas passer sa vie à la gagner », et je pense que c’est quelque chose qu’il faut avoir en tête lorsque l’on se lance dans cette voie, car les débuts seront forcément longs et difficiles, et même après plusieurs années, vivre de sa passion cela veut dire ne pas compter ses heures, faire une croix sur les week end de deux jours et les longues vacances pour peu d’argent au bout du compte, mais à côté de ça, c’est se lever tous les jours de bonne humeur et motivé en sachant que l’on va faire ce que l’on aime. C’est un choix de vie qu’il faut être prêt à faire, suivre et accepter, mais si vous sous sentez d’attaque, allez-y !

~ Ceci est ta tribune, ton mot de la fin. As-tu quelque chose à ajouter ?
Que vous me connaissiez à travers mes collections de robes Lolita, mes robes de mariées ou mes costumes historiques, merci de continuer à me suivre et à m’encourager, vos petits mots m’aident à avancer au quotidien ! Pour ceux qui voudraient me suivre dans ma vie au Japon, notamment dans le monde du kimono, n’hésitez pas à me lire sur mon blog et échanger au travers de commentaires. Enfin, quelque soit votre projet, n’hésitez pas à me contacter pour en discuter, je suis ouverte aux créations les plus simples comme les plus folles !
* * *
Aller plus loin : 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s