Bonne nuit, Mr Holmes, par Carole Nelson Douglas

Quatrième de couverture :

Alors qu’on le croyait disparu à tout jamais, le célèbre détective de Baker Street renaît de ses cendres pour résoudre une énigme historique : retrouver la fabuleuse ceinture de diamants de la reine de France au funeste destin, Marie-Antoinette. Mais le grand Sherlock Holmes n’est pas le seul à convoiter ce trésor : l’envoûtante Irene Adler, actrice à la réputation sulfureuse et se piquant de mystère à ses heures perdues, a été engagée par le joaillier Tiffany pour découvrir l’emplacement des joyaux. Elle entraîne à sa suite sa jeune biographe, qu’elle présentera à l’infréquentable Oscar Wilde, à l’impressionnant Bram Stoker ou au génial Dvorak, avant de la conduire jusqu’au Royaume de Bohême, lors d’une confrontation désormais inévitable entre l’aventurière et le maître des détectives… Grâce à Carole Nelson Douglas, Sherlock Holmes nous revient, l’esprit plus affûté et l’œil plus scrutateur que jamais ! Mystère et logique vont pouvoir reprendre leur partie de cache-cache à travers les brouillards de Londres. Qui s’en plaindra ?
Remettons les choses dans le contexte. Cette quatrième de couverture est, à mon sens, un peu à côté de l’intérêt du roman. Bonne nuit, Mr Holmes, est un écho de la nouvelle Un scandale en Bohême écrite par Sir Arthur Conan Doyle en 1981. Un écho relatant toute l’histoire mais du point de vue d’Irène Adler. Mais attendez, reprenons depuis le début…
Un scandale en Bohême est une nouvelle mettant en scène le détective Sherlock Holmes, mais surtout la première histoire mettant en scène Irène Adler. Au cours de cette courte aventure, le Roi de Bohème vient trouver Sherlock Holmes et lui confie la mission de récupérer une photo qui pourrait compromettre son mariage. Cette photo détenue par Mademoiselle Adler. Après une courte enquête, le détective parvient à trouver ou se cache la photo, mais échoue à s’en emparer : Mademoiselle Adler, devenu Madame Norton, s’étant enfuie sur le continent entre temps, assurant que jamais elle n’utiliserait cette photo pour commettre du tort au Roi ou à son mariage.
Bien que courte, cette nouvelle est, à mes yeux, intéressante en plusieurs points. Le premier est qu’elle relate le premier, mais surtout un des rares échecs de Sherlock Holmes. En effet, si le dénouement est ‘heureux’ et que l’enquête à proprement parler est résolue, celui-ci ne mène pas à bien sa mission. Le deuxième point est, qu’en dépit de la misogynie poussée de Holmes, ce soit une femme qui le mette en échec. Le troisième, plus discutable, est le lien qui va se créer entre les deux personnages, et que l’auteur ne développera jamais. Mais je digresse, revenons à notre sujet principal.
Ce roman est principalement centré sur le passé d’Irène Adler. La première partie de l’intrigue se focalise surtout sur sa rencontre avec Pénélope, et leur vie quotidienne dans Londres. Elle est aussi nécessaire pour nous présenter les deux demoiselles aux caractères si différents. Là où la seconde se tient à la place que la société victorienne lui accorde, la première s’est affranchie des règles et est beaucoup plus aventurière et veut vivre sa vie sans contraintes. On y apprend également qu’elle possède un esprit brillant et, est parfois sollicitée pour résoudre quelques problèmes. C’est dans ce contexte que la ceinture de diamants de Marie-Antoinette prend une importance relative.
En effet, cette partie de l’intrigue est à mon sens présente uniquement pour deux raisons : introduire le personnage de Godfrey Norton, et opposer Adler à Holmes. Holmes que l’on ne croisera au final que quelques lignes, et qui n’apportera pas grand-chose au récit. C’est aussi au cours de cette partie que la carrière de cantatrice d’Irène Adler commencera à prendre de l’ampleur, au point de la voir partir pour le continent.
C’est ce départ qui va servir les éléments qu’Un scandale en Bohême ne faisait qu’énoncer ou sous-entendre. Repérée pour sa prestation dans un opéra de Dvorak, le Roi de Bohême va s’éprendre de Mademoiselle Adler et l’amener avec lui. Cette partie développe leur vie à la cour – ainsi que le contexte de la fameuse photo. Elle nous est transmise dans un premier temps via des lettres, puis par les yeux de Pénélope. Ce double point de vue est plutôt intéressant. Une nouvelle enquête sera également présente pour mettre en avant le génie de la belle américaine et surtout la laver de tout soupçon.
La troisième et dernière partie est en tout point identique à la nouvelle originale, hormis le point de vue qui est inversé et qui, du fait du format, est davantage développé. Sachez aussi qu’en dépit de son peu d’intérêt, l’enquête concernant la ceinture de diamants trouvera une conclusion.
Comme c’est le cas pour le canon de Sherlock Holmes, l’histoire est racontée par une tierce personne, ici incarnée par le personnage de Pénélope. Un passage bien souvent obligatoire lorsque l’on brosse le portrait d’un personnage plus brillant que la moyenne. En effet, si Sir Arthur Conan Doyle a eu besoin de Watson comme narrateur, c’est qu’il avait besoin d’un « esprit moyen », d’un personnage commun, pour rendre accessible les enquêtes du grand détective à tous. Il était inévitable que la vie d’Irène Adler soit traitée de la même façon, tellement les deux personnages sont semblables.
Dans la veine directe du style de Sherlock Holmes, Carole Nelson Douglas nous livre ici un roman plutôt agréable à lire. On y retrouve avec un certain plaisir le Londres de 1880 dépeint par Sir Arthur Conan Doyle, mais dans une ambiance bien plus féminine, où Oscar Wilde jouera, une nouvelle fois, un rôle décisif. Les seuls regrets pourront venir des incohérences et des problèmes de crédibilité que toute la partie en Bohême soulève, mais je pense qu’elles sont néanmoins ‘nécessaires’ pour être raccord avec l’intrigue et les événements contés dans  Un scandale en Bohême. L’autre reproche que l’on pourrait faire à la série Irène Adler serait de démystifier ce personnage aussi emblématique. Un point qui ne me gêne nullement, tant qu’il est traité de la sorte.
Si vous avez adoré Sherlock Holmes par Sir Arthur Conan Doyle, je pense que vous apprécierez Irène Adler par Carole Nelson Douglas. Cela dit, je vous conseille de lire le canon originel avant de vous lancer dans les aventures d’Irène et Pénélope, sous peine de rater certaines subtilités, clins d’œil et autres recoupements pas toujours utiles, mais néanmoins agréables.
Bonne nuit, Mr Holmes, de Carole Nelson Douglas – Le Masque 2001

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