Horns, de Alexandre Aja

Horns est le tout nouveau film d’Alexandre Aja, le réalisateur de Mirrors et du remake de La Colline a des Yeux, sorti en 2013 aux États-Unis et tout juste dans nos salles françaises depuis le 1er octobre 2014. Ce film est l’adaptation du livre du même nom de Joe Hill, le fils de Stephen King ! On y retrouve les acteurs Daniel Radcliffe (dans le rôle de Ignatus Perrish), Joe Handerson (Terry Perrish), Max Minghella (Lee Tourneau) et Juno Temple (Merrin Williams).
Ignatus Perrish est fou amoureux de Merrin depuis l’enfance, et leur union dure depuis tout ce temps sans accroche. Jusqu’au jour où Merrin est retrouvée assassinée dans la forêt. Ignatus est aussitôt désigné coupable et plonge dans l’alcool. Il se fait poursuivre avec avidité par des journalistes tous les jours, et ne peut compter que sur le soutien de son ami et avocat Lee Tourneau pour s’en sortir. Quant à sa famille, elle ne l’aide que timidement et plus par devoir. Un soir, accablé par la haine des autres pour un acte qu’il n’a pas commis, il décide, encore une fois, de tout oublier dans l’alcool. Il se réveille le lendemain matin et découvre que des cornes ont poussé sur son front. Ces proéminences, premièrement inutiles, vont se révéler être des atouts précieux dans la découverte du véritable assassin de Merrin…
Horns est pour moi la révélation de la rentrée. Daniel Radcliffe est plutôt impressionnant en démon éploré assoiffé de vengeance ! Parlons de ses attributs, qui ne sont pas communs, dans ce film : les cornes ! Elles ont plusieurs significations tout au long de l’histoire : elles sont à la fois le symbole du cocuage, le symbole du dieu Pan et de ses petits démons affiliés que sont les satyres, et aussi les cornes du Diable (dont il accompagne la panoplie d’une fourche). La naissance des cornes de Ignatus, qui est innocent, rappelle à lui son coté démoniaque, et fait ressortir chez les autres ce qu’ils ont de pire, qui ont tout à coup envie de lui confier leurs pires secrets. Ainsi elles vont lui permettre de déloger la vérité qui se cache dans la petite ville, c’est à dire qui a assassiné sa petite-amie ! Il faut ajouter aussi la présence des serpents, qui aident Ignatus dans sa quête, véritables symboles bibliques débusquant le mensonge.
Ce film est une sorte de fable chrétienne (n’oublions pas que nous sommes chez les Américains ici !) : nous avons la jeune femme pure et croyante qui porte une croix, et qui devient une sorte de martyre, et le jeune homme amoureux qui, en reniant Dieu et désirant la vengeance, se transforme en démon cornu. Cependant il ne s’agit pas d’une fable manichéenne, et il est clairement explicité que parfois, du mal peut naître le bien, et ici en l’occurrence, permet de trouver la vérité et de soulager la conscience de certains personnages. Il y a même une référence au Diable, qui était autrefois un ange. Ignatus fait donc un don de lui-même, sa transformation le ronge, et comme toute fable il y a à la fin une morale : la vengeance consume celui qui s’y précipite.
Ce film est un véritable mélange des genres : il s’agit d’une enquête fantastique et grotesque (il est classé dans « épouvante » et je me demande bien pourquoi). Fantastique de part la poussée des cornes, et grotesque puisqu’elles mettent les personnages dans des situations à la fois drôles et inquiétantes. Forcés d’exprimer leurs pulsions les plus pathétiques et sales, la plupart des personnages en deviennent ridicules. Le haro des journalistes et des gens haineux sur Ignatus est lui-même inquiétant et dégoûtant. Environ trois critiques émanent de ce grotesque : les faux-semblants des gens qui induisent en erreur, la curiosité malsaine des média, prête à tout pour un scoop, fût-il vrai ou faux, et l’instabilité de la populace, qui du jour au lendemain déverse sa haine sur l’accusé, innocent ou non. La beauferie, le paraître et la bêtise sont pointés du doigt.
Enfin, l’esthétisme de Horns ne peut pas laisser indifférent. La photographie est très belle, et les paysages brumeux et la forêt verdoyante et tortueuse entrent en contraste avec la brutalité de la ville. Sans doute afin d’éloigner au possible deux mondes : la douceur et la sensualité de la relation Ignatus-Merrin dans les bois, où ils ont une cabane, symbole de leur passion amoureuse qui a démarré dans l’enfance, et la rusticité de la ville, qui héberge les faux-semblants et la haine. D’ailleurs, même s’ils sont le symbole de la mort de Merrin, ces bois sont aussi liés au Paradis… Petit mot sur le physique des deux personnages principaux, que les acteurs incarnent très bien : les grands yeux bleus cernés de Radcliffe et sa chevelure brune donnent un coté mélancolique et victorien à Ignatus le cornu, et la chevelure rousse et la sensualité de Juno Temple font d’elle une parfaite égérie préraphaélite. 
Mon conseil : allez voir Horns 😉 !
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