La légende Lizzie Siddal

Regina Cordium, D. G. Rossetti.
Elizabeth Siddal, surnommée Lizzie, est une modèle célèbre grâce au Préraphaélisme. Aimée et peinte par Dante Gabriel Rossetti, elle incarna la femme fin de siècle par excellence.
Lizzie est née le 25 juillet 1829 d’une famille modeste, et rencontra Rossetti vingt ans plus tard, alors qu’elle travaillait en tant qu’assistante-modiste à Londres. Cette rencontre fut décisive. Elle devint très vite le modèle de la confrérie préraphaélite, son teint pâle, son physique longiligne et ses cheveux roux ayant conquis Millais, Hunt et évidemment Rossetti. Ce dernier lui fit la cour pendant presque 10 ans, et l’épousa enfin le 23 mai 1860, alors qu’elle était déjà bien malade.
Que serait Lizzie sans la maladie ? On dit qu’elle aurait attrapé froid en posant dans une baignoire pour Millais, qu’elle ne s’en serait jamais remise, et cela aurait dégénéré en tuberculose, qu’elle était anorexique et qu’elle se droguait. Lizzie, c’est la femme typique de la fin du XIXe. En effet, ce siècle voit les grands débuts de l’industrialisation, de la consommation de masse et donc de l’évolution des strates de la société. La question spirituelle s’amenuise au fur et à mesure que les hommes s’enrichissent, et les femmes deviennent les gardiennes de leurs âmes. Le corps est ainsi nié au profit de l’esprit, et les formes des femmes se réduisent, se réduisent… Un amour certain de la mort et de ses symboles hantent cette fin de siècle et se mêle à une misogynie persistante. Les artistes peignent les femmes au bord de la disparition, et Lizzie incarne très bien, en tant que premier modèle d’une génération à venir, la belle souffreteuse. 
Dante’s Vision of Rachel and Leah, D. G. Rossetti.
Beata Beatrix, D. G. Rossetti.
La relation de Lizzie et Rossetti était très complexe. L’amour qui les unissait était presque platonique, et Rossetti avait un ascendant artistique assez important. Il apprit à son amante à peindre, et elle put exposer certaines de ses toiles lors des expositions de la confrérie. Leur relation n’était cependant pas exclusive, Rossetti avait plusieurs maîtresses, et même leur mariage tardif n’empêcha pas ce dernier d’aller voir ailleurs. Il semble que Lizzie fût sa Béatrice, sa femme spirituelle, qui l’inspirait et il lui dédia d’ailleurs un recueil de poèmes : The House of Life. Les autres femmes étaient plus sensuelles : il faut penser à Fanny Cornforth, pas très futée, plus gironde, mais aussi rousse que Lizzie, et qui accompagna l’artiste jusqu’à sa mort, et Jane Morris, née Burden, avec qui il eut une passion fougueuse. Lui, Jane et son mari William Morris firent presque ménage à trois pendant une période avant que ça ne dégénère.
Elizabeth Siddal avait donc un talent artistique qu’elle ne put exploiter autant qu’elle aurait voulu, écrasée qu’elle était par l’ombre de son mari et de ses confrères. Elle s’adonnait donc à la peinture, mais aussi à la poésie ! On y découvre une âme sensible, spirituelle, triste, mais surtout talentueuse. Voici donc deux de ses poèmes et quelques peintures :
A Silent Wood

O silent wood, I enter thee
With a heart so full of misery
For all the voices from the trees
And the ferns that cling about my knees.

In thy darkest shadow let me sit
When the grey owls about thee flit;
There will I ask of thee a boon,
That I may not faint or die or swoon.

Gazing through the gloom like one
Whose life and hopes are also done,
Frozen like a thing of stone
I sit in thy shadow but not alone.

Can God bring back the day when we two stood
Beneath the clinging trees in that dark wood ?

Early Death

Oh grieve not with thy bitter tears
The life that passes fast;
The gates of heaven will open wide
And take me in at last.

Then sit down meekly at my side
And watch my young life flee;
Then solemn peace of holy death
Come quickly unto thee.

But true love, seek me in the throng
Of spirits floating past,
And I will take thee by the hands
And know thee mine at last.

 
                                                Lady Clare    &   The Ladies’ Lament
                                                 Selfportrait        &        The Quest of the Holy Grail
Enfin, la mort de Lizzie reste un sujet de débat. Comme expliqué au début de cet article, il y a plusieurs hypothèses, et on peut suggérer un mélange de ces trois facteurs qui sont la maladie, l’anorexie mentale et l’excès de laudanum. Elle fut enterrée dans le magnifique cimetière de Highgate, un quartier de Londres, et Rossetti plaça un recueil de poèmes dans son cercueil, ayant décidé de ne plus toucher à l’écriture. Et pourtant, quelques années plus tard, un ami le convainquit  de récupérer ses poèmes, et il fallut déterrer le cercueil. La légende dit que le corps de Lizzie  n’avait pas pourri, que sa peau était toujours aussi fraîche et que ses cheveux flamboyants avaient poussé ! Il paraît que cette anecdote inspira Bram Stocker pour le personnage de Lucy dans Dracula
Ainsi donc Lizzie devint encore plus célèbre après sa mort, et sa beauté fit d’elle le canon féminin par excellence pendant presque 40 ans !
Ophelia, J. E. Millais.
* * *

 

Bibliographie non-exhaustive :

Wikipédia
Victorianweb
Lizziesiddal

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