Le mythe de Pyrame et Thisbé

Pyrame et Thisbé est connu depuis l’Antiquité grâce aux Métamorphoses d’Ovide. Beaucoup d’œuvres postérieures s’en sont inspirées ou bien ont tout simplement réécrit ou adapté ce mythe. Il est l’inspiration première de deux grands mythes amoureux : Tristan et Iseult, la grande romance médiévale, et Roméo et Juliette, la romance du XVIe inventée par Shakespeare. Dans la pièce Songe d’une nuit d’été, Shakespeare a inséré le mythe sous forme de pièce de théâtre jouée par plusieurs de ses personnages. Il lui donne donc une dimension comique, au contraire des Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, qui est une tragédie plutôt baroque. On compte également une fable de La Fontaine (la XII), ainsi qu’un poème d’Apollinaire qui est résolument érotique ! Les peintres également se sont emparés du sujet, surtout au XVIIe et XIXe siècles où Waterhouse remet le mythe au goût du jour.

Pyrame et Thisbé est attribuée au poète latin Ovide, et fait partie du recueil de contes Les Métamorphoses commencé en l’an I avant J-C, tous composés d’hexamètres dactyliques, vers de l’épopée par excellence. On a cependant tout lieu de croire que cette fable écrite par Ovide serait une retranscription d’une histoire plus ancienne encore, qui serait d’origine asiatique1. Elle aurait donnée d’autres versions que celle d’Ovide dans l’Antiquité tardive : le mythographe Hygin en a fait une version au IIe siècle avant J-C dans ses Fabulae ;une autre existe dans le roman chrétien des Recognitionesau IIIe et IVe siècles dans laquelle Pyrame et Thisbé se transforment respectivement en fleuve et en fontaine ; ou encore dans les Dionysiaques de Nonnos de Panopolis en Egypte au Ve siècle2. Dans ces versions, l’histoire se situe toujours en Cilicie, une région de l’Asie Mineure, et les amants se transforment en fleuve et en fontaine. Historiquement, on trouve de plus un fleuve nommé Pyramos… Ovide a repris la fontaine dans sa fable en tant qu’élément du décor, et sans doute comme un clin d’œil aux autres versions, a ajouté la transformation des fruits blancs du mûrier en fruits noirs, et a placé l’intrigue à Babylone.

Pyrame et Thisbé sont deux jeunes babyloniens dont les familles respectives sont voisines et ennemies. Ils ne peuvent ni se voir ni se parler et les parents n’apprécient guère l’amour qu’ils se portent. Ils échangent cependant un peu tous les jours grâce à une fissure qu’il y a dans le mur mitoyen de leurs maisons. Un jour, ils décident de s’enfuir et se donnent rendez-vous près du tombeau de Ninus, là où il y a une fontaine et un arbuste aux fruits blancs. Thisbé arrive la première au lieu-dit et aperçoit une lionne, qui est venue se désaltérer après avoir chassé. La jeune femme file donc se cacher et dans sa fuite, laisse tomber son voile. Plus tard, Pyrame arrive et découvre le voile ensanglanté de Thisbé ainsi que des empreintes de lion. Il imagine tout de suite le pire. Fou de douleur, le jeune homme tire son épée et se la plante dans le corps. A l’aube, Thisbé sort de son abri et revient au tombeau de Ninus. Elle y trouve le corps sans vie de son amant et décide de le rejoindre dans la mort en se tuant également avec l’épée. Le sang des deux amoureux, en éclaboussant les fruits du mûrier à proximité, a coloré ses fruits en noir. L’arbuste donne dorénavant des fruits noirs, rendant ainsi hommage au destin funèbre de Pyrame et Thisbé.

Voici quelques tableaux au fil des siècles (notons que seul Waterhouse dépeint la scène du mur, les autres illustrent la scène de la mort de Pyrame, quand Thisbé découvre son corps) :

Paysage orageux avec Pyrame et Thisbé, Nicolas Poussin (XVIIe)
Pyrame et Thisbé, Charles-Alphonse Dufresnoy (XVIIe)
Pyrame et Thisbé, Claude Gautherot (XVIIIe)
Thisbé, J. W. Waterhouse (XIXe)
Pyrame et Thisbé, François Alfred Delobbe (XIXe)

1 Anne videau, La poétique d’Ovide, de l’élégie à l’épopée des Métamorphoses, essai sur un style dans l’Histoire, éd. PUPS, coll. « Rome et ses renaissances » dirigée par Hélène Casanova-Robin, Paris, 2010, p 436.

2 Jean schumacher, « Les sources et les adaptations de Pyrame et Thisbé », sur le site internet Pot Pourri : http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Ovide_Metamorphoses/Pyrame/, 2013.

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