Sophie Narsès, photographe d’un autre temps

Sophie Narsès est une jeune photographe qui habite en Rhône-Alpes. Elle partage sa passion de l’image avec celle du cheval. Passionnée depuis toute petite par la nature et l’image, elle a obtenu un certificat en réalisation vidéo mais c’est toujours vers la photo qu’elle se dirige. Son shoots se passent donc la plupart du temps dans des lieux naturels, souvent accompagné de son animal fétiche : le cheval. Son univers est frais et féerique, et je vous laisse le découvrir à travers ses mots. 
Seule dans l’immensité (modèle : Marion Bulot)
~ Bonjour Sophie ! Tu es une jeune photographe, peux-tu nous raconter ton parcours ?
Bonjour à tous ! Je vais tenter de répondre aux questions avec le plus de sincérité possible, mais c’est un exercice bien compliqué que parler de soi. J’aurais préféré vous faire une photo ! Du plus loin que je me rappelle j’ai toujours été attirée par l’art. J’ai toujours ressenti le besoin de créer, le dessin dans un premier temps. 
A l’âge de 13 ans, je trouve photoshop sur l’ordinateur de mon père, et à cette âge là on a beaucoup de temps les mercredis et week ends, je me forme alors sans le savoir à ce logiciel complexe grâce a des forums et des livres. 
A 15 ans, je prends le taureau par les cornes et pique le réflexe de mon père. Les sujets ne manquent pas à la campagne, et la poésie de toute cette nature me capte instantanément. Je m’éveille à la macro photographie. 
J’acquiers enfin mes premiers boîtiers, d’abord un bridge de chez Sony puis deux évolutions de réflexes PENTAX. De longues heures assise dans les herbes forgent mon expérience photographique. Avancer et comprendre les erreurs, comme une quête du savoir et de la beauté.
Trois ans après mon bac, j’obtiens un certificat en réalisation vidéo. Pas d’école de photo, je voulais garder une sensibilité différente de ce qu’on apprend en école.
Cependant pendant toutes ces années, je continue à pratiquer la photographie et photoshop et progresse peu à peu dans les subtilités de cet art. La photo n’est plus juste un passe temps, mais devient primordiale, instinctive. Elle parle pour moi, elle symbolise mes sentiments.
En 2012, je lance mon auto-entreprise de photo (choisissant de garder la vidéo de côté pour un moment). Les débuts sont durs mais je m’accroche et fais peu à peu ma place.
En 2014, mes efforts sont récompensés et je commence à vivre pleinement de mon art.
Balade (modèle : Natsumii)
~ Ton univers est résolument fantastique, où puises-tu tes inspirations ?
Mes inspirations sont tellement étendues… J’aime le travail d’énormément de photographes… Je regarde et pourtant j’essaie de ne pas trop m’imprégner de leur univers de peur de plagier, ce qui est très dur quand on commence !
Cependant mes inspirations se portent plus vers la musique (Sigur Rós, Eluveitie, Faun, Wardruna, Ludovico Einaudi, BO de films…), le cinéma, la littérature (évidemment, je suis imprégnée de l’univers de Tolkien, un vrai magicien) et la peinture. Voilà quelques années que je me passionne pour les univers médiévaux, celtiques et fantazy. J’aime toute cette féerie qui s’en dégage, de la plus jolie légende à la plus sombre histoire. Cette connexion est arrivée grâce à des rencontres avec des personnes dont je suis proche aujourd’hui. La vie est bien faite car j’ai l’impression que c’est au contact de ce monde « alternatif » que j’ai compris qui j’étais. Un monde où tout est magie, le faux n’existe pas, on dois juste rêver, ressentir, se connecter aux éléments visibles et invisibles. Je sais que j’y suis à ma place car j’assume cette manière de vivre et elle n’est pas « commune ». J’ai toujours essayé de plaire à tout le monde, en me débattant, mais ici, le monde vient à moi.
Cependant, la véritable inspiration n’est pas issue du travail des autres mais bien d’un fort ressenti intérieur. Une communion extrême entre l’âme et les éléments. L’inspiration, c’est le vent, la terre, les senteurs, les poils qui s’hérissent, la gorge nouée par la beauté… Ça ne s’explique pas… ça se vit. L’inspiration, c’est la jeune femme qui remet sa mèche de cheveux, qui a les yeux perdu dans d’autres contrées, la couleur de sa chevelure qui luit dans la lumière, son sourire spontané au contact du ruisseau gelé… Il faut une certaine condition mentale et des éléments pour accéder à cette dimension. L’inspiration est si aléatoire !
La prairie de laine (modèle : Lauralou)
~ J’ai beaucoup aimé la séance de « La biche au bois », peux-tu nous raconter un peu cette expérience ?
La biche au bois est très importante pour moi. C’est la deuxième « vraie » série que j’ai faite après « Les diables savent à qui parler » car j’ai eu la chance de pouvoir réunir tous les éléments dont j’avais rêvé !
Un soir, la magnifique Mejika Setsunai, modèle que je suivais et admirais déjà depuis quelques temps, poste un gentil compliment sur ma page. Je n’en croyais pas mes yeux, moi qui la sentais si « inaccessible » ! C’est comme ça que s’est monté le projet, elle a accepté de poser pour moi. J’avais à disposition une magnifique coiffe d‘Esthérelia – Les Songes de l’Hespérie avec des petits bois de cervidés, alors puisque l’impossible était devenu possible je me suis dis « Tiens, si on shootait avec un cerf !? » Je ne sais plus ce que Mejika m’a promis si j’y arrivais, car c’était son rêve, mais j’y suis arrivée. J’ai trouvé un cerf.
C’est alors que mon amie costumière France (Argothe Couture) s’est proposée de confectionner une robe pour l’occasion et que l’Atelier Terra Nostra a gentiment habillé d’ une magnifique parure notre Mejika. Nous nous sommes donc retrouvées un matin de mai dans un joli parc près de chez moi avec les soigneurs des animaux. Mejika avait le sourire bloqué tant elle était heureuse et rayonnait dans son costume, et comme par enchantement (et quelques croquettes) le cerf a bien voulu s’approcher. Il nous a fallu attendre presque une heure avant qu’il veuille bien nous faire ce cadeau. Les biches, elles, nous regardaient au loin en fuyant dès notre approche. Nous avons également essayé avec les daims qui n’ont pas voulu non plus. Ils nous ont cependant offert un bois qui nous a permis de poursuivre la séance sans trop de déception.
La pluie menaçait mais des rayons de soleil se sont invités  pour que tout soit parfait. La lumière était idéale.
La photo principale de cette série, « Enchantement », a été très dure à obtenir : la bonne position du cerf, Mejika qui ne rit pas, le soleil jouant à cache cache avec les nuages, et mes fesses dans les orties.
Mais… tout ça valait le coup. J’ai été un peu peinée le soir de la diffusion de cette image car après tout ces efforts, beaucoup ne croyaient pas en la vraie présence du cerf. Empaillé ? Photoshoppé ?
Heureusement que les images making off de mon assistant Pierre Emmanuel étaient témoins de la vérité !
Je ne cherche pas à tricher, j’essaie au maximum d’être dans la réalité tout en étant dans un monde parallèle.
Je crois que cette image a grandement contribué à me faire connaitre et j’en garde un très bon souvenir !
Enchantement (modèle : Mejika Setsunai)
~ Tu sembles avoir une passion pour les animaux, on peut voir beaucoup de photos avec des chevaux. Quelle est ton histoire avec cet animal ?
Depuis que j’ai 4 ans je monte à cheval. Je ne vous raconte pas le nombre de fois où j’ai rêvé d’avoir le mien. Ça fait partie des rêves qui ne se réalisent jamais. Mais j’ai continué à monter, même pendant mes études. J’ai eu la chance d’avoir des amies propriétaires qui m’ont fait profiter de leurs chevaux et de les suivre dans d’intenses galoppades dans les champs.
Depuis mes 13 ans, j’ai été très peu chez moi en fait, si je n’étais pas entrain de faire des photos, j’étais à dos de cheval. Pluie, neige, vent, rien ne nous arrêtait. Nous étions jeunes, nous étions libres et quand je repense à cette enfance paisible je me rends compte de cette chance… Et nous avons grandi, mes copines et moi.
Pour répondre vraiment à la question, en fait, cet animal étant tellement symbole de liberté pour moi, j’ai voulu faire une séance avec un sublime cheval blanc, Galito, pour ma série « Les cheveux de sel ».
J’ai atterri donc par un hasard complet dans cette écurie où aujourd’hui j’ai pu réaliser l’irréalisable : je suis maintenant propriétaire d’un étalon pure race espagnol. Je suis bouleversée…
De fil en aiguilles, de séances en séances, je suis arrivée à me spécialiser en quelque sorte en photographe équine avec mises en scènes. Mêler donc au quotidien mes deux passions.
Parfois on me dis « oh, mais tu es riche ! » ou  » Ah ouais t’as de la chance ». Alors hum, oui j’ai de la chance mais pour avoir ce que j’ai, que ce soit en cheval ou en photo, ce sont des heures de travail.
Tout est réalisable à partir du moment où on y croit et où on escalade les bonnes montagnes !
L’âme abandonnée (modèle : Sirithil)
~ Tu es photographe professionnelle, qu’est-ce qui te plait vraiment dans ce métier ? Arrives-tu à bien en vivre ?
Ce qui me plait, c’est la liberté. Je suis photographe-artiste, ce qui veut dire que je ne fais que rarement des shoots où on n’a pas besoin de mon inspiration. On ne me contacte pas je pense pour mon travail sur l’aspect technique mais pour sa différence. Je ne travaille donc qu’à des moments qui m’inspirent, et ne suis pas contrainte à rester devant une feuille blanche comme dans certains autres métiers.
Cela inclut par contre d’être toujours au travail. Je travaille chez moi et je pense tout le temps aux shoots à venir, il n’y a pas d’heures, pas de week-ends.
J’avoue avoir beaucoup de mal à gérer ça, car je ne sais pas m’arrêter, jusqu’à ce que mon corps lâche. Mais vivre de ce qu’on aime et de ce qu’on a construit, quoi de plus bon ?
Au niveau financier, je peux dire que c’est un salaire correct puisque je peux entretenir ma maison et mes animaux, mais très inégal. Je peux passer du très bas au très haut, ce qui est souvent le cas entre l’hiver et l’été.
On est pas artiste pour être riche, on est artiste pour être libre.
Danse avec Horus (modèle : Johanne)
~ Comment concilies-tu ta vie personnelle avec la professionnelle ?
Mon compagnon dans la vie est un vidéaste talentueux (Oqamy Visuel, allez voir son travail !). Nous sommes donc au quotidien plongés dans nos métiers. Nous aspirons vers les mêmes choses et il est agréable d’avoir une personne du métier pour donner son avis. Nous progressons ensemble, c’est aussi très pratique car nous partageons notre matériel et essayons d’investir ensemble dans ce sens. Du coup il n’y a pas vraiment de séparation, la photo est ma vie, la photo est tout.
Incantation (modèle : Tamarah Lécot)
~ Comment conçois-tu une séance photo ?
Depuis peu je ne photographie plus uniquement la nature mais des scènes issues de contes et légendes ou de ma propre imagination. Pour mes projets personnels, je choisis mes modèles avec beaucoup de soin pour coller au maximum aux images que j’ai en tête, parfois ce sont justement ces modèles qui m’inspirent des contextes ou des histoires. 
Le choix des costumes et accessoires se fait ensuite suivant les artisans que je trouve et qui acceptent une collaboration avec moi. La plupart du temps, je choisis un costume dans leur boutique mais avec certains créateurs dont je suis proche les tenues sont réalisées spécialement pour la série. 
Les animaux (qui sont tous vivants sans exception) sont une partie très importante de ces mises en scène mais sont une masse de travail vraiment supplémentaire comparé à un shoot plus conventionnel. Ce sont des heures de recherche, il faut avoir les accords des propriétaires, les animaux ne se transportent pas forcément, il faut donc se déplacer, certains sont craintifs, d’autres dangereux… Je ne veux pas apeurer ou torturer un animal pour avoir une bonne image ! Il faut que tout soit fait dans le respect de chacun. Et quand je dis ça, c’est valable aussi pour la nature. J’essaie de ne pas casser de branches, je ne piétine pas les parterres, je n’arrache pas de fleurs… Et c’est aussi pour ça que c’est beau ! J’ai donc accès à des choses de plus en plus folles et je crois que je ne réalise encore pas tout. 
J’en profite donc pour remercier toutes ces personnes qui me donnent de leur temps, de leur énergie, de leur âme… Dresseurs, propriétaires, costumiers, artisans, modèles, maquilleurs, accessoiristes, assistants ou même amis. Mon travail personnel (les collaborations) doit rester quelque chose de ponctuel pour moi, sans attentes, sans stress. Je garde donc l’exclusivité sur mes choix, je dois être libre vous comprenez ?! 
J’aime recevoir des demandes de collaborations car parfois cela éveille des idées, des projets, mais je ne peux pas donner suite à 99% de celles-ci. De temps en temps je poste des castings sur ma page facebook, n’hésitez pas à y répondre si vous correspondez !
Le voyage blanc (modèle : Anaïs Garin)
~ Chaque shoot semble avoir une petite histoire, est-ce que la littérature t’inspire ? Si oui, peux-tu citer quelques livres qui t’ont marqués ?
En réalité, je ne fais que très rarement des réadaptations de contes qui existent, j’ai fait Le petit chaperon rouge mais pour les autres j’aime dire que mes séries sont adaptées des contes de mon imaginaire. Je trouve qu’il y a beaucoup d’artistes qui font de très belles réadaptations, et je ne veux pas encore faire ma version. Je vous encourage à voir le travail d’Irina Dzhul qui est absolument merveilleux dans ce thème.
En fait je travaille à l’envers, quand je fais une série, je pars sur une ambiance, une sensation, un thème, parfois je fais des petits croquis (ayant arrêté le dessin depuis longtemps ils sont drôles !!), je shoote la séance, puis j’écris l’histoire avec les photos. Ce sont elles l’inspiration !
C’est étrange car j’aime beaucoup lire, mais je n’ai aucun livre d’heroic-fantasy dans ma bibliothèque. Je trouve ça très dur à lire, il y a des noms dans tous les sens et je ne comprends rien ! Par contre j’adore les films ! Mon amie Yuna de l’Atelier Terra Nostra a auto-publié son livre fantastique Pandora Project qui est apparemment très prenant ! Peut être un début pour accrocher ?
Pin up (modèle : Psiko)
~ Y’a-t-il des artistes que tu admires ?
Dans le visuel il y a : Alexandre Deschaumes, Katerina Plotnikova, Irina Dzhul, Julie de Waroquier, Au contraire photography, Bastien Riu, Samantha Meglioli, Raphaelle Monvoisin, Lorelyne Photographies, et Mathieu Lelay et Oqamy Visuel en vidéo… Bien sûr ce n’est qu’un mince échantillon mais c’est ceux qui me viennent spontanément. Mais j’admire aussi beaucoup d’artisans, bijoutiers, costumiers et autres !
Abandon (modèle : Ana Wanda K)
~ Enfin, quels sont tes projets pour ce début d’année ?
Pour tout dire, le début d’année commence assez mal, divers soucis et le corps qui me fait payer la vie intense des beaux jours… Mais je me repose et prépare donc dans le calme de quoi vous faire, je l’espère, rêver. Le niveau augmente et les collaborateurs sont plus motivés que jamais. Tout ce que je peux vous promettre c’est de vous donner tout ce que j’ai, y compris, et surtout, mon âme…
Je prépare aussi en ce moment un voyage en Islande que je ferai en juin. Une manière de me remettre dans la photo de nature avec passion. 
Merci de m’avoir lue et d’être fidèle à mon travail. C’est à travers vos rêves que je vis.
Rêve de sève (modèle : Charlotte Gonozalez)
Le lien (modèle : Camille Gerin)

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