Julie Marie Gene Gobelin, photographe de mode mystique

Julie Marie Gene Gobelin est une jeune femme de 25 ans qui un beau bagage photographique derrière elle. Versée dans la mode, ses photographies aux retouches léchées sont pleines de caractère. Ses modèles et mannequins ont tous un style particulier, et beaucoup de ses travaux personnels prennent en compte des modèles tatoués et piercés. Elle jouit aujourd’hui d’une jolie notoriété et a notamment été publiée l’année dernière dans les magazines Beautiful Bizarre et le Bizart. Son univers, un mélange de mode et de mysticisme, ne peut que plaire ! Voici son interview :
modèle : Lizzie Saint Septembre
~ Bonjour Julie ! Question un peu obligatoire : peux-tu te présenter un peu ? Quel est ton parcours ?
Bonjour, et bien je m’appelle Julie Marie Gene Gobelin, oui oui tout ça ! J’ai 25 ans et je suis photographe professionnel sur Lyon en France. Mon parcours est un peu compliqué à vrai dire ! Je suis quelqu’un de très passionné et curieux, j’ai une soif d’apprendre et de découvertes qui s’étend à beaucoup de domaines, mais plus particulièrement aux arts et à leur histoire.
J’ai passé trois années au Lycée en Arts Appliqués ou j’ai pu découvrir et aborder toutes les différentes applications des arts dans notre histoire : la communication visuelle, le stylisme, le design, l’architecture, l’histoire de l’art… La photographie ne faisait pas partie de notre cursus scolaire, au contraire, les profs nous ont toujours découragés dans ce domaine qui était pour eux bien trop bouché et inatteignable. Mais la magie d’internet m’a fait découvrir le site Deviantart où j’ai pu découvrir un bon nombre d’artistes qui ont su me donner l’envie de m’exprimer et de persévérer dans une passion qui venait tout juste de naître. En fin de cursus, bien que mon activité dans la photographie était déjà très prenante, j’ai décidé de m’orienter dans la confection de costumes. Je suis une amoureuse du costume historique et de la mode. Je suis fascinée par cette manière que nous avons de transformer notre corps pour nous exprimer et dévoiler ce que nous sommes. Je n’ai malheureusement jamais pu accéder aux études supérieures dans ce domaine, et malgré mes connaissances en coutures et mes petites expériences dans le milieu, j’ai été contrainte de stopper mes études. Après quelques boulots j’ai finalement intégrer une école de photographie, l’Atelier Magenta dirigé par le fils de Claudine et Jean Pierre Sudre. Cette école a marqué un vrai tournant dans ma vie « artistique ». Je n’avais jamais vraiment su le niveau que je pouvais avoir dans ce domaine, et cette école m’a permis de confirmer mes connaissances mais surtout de les approfondir, de les affiner et d’apprendre ses fondements. Depuis cette école, j’en ai fait mon métier.
~ Tu sembles avoir une très grande expérience photographique, depuis quand t’adonnes-tu à la photo ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ?
Vers mes 15 ans je traînais déjà beaucoup sur Deviantart qui était pour moi, à l’époque, une très grosse source d’art alternatif. Je découvrais un autre monde que celui qu’on te balançait sans cesse dans les médias habituels et français, j’avais besoin de voir plus loin. Je réalisais en parallèle sur photoshop des photomontages très sombres en puisant dans les stocks d’images et de textures gratuites du site. Je crois qu’à force j’ai simplement voulu maîtriser moi-même ma matière première. L’image et surtout la photographie. Du coup j’ai pris l’appareil photo numérique de mon père, et tout a commencé ! Je vivais dans un petit village, alors jusqu’au lycée je photographiais beaucoup de paysages, je faisais un peu de macro aussi et quelques autoportraits. A mon arrivée sur Lyon j’ai rencontré des personnes qui m’ont inspirée. Des visages et des personnalités qui me donnaient envie de les prendre en photo. Je voulais leur montrer, et montrer aux autres, la manière dont je les voyais, leur beauté et le monde dont pour moi ils étaient les protagonistes.
Puis j’ai rencontré des personnes qui avaient envie d’y participer, et de jouer un rôle dans les histoires que je voulais raconter, ou même de m’aider à les réaliser … Après ça, comment s’arrêter ?
modèle : William Léon
~ Ton travail est très axé mode, est-ce une volonté pure de ta part ?
Oui, totalement ! Avec un peu de recul sur mon travail, je me rends compte qu’au début, et sans avoir de connaissances techniques approfondies, je ne me concentrais que sur la partie artistique et créative. Pendant mon année d’étude en photo, j’en ai profité pour ne développer que l’aspect technique.
Depuis, et même si je continue d’apprendre encore aujourd’hui, j’essaie de mêler au maximum les deux, et la mode me permet justement de les accorder avec justesse je pense…
La photographie de mode ne m’attire pas par son côté paillette et fric ! Mais par cette qualité, cette exigence technique et la beauté qui fait partie intégrante de ce domaine. Il suffit de regarder les vêtements, les accessoires, la coiffure, le maquillage, toutes ces personnes qui ont travaillé pour un résultat parfait et beau. Je suis quelqu’un de très exigeant avec moi-même, j’aime le travail bien fait, voire parfait, et même si je n’arriverai jamais à trouver ce que je réalise comme l’étant, je veux au moins m’en approcher.
J’aime aussi énormément travailler en équipe, voir tous ce monde autour d’un modèle durant le shooting et l’émulation qui en ressort. L’échange humain, les bonnes rigolades et aussi la satisfaction de tous s’afficher sur les lèvres lorsqu’ils s’aperçoivent du résultat de leur travail. La beauté d’un travail réalisé avec envie et passion !
~ Au vu de ton travail personnel, on sent une influence mystique et mystérieuse, quelles sont tes inspirations ?
Je ne sais même pas par où commencer à vrai dire… Comme je suis très curieuse, je passe beaucoup de temps à nourrir ma tête d’images et de mots. L’Histoire et les mythes, la mode et le costume, la photographie et le cinéma, la littérature et la science sont mes domaines de prédilection.
Bien sûr j’ai des préférences, mais chaque photo est un clin d’œil différent à des sources d’inspirations multiples… Un coup ça sera la science-fiction et Star Wars ou Dune, et l’autre les mythes avec une sorcière, une oracle, un chaman, ou même un autre coup Napoléon et les Hussart… J’aime surtout les personnages charismatiques, je ne sais pas pourquoi mais j’ai toujours cette envie « d’élever » les modèles qui posent pour moi à cette « perfection ». Je ne cherche pas à les faire coller à des critères communs ou vendeurs, mais simplement à ce qui m’amène ailleurs, un autre monde où tout ce qui m’appelle à décoller de cette planète est devant mes yeux. Je ne veux pas montrer la réalité, mais vendre du rêve je crois…
Fre(e)men, modèle : Morgan Dubois
~ Tes retouches rendent tes modèles presque irréels, leurs yeux semblent voir des choses invisibles, quel en est la raison ?
J’ai fait un petit projet à part, tirer de mes shootings pro qui s’appelle « I’m a Cyborg ». En fait c’est né grâce aux modèles qui ont posés pour moi… Je trouvais leurs visages tellement parfaits, l’expression, leurs regards, je me disais « ce n’est pas humain !». Non, effectivement, j’ai pris l’expression au mot… Ils étaient tellement beaux pour moi qu’ils auraient très bien pu être des cyborgs. J’ai rajouté ce petit reflet en référence au Nexus dans Blade Runner (de Ridley Scott). Je leur ai même donné un prénom en fonction de ce qu’ils m’inspiraient ou même de leurs propres pseudonymes, comme s’ils existaient vraiment et que je les répertoriais de manière photographique. Et je continuerai tant que j’en croiserai !
~ Quels artistes t’inspirent le plus ?
Encore une longue liste ! Mais pour faire court on commencera par la photographie, ça passe par Nadar, Tim Walker, Eugenio Recuenco, Erwin Olaf, ou plus jeune Elizaveta Porodina. J’aime beaucoup les photographies de Hubble aussi, hahaha ! Sérieusement, il n’y a rien de plus beau à regarder que notre univers ! En art pictural, citer les noms serait tout aussi long donc je m’arrêterai aux courants : renaissance, impressionnisme, classicisme, préraphaélisme, romantisme… et j’ai un amour tout particulier pour la gravure aussi (Gustave Doré et Albrecht Dürer). En stylisme : Jean-Paul Gaultier, Galliano, Iris von Herpen, Mc Queen, etc, et bien sûr et surtout les costumes historiques. Et tout cela sans compter la littérature avec les contes, les mythes, la science fiction ou même la fantazy, etc !
Poppy Tears, modèles : Morgane et Anne-Lise
~ L’univers alternatif des modifications corporelles est très présent dans ton travail photographique, depuis quand t’y intéresses-tu ? Es-tu toi-même tatouée/piercée ?
Je m’y intéresse depuis longtemps oui ! Aussi longtemps que la photographie en tout cas… J’ai très vite trouvé des images de personnes tatouées et modifiées telles que les Suicide Girls qui faisaient un carton aux USA à cette époque, et en creusant un peu plus dans le domaine, j’étais tombée sur BME (Body Modification Ezine) et là, j’ai découvert encore tout un autre monde. La modification corporelle est pour moi tout aussi proche que les vêtements. De la même manière que nous choisissons de nous vêtir d’une certaine façon et pas d’une autre, certaines personnes, elles, modifient leur corps. Il y a des tonnes de raisons de le faire, et chacun à la sienne.
L’Homme est beau, toute cette masse d’atomes qui forment un corps, sa mécanique, son squelette, ses muscles… Et quand certaines personnes le transforment, ça donne souvent des résultats magnifiques. Je ne fais aucune distinction entre des personnes modifiées ou non ! Bien sûr dans mon travail professionnel je suis obligée de sélectionner en fonction des attentes de mon client, mais je bosse aussi quelques fois pour un magazine français de tatouage pour lequel je fais des reportages ou des portraits de professionnels et de clients.
Et oui ! Je suis effectivement moi-même tatouée et piercée, comme on dit « qui s’y frotte s’y pique » hahaha (c’était pourri, désolée) !
~ Comment organises-tu une séance photo ? Comment te viennent tes idées de shoot ?
Je me laisse porter par le flot d’un point de vue créatif… je laisse les idées et les images venir dans ma tête, des fois elles me paraissent trop floues alors je les laisse de côté et je sais qu’elles se préciseront plus tard… Elles évoluent toujours et ne naissent jamais de la même manière à vrai dire ! Un modèle peut m’inspirer, ou des costumes, des histoires, des musiques, des matières minérales, végétales, textiles, des rêves beaucoup de rêves ! Après avoir trouvé l’idée et le thème général je brode autour, je commence toujours par le choix du modèle. Après avoir discuté avec les idées s’affinent ! J’essaie toujours de lui donner un rôle qui lui corresponde. A chaque projet auquel  je réfléchis je cherche quel personnage le modèle incarnera. Puis le choix du stylisme se fait, de la coiffure, du maquillage, du lieu et de la lumière… J’aime toujours à avoir l’opinion de mes collaborateurs, savoir quels conseils et quelles propositions ils pourraient avoir. Je ne suis que photographe, je ne peux pas assurer toute la réalisation du shooting, alors je fais toujours attention à m’entourer d’une bonne équipe avec laquelle le feeling et la motivation sont communs ! Quand les idées, les choix sont faits, je lance la machine et on réalise la séance !
Bien sûr les séances ne se passent jamais comme prévu. Il y a toujours des choses à corriger, ajuster ou même réaliser sur place. Je ne me fixe jamais de résultat, j’ai quelques images et cadrages que je construis à l’avance, mais je préfère laisser la magie opérer sur place !
Narcisse, modèle : Joseph Bach
~ Tu avais fait une très belle séance pour le Bizart Magazine avec un jeune homme : Narcisse. Est-ce que les mythes t’inspirent ?
Ils font parties de mes inspirations premières à vrai dire. J’aime énormément les mythes, les légendes, et les contes… Je les trouve fascinants et leurs nombreuses interprétations picturales le sont tout autant ! Les récits qui ont traversé le temps, parlant de protagonistes tous aussi incroyables les uns que les autres ! Mais pour cet édito, le nom ne m’est venu qu’à la fin du shooting, en regardant une première fois l’ensemble du travail réalisé avec l’équipe,  j’ai tout de suite pensé à ce personnage. L’histoire s’accordait parfaitement aux « tableaux » réalisés en collaboration avec la styliste florale Julie Basson. Le premier portrait : le héros et son armure, le second : sa noyade, le dernier : son ascension.
~ Y’a-t-il des différences lorsque tu shootes avec une femme ou un homme ?
Je ne fais jamais de distinction durant mes shooting, un corps est un corps, je garde le même respect et la même approche méthodologique de travail. Avant de shooter je m’occupe du look et de la mise en place, et durant le shooting, je ne me concentre que sur le corps, la lumière et les détails à ajuster. Je me concentre énormément sur la lumière et la manière qu’elle a de couvrir le corps. Les ombres qui vont se créer et les courbes du corps et du visage qui vont se dessiner. Mais il est clair que j’ai plutôt tendance à préférer travailler avec le corps féminin et sa beauté par contre. Elle m’inspire et me fascine beaucoup plus …
modèle : Aurélie Cheneau
~ Enfin, quels sont tes projets pour cette année ?
Des jolies commandes en perspective où je vais pouvoir me faire plaisir dans la direction artistique, des beaux éditos qui attendent d’être publiés et d’autres réalisés ! Et aussi beaucoup d’encre qui va couler !  
The Oracle, modèle : Psyché Ophiuchus
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