Patrick Belloeil – Amour des feintes

La poésie est un art oublié, un art ringard : gare à ceux de nos contemporains qui tenteraient de transcrire l’essence de leur âme en vers. Pourtant, certains s’obstinent, discrets et souvent incompris. On les rencontre, ces sensibles hébétés, au détours de rues et de soirées ; on est presque étonné que ces êtres liés à la poésie existent encore. Ainsi, je rencontrai Patrick Belloeil tout à fait par hasard, un soir à Brest. La quarantaine, dans son appartement tapissé de quelques tableaux où s’épanouissaient des sensualités féminines. Le ton est donné. Au milieu de la soirée, Amour des feintes circule timidement. Il s’agit du premier recueil de Patrick, où se joignent les écrits des six dernières années. Les poèmes sont très personnels, on les sent sortir du ventre d’un homme balancé par la vie et les amours, écrits avec justesse et personnalité, sans jamais tomber dans le pompeux ni le plagiat. Quand l’artiste parvient à forger sa propre plume, les mots n’en sont que plus sincères et communicatifs. C’est pour cette raison que je choisis de vous les présenter, à travers quelques extraits et quelques questions à l’auteur.

Patrick Belloeil photographié par AEK

~ Bonjour Patrick, tout d’abord, peux-tu te présenter plus amplement ? Quand as-tu commencé à écrire et pourquoi ?
J’ai bientôt 43 ans et je suis animateur. Je pense que l’écriture et mon métier sont tout deux basés sur le besoin d’exprimer ma sensibilité et mon amour de l’autre. Travailler dans le social, c’est être au contact de la réalité des hommes, réalité qui mêle les joies et les tristesses… J’ai commencé à écrire mes premières joies et mes premières amours à l’âge où on le fait tous : j’avais 5 ou 6 ans et j’écrivais des poèmes pour ma maman. En grandissant, certains arrêtent d’écrire, j’ai continué… Je crois aujourd’hui que ça fait partie de moi. 

~ Le thème amoureux, entre éclats de joie et de tristesse, prédomine dans tes écrits. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?
J’ai la chance tout autant que le malheur d’avoir aimé et d’aimer encore. L’amour, quand tu le rencontres, te transcende, fait de toi le meilleur des êtres. Finalement, l’amour, c’est un mensonge… C’est le drame et la beauté de ce sentiment. Et s’il prédomine dans mes textes, c’est que l’on peut l’aborder de mille façons, tant il est complexe.
~ Quels sont les autres sujets qui te tiennent à coeur et que ta plume emprunte ?
Traduire la sensualité fait partie des exercices que j’apprécie. La colère est aussi une muse importante, la colère et le dégoût… Contre les maux du monde, contre une humanité qui m’effraie parfois, malgré tout l’amour que je lui voue, la mort d’enfants, la xénophobie. Il y a hélas tant de raisons de se mettre en colère.
~ Ta langue se passe de ponctuation et tes vers sont souvent courts. Pourquoi cette forme te séduit-elle ? 
Je ne sais pas si elle me séduit réellement. Elle est surtout naturelle. Il peut m’arriver d’avoir une écriture académique (alexandrins, sonnets…) mais j’aime la poésie pour la liberté qu’elle peut représenter. Enfant, je lisais les classiques, longtemps après avoir découvert Prévert à l’école. Prévert qui, pour moi, se confondait avec l’école. De la poésie pour enfant presque. Et puis un jour, j’ai relu Prévert… La simplicité, la spontanéité m’ont bouleversé : je redécouvrais les mots, mais j’en découvrais le sens profond. Lorsque j’écris, je me récite mes vers. Je privilégie une musicalité que ne m’apporte pas toujours la rigueur poétique…

~ Ton premier recueil est paru il y a quelques mois aux éditions Poésie d’Aujourd’hui. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour cette publication ?

Je n’ai aucune prétention et ne me considère pas comme un poète. Encore moins comme talentueux ! J’avais fait des démarches il y a longtemps mais n’ayant pas de retours positifs, j’avais donc abandonné. Les échecs te font relativiser l’opinion que tu as de toi-même… Donc j’ai continué d’écrire, montrant mes textes à quelques amis. Puis vint facebook, le blog… ça me suffisait. Et puis, un jour, tu croises quelqu’un dont la subjectivité t’enivre et tu te laisses convaincre. Quelqu’un qui croit en toi plus que toi-même et qui sait faire tomber les barrières que l’on sait tous si bien dresser…
* * *
Points de suspension
Amoureux des ponctuations
J’ouvre des parenthèses
Abuse des suspensions
Pour poser l’Hypothèse
J’explore chaque virgule
Je cherche entre les lignes
Puis j’interprète j’affabule
Je donne un sens aux signes
Ils me parlent de nous
Mais surtout d’un possible
Quand les mots se dénouent
Laissant voir l’invisible
Ce n’est que ma lecture
De notre partition
J’espère l’aventure 
De l’allitération
* * * 
Une vie, une vie

Une vie mesurée
Une vie enterrée

Une vie dissolue
Une vie révolue

Une vie bien rangée
Une vie dérangée

Une vie retrouvée
Une vie vite gâchée

Une vie passionnée
Une vie explosée

Une vie qui viendra
Une vie qui restera ?

Une vie, rien qu’une vie
Une vie qui s’enfuit


* * *
Sirènes
Pourquoi ne pas céder à l’appel des sirènes
Quand le chant fredonné me semble si sincère ?
J’ai la chance d’entendre les refrains qui me mènent
Quelque fois aux abords de leurs rives éphémères
Je hisse les voiles et le vent qui m’emporte
Me dépose doucement dans ces mondes advenus
En attendant que vienne la rafale plus forte
Qui m’en éloignera pour une terre inconnue
Je vais, je me pose, sans doute un peu inquiet
Car j’ai peur que mes yeux ne se voilent
Si elle devait briller, mon guide, mon étoile
J’aborde et j’appareille parfois un peu défait
En attendant ce jour et cette traversée
Pour laquelle j’oublierai tant de larmes versées

* * * 

Ex-alliées

Au bas des escaliers
Cherchant à me défaire
Des escales liées
Aux barreaux et aux fers

Qui me firent oublier
Les futurs éphémères
Pour me faire rallier
Le tréfond des enfers

Le noir a ses nuances
Que le blanc valorise
Laissant si peu de chance
De quitter son emprise

Car il est des couleurs
Que rien, jamais, n’efface
Autant qu’il est des heures
Qui jamais ne nous lassent

* * * 
Maux sincères


Chaque vers que je pose
Porte en lui la nécrose
D’un souvenir heureux
Aux accents douloureux
J’en profite et j’écris
J’écris en vain, j’écris en vers
En silence mes cris
Décrivent mon univers
Je revis ces instants
Tant parfois que je sombre
Dans l’espoir insistant
De retrouver leurs ombres
Le rêve s’évapore
L’encre sitôt séchée
Et m’impose encore
Mes amours empêchées
Alors les maux s’incèrent
Entre les mots sincères
Et à la relecture
Se rouvrent mes blessures
* * * 
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