Géminides, la chanson française née d’une étoile

Faunerie a pour vocation de promouvoir de jeunes talents, et en voilà un qu’il me tient à cœur de présenter : Géminides est un groupe belge de chanson française dont la démo est sortie cette année. C’est dès lors le moment d’en parler !
Géminides, c’est la seconde mouture d’ECHO, un trio fondé en 2009. Aujourd’hui, le groupe a évolué vers un quatuor composé d’Aurélien Dony et de Jérôme Paque (au chant et à la guitare), de Gérard Dubru (à la batterie) et de Grégory Damoiseau (à la guitare basse). Les compères se revendiquent de Brel, de Rapsat, de Noir Désir, de Thiéfaine et de Saule (dont ils s’approprient à l’occasion des titres, en concert), et certains accents de ces géants peuvent effectivement être entendus dans leurs compositions.
 
Ils n’en construisent pas moins aussi un univers personnel, via leurs propres textes. Le chanteur principal, Aurélien Dony, d’ailleurs un jeune poète plein de talent, auteur de deux fort beaux recueils : Il n’y aura plus d’hiver (éd. Memory, 2011) et Puisque l’aube est défaite (éd. M.E.O., 2014, Prix Georges Lockem 2013, décerné par l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique).

Car Géminides c’est d’abord de la poésie. Le nom du groupe en témoigne : il désigne originellement une pluie de météores, visible à la mi-décembre, sœur cadette et méconnue des Perséides. On peut arguer que ce n’est pas grand-chose, les Géminides : rien de plus qu’un peu de poussière céleste. Ce n’est certes pas les Pléiades mais ça n’en est pas moins beau et, si leurs étoiles sont plus modestes, il est à noter qu’elles sont également moins lointaines.
En fait si peu lointaines qu’elles essaiment ! Il faut dire que dans la poussière volent aussi parfois des graines ; il n’en va pas autrement pour les résidus célestes des Géminides. Pour preuve cette chanson incluse dans la démo, toute en délicatesse : Né d’une étoile. Elle raconte le destin pas ordinaire d’un « petit cœur d’enfant » qui sait parler aux pigeons…

« Et si les filles l’intéressent pas
C’est qu’il a trouvé bien mieux qu’ça
Lui fait la cour tous les matins
Aux fées qu’il croise sur son chemin
Rien d’anormal, c’est si banal
Pour un enfant né d’une étoile »

De la poésie, il y en a dans toutes les chansons de Géminides. Le groupe célèbre la vie et ses beautés, sans stéréotype. Leur chanson Princesse Tam-Tam en est un bel emblème. Mise en voix d’un texte de Jean-Claude Bodson, elle fait le portrait d’une princesse étonnante et envoûtante, qui est partout où on ne l’attend pas.

Je me dois aussi de citer Des siècles et des rêves, véritable « ver d’oreille » également inclus dans la démo, dont on se surprend à fredonner le refrain entêtant des heures durant après l’avoir écouté. Et c’est une bonne chose, car cet air folk rock n’a pas son pareil pour mettre de bonne humeur !

« La terre, le ciel et les femmes
Le bonheur, mon vieux, ça se gagne
Allez viens rallumer la flamme
Le bonheur, mon vieux, ça se gagne »
Une lecture attentive de cette chanson peut aiguiller vers un second aspect de Géminides. Car si ces musiciens sont poètes, leurs vers ne tournent pas à vide mais sont au contraire porteurs d’une idéologie partageuse et optimiste. Ce texte-ci trouve dès lors un écho très pertinent chez l’auditeur, au vu de l’actualité : « C’est terminé le temps des rêves condamnés / C’est terminé le temps des frères naufragés / […] C’est terminé le temps des salauds, des frontières » Au-delà de la mélodie joyeuse, ce sont des thèmes graves — comme celui de l’exil — qui sont abordés dans cet appel à une citoyenneté du monde.
Car Géminides est également un groupe engagé à gauche, dont les membres au terme de certains concerts aiment à chanter Bella ciao en chœur avec leur public. On décèle dès lors au fil de leurs textes toute une écriture de la solidarité et de la résistance : qui interpelle, qui tutoie, bref qui inclut (« Le jour se lève, l’heure est venue / Ensemble ami, vers l’inconnu », clament-ils à la fin de Des siècles et des rêves). Dans leurs premiers enregistrements, cet engagement a carrément pu prendre des airs de révolte, portée par Peuple humain, Camarade ou encore par J’en ai marre, qui scande

« Mon frère, tu me déchires
Mon frère, donne-moi la main
Tu t’échines sans rien dire
Mais sors de là putain »
Plus récemment, dans la démo, ce sont les accents altermondialistes de Made in quoi qui interpellent en traçant un portrait sans fard de notre société de consommation.

« J’achète, je vends, je vends, j’achète
J’veux du pognon dans mon assiette
je vends, j’achète, j’achète, je vends
Vlà c’que j’enseigne à mes enfants »

Enfin, lorsqu’elles ne dénoncent pas ou ne s’émerveillent, les chansons de Géminides peignent simplement le quotidien, comme dans Le Bar des 4 fois rien, un bel éloge des bistrots où il fait bon boire. Le thème, que le quatuor tient visiblement à cœur, avait déjà été abordé dans la chanson Sans titre 2, où il louait en rimes le « creux des soirs sans fin, au café citadin ». Habitués des cafés-concerts, on les y voit bien jouer…

 
Je clos ici ce panorama rapide et forcément incomplet du riche univers de ce groupe. Beaucoup de choses restent à dire, mais je laisse Géminides le faire en chansons. 
Pour en savoir plus sur ce groupe ou le soutenir, abonnez-vous à sa page Facebook, achetez sa démo sur Bandcamp et, surtout, écoutez-le !

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