La licorne, du fantasme au réel

Sujet de fascination, créature fantastique et fantasmée, la licorne intrigue, interpelle, prête à sourire, mais ne laisse personne indifférent à son mystère depuis de nombreux siècles. Du latin unicornis soit unicorne, signifiant « une seule corne », la licorne désigne donc un animal à quatre pattes fabuleux caractérisé par le fait qu’il ne porte qu’une seule corne[1]. Cette définition vaste et peu explicite nous indique déjà que la licorne est une bête entourée de mystère. Tantôt représentée comme un cheval à corne, une biche à corne ou encore comme un corps de cheval avec une barbiche de chèvre, une queue de lion et une corne sur la tête, la représentation picturale de la licorne peut, elle aussi, différer selon les époques. 
I~ Origines historiques, zoologiques et premières représentations picturales 
Les premières traces de cette créature remonteraient à la Préhistoire, si l’on en croit les fervents défenseurs de cette théorie. C’est en France sur les murs de la grotte de Lascaux que l’on trouve la première représentation picturale[3] de ce qui ressemble à une licorne : visiblement un animal quadrupède possédant une longue corne sur le devant de sa tête. Sujet à controverse, cette interprétation ne fait pas l’unanimité, il pourrait s’agir d’un taureau avec deux cornes représenté différemment des autres.[4] 

La Licorne, Grotte de Lascaux.

Plus tardivement, au IVe siècle avant J-C, la première trace écrite décrivant une licorne se trouve dans le récit historique de Ctésias (médecin et historien Grec) où l’auteur évoque ce qu’il appelle le « monocéros »[5]. Il s’agit pour lui de décrire la faune et la flore de l’Inde à l’époque, ses mœurs et ses récits fabuleux. « Il existe en Inde certains ânes sauvages qui sont aussi grands que des chevaux, et même plus grands. Leur corps est blanc, leur tête rouge foncé, et leurs yeux bleu foncé. Ils ont une corne sur le front, qui a environ un pied et demi [45 cm] de long. La poudre extraite de cette corne est administrée dans une potion qui protège contre les poisons. La base de cette corne, sur quelque deux largeurs de main au-dessus du front, est d’un blanc pur ; la partie supérieure est pointue et d’un pourpre vif ; et la partie restante, ou centrale, est noire. Ceux qui boivent dans ces cornes, taillées en récipients, ne sont pas sujets, dit-on, aux convulsions ou au haut mal [épilepsie]. Ils sont même immunisés contre le poison si, avant ou après son absorption, ils boivent du vin, de l’eau, ou tout autre breuvage dans l’un de ces récipients. » [6] 

 

Aquarelle extraite d’un manuscrit français du Livre des Propriétés des Animaux (1566).

Nous sommes encore loin de l’image de la licorne médiévale, entièrement blanche et se rapprochant plutôt d’un cheval cornu. Il faut attendre le IIe ou IVe siècle après J-C pour voir apparaître de nouveau la licorne, cette fois-ci dans le Bestiaire chrétien du Physiologos. Il s’agit en réalité d’un traité d’histoire naturelle sur les propriétés des bêtes, des oiseaux, des plantes et même des pierres. Ces descriptions sont rédigées d’un point de vue moralisateur et chrétien. Ce bestiaire aura une influence importante au Moyen-Âge. On y retrouve à la fois des animaux réels mais également des créatures telles que les monstres et les animaux imaginaires (dont la licorne fait partie).[7] La licorne y est alors décrite comme un animal sauvage (le Monocéros) très difficile à capturer. Il y est fait mention que pour parvenir à le capturer, il faut user de l’odeur d’une jeune vierge comme appât et le tuer.[8] 

Bestiaire d’Aberdeen, ca 1200.

Au Moyen-Âge, la licorne est toujours référencée et décrite dans divers bestiaires, classée parmi les animaux quadrupèdes. C’est notamment au XIIe siècle qu’elle connaît un important succès dans les bestiaires de l’époque. Il y est fait une description plus précise de son apparence et de son tempérament : « Un animal qui ne possède qu’une corne placée au milieu du front. Elle est si téméraire, agressive hardie qu’elle s’attaque à l’éléphant avec son sabot dur et tranchant, un sabot si aigu que, quoi qu’elle frappe, il n’est rien qu’elle ne puisse percer ou fendre. L’éléphant n’a aucun moyen de se défendre quand la licorne attaque, elle le frappe comme une lame sous le ventre et l’éventre entièrement. C’est le plus redoutable de tous les animaux qui existent au monde, sa vigueur est telle qu’elle ne craint aucun chasseur. Ceux qui veulent tenter de la prendre par ruse et de la lier doivent l’épier pendant qu’elle joue sur la montagne ou dans la vallée, une fois qu’ils ont découvert son gîte et relevé avec soin ses traces, ils vont chercher une demoiselle qu’ils savent vierge, puis la font s’asseoir au gîte de la bête et attendent là pour la capturer. Lorsque la licorne arrive et qu’elle voit la jeune fille, elle vient aussitôt à elle et se couche sur ses genoux ; alors les chasseurs, qui sont en train de l’épier, s’élancent ; ils s’emparent d’elle et la lient, puis ils la conduisent devant le roi, de force et aussi vite qu’ils le peuvent »[9] 

Chasse d’une licorne, Bestiaire de Rochester, XIIIe siècle

L’engouement pour la licorne atteint son paroxysme au Moyen-Âge et à la Renaissance. Des vendeurs peu scrupuleux vantent les vertus magiques de la poudre de corne de licorne, l’achat de cornes pour purifier les eaux et protéger de maladies diverses. Des dents de Narval sont souvent vendues sous l’appellation de « corne de licorne » à l’époque.[10] Hildegaarde de Bingen au XIIe siècle dans le Liber Subtilitatum de Divinis Creaturis ira même jusqu’à décrire les vertus du foie de licorne à utiliser pour préparer un onguent servant à protéger de la lèpre. Elle y décrit aussi les propriétés du cuir de licorne, comme protégeant de nombreuses maladies telles que la peste. [11] 

Dent de Narval, vendue comme corne de Licorne.

L’apothicaire Laurent Catelan en 1624 décrivit la licorne dans son Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne, comme une espèce à part entière, dont l’apparence varie en fonction de son habitat et de son âge. D’un tempérament féroce et violent, c’est une bête qui se nourrit de poisons concentrés dans sa corne. Dotée d’un odorat extraordinaire, sa corne lui permet de trouver facilement les eaux souillées et empoisonnées qu’elle purifie par sa puissance (sa corne concentrant la force de deux cornes en une seule). Cet odorat très développé chez la licorne lui permet également de reconnaître l’odeur d’une vierge, odeur face à la laquelle la licorne s’évanouirait de joie. Une fois captive, la bête se laisserait malheureusement mourir de faim. L’auteur dit également qu’il était impossible de créer de fausses cornes de licorne. Possédant un cabinet de curiosités et vendant lui-même des cornes, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi cet apothicaire défendait farouchement l’existence de cette créature contre les contemporains de l’époque (tels qu’Ambroise Paré).[12]
Cabinet de curiosité du XVIIe siècle.
Les cornes de licorne sont alors considérées comme l’un des biens les plus précieux que pouvait posséder un roi. Il était possible d’acheter ces cornes chez les apothicaires du XIIIe au XVIIIe siècle. Vendues pour leurs propriétés médicinales ou magiques, elles pouvaient aussi servir comme objets souverains : sceptres, trône de licorne (chez les rois Danois), couronne impériale de l’Empire d’Autriche ou encore fourreau et épée de Charles le téméraire… Exposées dans des cabinets de curiosité, ces objets étaient en quelque sorte la fascinante panacée de l’époque.[12] 

Le sceptre et la couronne impériale autrichienne, fabriqués avec des dents de narval, vendues comme cornes de licorne.

Le « trône de licorne » des rois de Danemark, utilisé pour les couronnements royaux de 1671 à 1840.

L’existence et l’origine zoologique de la licorne ne sera pas remis définitivement en cause avant le XIXe siècle. 
II~ La licorne comme sujet dans la littérature et les arts 
Créature controversée (de par son apparence et son caractère), la licorne n’apparaît pas dans les récits à l’origine du monde et de sa création. Ce qui n’en fait pas un sujet mythique. Sa naissance et son identité tiennent alors du registre légendaire. Les récits décrivant des licornes se sont transmis oralement suite à la publication des bestiaires et autres recueils zoologiques, en faisant un animal existant pour les contemporains de l’époque mais fabuleux par la diversité des descriptions dont elle a fait l’objet. Issue d’abord d’ouvrages Grecs et Romains de l’Antiquité, son origine est considérée comme étant païenne, bien qu’elle parvint à s’imposer dans les bestiaires chrétiens par une interprétation moralisatrice de l’Église. 
Dans la littérature :
Fascinant l’imaginaire collectif, nous retrouvons la figure de la licorne dans de nombreux contes du Moyen-âge comme celui de Blanche de Navarre : La Dame à la Licorne et le Chevalier au Lion, vers 1350.[11] Une licorne apparaît, parmi d’autres créatures légendaires, dans La Tentation de Saint-Antoine de Gustave Flaubert : « La Licorne caracolant autour de saint Antoine en hennissant. Vois comme je suis jolie ! J’ai des sabots d’ivoire, des dents d’acier, la tête couleur de pourpre, le corps couleur de neige, et la corne de mon front est blanche par le bas, noire au milieu, rouge au bout. Des plaines de la Chaldée au désert tartare, sur les bords du Gange et dans la Mésopotamie, je vais, je cours, je reviens. Aux poils de mes paturons il s’est accroché des plantes du nord et du midi, un sillon de feu se fait sur mon passage, je dépasse les autruches ; je vais si vite que je traîne le vent. Je bois aux cascades, je frotte mon dos contre les palmiers, je me roule dans les bambous ; d’un bond j’aime à sauter les fleuves, et quand je passe par Persépolis je m’amuse à casser avec ma corne la figure des rois qui sont sculptés dans la montagne. La licorne piaffe, saute, rue, hennit. »[14] Dans le roman de Lewis Caroll, De L’Autre Côté du Miroir, Alice découpe un gâteau en parts égales pour le Lion et la Licorne qui se chamaillent afin d’obtenir chacun plus que l’autre. Certains y voient une référence aux symboles héraldiques de l’Écosse et de l’Angleterre, se disputant leurs terres comme un gâteau.[15] 
La licorne, Alice, le Lion et le gâteau. Illustration de Tenniel pour l’édition originale. 
Chez les Frères Grimm, c’est dans le conte du Vaillant Petit Tailleur que le Roi l’envoie capturer une licorne pour gagner la main de sa fille. C’est par ruse que le Petit Tailleur y parvient : il s’offre à la licorne afin qu’elle puisse le charger mais au dernier moment, il s’écarte, amenant la licorne à planter sa corne dans un arbre sur lequel elle reste coincée.[16] 

Illustration de Carl Offterdinger, extraite de Mein erstes Märchenbuch, Wilh. Effenberger, Stuttgart, fin du XIXe siècle.
Plus tardivement, dans le roman de J.K. Rowling Harry Potter à l’École des Sorciers, 1997, Harry découvre que boire le sang de licorne permet de survivre. Quant aux cornes de licornes, elles sont utilisées dans le roman en tant qu’ingrédient pour fabriquer des potions antidotes aux poisons courants. Dans le même roman, Harry examine chez l’apothicaire des cornes de licornes. Le crin de licorne possède également des vertus magiques, la deuxième baguette de Ron Weasley en contient. Il est souvent utilisé pour la fabrication de baguettes ainsi que de potions (notamment la potion de beauté).[17]  
Dans les arts
Au Moyen-âge, la licorne est souvent représentée dans les bestiaires mentionnés ci-dessus ainsi que sur des tapisseries, des blasons et armoiries. La licorne se retrouve comme animal fantastique (au même titre que le griffon et le dragon) dans l’art héraldique depuis le Moyen-âge, comme en témoignent de nombreuses armoiries (sculptées ou peintes). 

Porte extérieure du château d’Azay le Rideau.

Armoiries de la ville d’Amiens (France).

Blason de la ville de Saint-Lô (France).

C’est pendant la renaissance que la licorne connaît un véritable succès auprès des peintres, et des sculpteurs. On retrouve également de magnifiques tapisseries de l’époque ayant pour sujet cette créature fantastique de couleur blanche. La licorne connaît un regain d’intérêt comme animal fantastique d’origine antique ou encore d’attribut de la virginité et de la vertu. 
Polyptique de l’Annonciation avec la Licorne, ca 1480, polychromie sur bois.

La Licorne captive, Tapisserie la série La Chasse à la licorne, Ateliers de Bruxelles ou de Liège, ca 1500

Gravure Allemande : La Reine des Animaux, ca 1465, Femme sauvage accompagnée d’une licorne

Lady with a Unicorn, Raphaël, 1505. Huile sur bois, 65 x 51 cm. Florence, Galerie des Offices. Rome, galerie Borghese.

Giulia Farnese par Luca Longhi, 1507.

Peinture à l’huile vénitienne anonyme, vers 1510. 

Sans oublier la célèbre Dame à la Licorne, une composition magnifique de six tapisseries d’origine inconnue, tissées entre le XVe et le XVIe siècle. 

La Dame à la Licorne, extrait d’un ensemble de 6 tapisseries. Auteur inconnu.

C’est après le mouvement rationaliste des Lumières que la licorne est finalement reconnue comme animal légendaire, n’ayant pas réellement et zoologiquement existé, comme nous l’avons vu précédemment. A la fin du XIXe siècle on retrouve pourtant une certaine fascination pour son sujet au sein des arts. La licorne est alors symbole d’une nostalgie romantique pour le fantastique. Animal à la fois présenté comme légendaire et exotique, empreint de magie, de spiritualité, de mystère, d’une certaine idée de la sensualité et de l’amour. Le thème sera notamment abordé par le peintre symboliste Gustave Moreau. 

Gravure romantique d’une licorne, fin XIXe siècle.

Unicorne, Gustave Moreau, XIXe siècle.

Les Licornes, Gustave Moreau, XIXe siècle. Huile sur toile inspirée des tapisseries de la Dame à la Licorne.

Après la chasse, Louis Moe, début XXe siècle.

III~ La licorne comme sujet symbolique et ésotérique 
Tantôt redoutée par sa violence et sa férocité, tantôt idéalisée et admirée par sa rareté et sa pureté, la licorne est une créature ambivalente. Il n’est donc pas chose aisée que de tenter de lui donner un sens symbolique correspondant à toutes ses facettes. 
Symbolisme religieux de la licorne :
Pour Blaise Ollivier, auteur s’étant penché sur le sujet dans La Licorne : invention littéraire et production religieuse[18], elle représente plusieurs choses à la fois et il convient de les différencier. Le thème de la chasteté : la licorne incarnerait cette pureté et virginité comme qualités précieuses. Cette interprétation aurait, pour l’auteur, été proposée par l’Église afin de dissimuler l’érotisme et de valoriser cette quête de chasteté et de pulsions domptées, maîtrisées au sein du couple marié pour favoriser une relation chaste et tendre. Dans l’iconographie médiévale, nous pouvons donc interpréter la chasse à la licorne comme la quête de cette chasteté, la licorne (pure) étant attirée par la virginité de la jeune femme servant d’appât. Le chasseur (l’homme) désirant capturer cette pureté incarnée pour la faire sienne et rendre la belle et douce licorne captive une fois sa corne obtenue (la virginité de sa femme conquise ?). L’auteur évoque que la licorne impulsive (violente) deviendrait douce et tendre au contact de l’odeur de la vierge, rendant possible sa capture, tel que l’homme (chasseur) peut devenir tendre et doux envers son épouse si cette dernière est chaste. En revanche, l’impureté de la vierge causerait sa perte (elle serait transpercée et tuée par licorne, folle de rage = par son mari, fou de rage ?), ce qui évoque un châtiment spirituel et social terrible.[19] Je vous laisse apprécier ces images issues des bestiaires médiévaux qui, à mon sens, évoquent également la nuit de noces : à savoir qu’une fois captive, la licorne (virginité / pureté) est transpercée par une flèche (pénétration sexuelle) et saigne (hymen rompu). Telle une jeune fiancée vierge, une fois promise à son époux au moment de la nuit de noces. 

Chasses à la licorne, bestiaires médiévaux.

L’auteur propose une autre interprétation qui est celle de l’annonciation à la Vierge Marie. Interprétation religieuse qui suppose que la licorne symboliserait le Salut et que la chasse à la licorne serait la représentation de l’Archange Gabriel (le chasseur) venant annoncer à la Vierge Marie (la jeune vierge) l’immaculée conception. Selon d’autres auteurs comme Philippe de Thaün, la licorne représenterait plutôt le Christ. Dans ces images de chasse à la licorne, le Christ serait donc victime de la violence et folie des hommes qui le mettent à mort (crucifixion) et la vierge serait une allégorie de Marie, accueillant le sacrifice du Christ en son sein.[20] 

La Passion du Christ, film, 2004.

Dans toutes ces interprétations de la chasse à la licorne nous retrouvons une confrontation entre la violence, la possession et la virilité (la chasse) et la douceur, l’abandon de soi et la pureté (la licorne s’offrant).  
Symbolisme ésotérique de la licorne : 
La licorne symboliserait l’unité, la non-dualité par son ambivalence. Elle est à la fois douceur et tendresse, pureté, principe féminin et à la fois violence, puissance et férocité, principe masculin. Elle peut à la fois faire le bien : guérir tous les maux, purifier les eaux empoisonnées et souillées, et faire également le mal : tuer, transpercer de sa corne si elle est dupée, indomptable et fière. Représentant à la fois la pureté virginale féminine mais également la fécondité, par sa corne dressée, pouvant pénétrer et s’imposer comme un symbole masculin. Elle est à la fois lunaire par sa réceptivité, sa couleur blanche, son principe féminin[21], et à la fois solaire par sa puissance indomptable, triomphante et dominante. La licorne porte en elle tous ces contraires, elle est une synthèse de tous. Ce qui en fait un symbole d’unité et de transcendance spirituelle.[22] Quant à sa corne, celle-ci pourrait être à la fois symbole phallique de puissance, fièrement dressée sur sa tête et à la fois épée divine tranchant le Bien du Mal, purifiant l’eau souillée et empoisonnée, guérissant les maux. Enfin, sa corne unique vient renforcer l’idée que la licorne est un symbole d’unicité. Symboliquement, la licorne serait donc contraire au bouc à deux cornes, symbole de dualité et de l’antéchrist. Je n’aborderai pas la symbolique de la licorne dans l’Alchimie car ce serait le sujet complexe d’un article à part entière, la licorne étant importante dans ce domaine. Je citerai en revanche, très brièvement, Francesca Yvonne Caroutch, selon laquelle la licorne est un emblème favori des alchimistes car elle représenterait la transmutation alchimique.[23] 

Cerf et licorne dans une forêt, gravure du Traité de la pierre philosophale de Lambsprick. 
IV~ La licorne dans la culture populaire d’aujourd’hui 
De nos jours, la licorne connaît un regain d’intérêt de la part du public et à son évocation elle ne laisse jamais indifférent. La licorne de nos jours est vue principalement comme un animal légendaire chargé de toutes les fantaisies possibles. Son apparence physique est devenue celle d’un cheval ou d’un poney à corne gracieux, parfois ailé. Son corps est souvent représenté blanc, arborant une belle crinière de toutes les couleurs possibles et imaginables de l’arc-en-ciel (allant du blanc au violet, rose, bleu, jaune, orange, rouge, pailleté, arc-en-ciel…). Sa corne est souvent blanche mais peut aussi être très colorée voire même chargée en bijoux divers. 

Unicorn, photomanipulation par ElenaDudina.

Dessin de licorne contemporain.

Il n’est pas rare non plus de voir des photographies sur lesquelles les modèles sont volontairement transformées en « licorne-humaine ». Devenir une licorne, c’est le fantasme d’être une créature magique et merveilleuse, puissante et belle à la fois. 

The Unicorn, photographie par Cunene. 
The Last Unicorn, photographie par Isabelle Faith.

La licorne contemporaine est colorée, belle, gracieuse, et toujours magique. C’est une créature extraordinaire, dans le sens où son apparence et son rôle ne sont jamais ordinaires. Dotée de pouvoirs magiques divers, elle ne passe jamais inaperçue, il faut qu’on la remarque et qu’elle émerveille son public. Présente dans de nombreuses productions artistiques (films fantastiques, romans, photographies fantastiques, peintures, sculptures…), elle est également devenue un jouet et une créature appréciée des enfants. 

My Little Pony, dessin-animé.

My Little Pony, jouet pour enfants. 

Dans la culture populaire d’internet, la licorne a plutôt un rôle détourné visant à faire rire, se moquer (des autres ou de soi). Dépeinte comme une créature naïve et souvent niaise voire ridicule, toujours magique (à l’extrême), la licorne sur internet est l’objet de « memes » et dessins animés humoristiques. L’idée selon laquelle les licornes seraient tellement fantastiques qu’elles vomiraient des arc-en-ciel ou déféqueraient des paillettes est courante ! 

Dessin animé Charlie the Unicorn.

La génération Y (regroupant les personnes nées entre le début des années 80 et des années 90) est un public particulièrement attiré par la licorne actuellement. C’est une génération désenchantée par la réalité du monde actuel (entrée dans l’âge adulte, fin des études et angoisse du chômage, changement du mode de vie, autonomisation difficile) qui a parfois tendance à vouloir retrouver l’univers fantastique de son enfance (dessins animés, jeux vidéos, monde enfantin). Cet intérêt se retrouve dans la mode, accessoires et décoration actuels très appréciés par cette génération. 

Combinaison-pyjama licorne, ASOS.

T-shirt « Je cherche un CDI et une licorne, je vais commencer par la licorne, c’est plus réaliste »

Tutoriel de Nail-art licorne par Yoko-nailart.

Recette de meringues arc-en-ciel par l’Atelier de Roxane.

Chaussons licorne lumineux, par l’Avant-Gardiste.

Gin aux larmes de licornes, par l’Avant-Gardiste.

Pendentif Corne de Licorne par MarrieKo.

L’intérêt actuel grandissant pour l’univers fantastique et un retour à des histoires amenant le spectateur / lecteur à rêver en font un sujet populaire pour les artistes et écrivains actuels. La licorne a encore de beaux jours devant elle et auprès du public ! Finalement, la licorne serait née d’observations zoologiques d’animaux exotiques durant l’antiquité et de bestiaire du Moyen-âge, en faisant un animal composite entre la chèvre, le cheval, l’antilope, le rhinocéros, et la dent du Narval. Jusqu’à ce qu’elle devienne la belle, magique et drôle de créature colorée que nous connaissons aujourd’hui. « Alors, maintenant que nous nous sommes vues l’une l’autre, dit la Licorne, si tu crois en moi, je crois en toi » Lewis Caroll, De l’Autre Côté du Miroir.  
Sources : 
[1]-Définition « licorne »: https://fr.wiktionary.org/wiki/licorne#fr 
[2]-Jan Jonston, Historia Naturalis de Quadrupedibus, Amsterdam, 1652 
[4]-Interprétation de la Licorne de Lascaux : http://www.persee.fr/doc/bspf_0249-7638_1965_num_62_8_8874 
[5]-Ctésias, Histoire de l’Inde : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ct%C3%A9sias
[6]-Description de la Licorne par Ctésias : http://cryptozoo.pagesperso-orange.fr/fabuleux/licorne.htm 
[8]-Capture de la licorne dans le Physiologos : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bestiaire 
[9]-Guillaume Le Clerc de Normandie, Bestiaire divin (vers 1210), Chapitre 16, Unicorne cité dans Bestiaires du Moyen Âge de Gabriel Bianciotto, Paris, Stock, 1980
[10]-Corne de licorne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Corne_de_licorne [11]-Hildegarde de Bingen, Le Livre des subtilités des créatures divines, t. II, Paris, éditions Millon, janvier 1989 
[12]-Laurent Catelan, Histoire de la nature, chasse, vertus, proprietez et usage de la lycorne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Licorne#temps_modernes  
[13]-La dame à la lycorne et le chalvier au lyon : http://www.arlima.net/ad/dame_a_la_licorne.html 
[14]-Gustave Flaubert, La Tentation de Saint-Antoine, 1874. 
[16]-Les Frères Grimm, Le Vaillant Petit Tailleur, 1812. 
[18]-Blaise Ollivier, La Licorne : Invention Littéraire et Production Religieuse, 1986 : http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1986_num_61_2_2392 [19]-Interview de Michel Pastoureau, historien, Les Secrets de la Licorne, 2015 : https://www.youtube.com/watch?v=xyZl2QJo4yI 
[21]-Bruno Faidutti, Images et Connaissances de la Licorne : http://www.faidutti.com/unicorn/unicorn.htm 
[24]-Francesca Yvonne Caroutch, Le Mystère de la Licorne, à la Recherche du Sens Perdu,1997 
[25]-Génération Y illustrée par Samantha Jayne : http://www.konbini.com/fr/inspiration-2/crise-vingtaine-generation-y/

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