La sensualité trouble des images de Malika Mokadem

Malika Mokadem est mannequin et photographe. Son esthétique est très reconnaissable : du noir et blanc contrasté, des thématiques souvent sensuelles et mortifères qui rappellent le baroque et les années 1920. Même quand elle s’essaie à la couleur, le goût du détail bizarre et la lascivité du corps féminin refait immanquablement surface. Je vous laisse découvrir son univers…
 ~ Bonjour Malika, pouvez-vous nous raconter votre parcours photographique ?
J’étais mannequin pendant de nombreuses années, mon parcours a donc commencé devant l’objectif. Depuis toute petite j’ai toujours fait du théâtre, j’adore raconter des histoire et susciter des émotions. Lorsque le mannequinat est devenu frustrant et que j’ai voulu raconter mes propres histoires j’ai décidé de faire le grand saut et d’apprendre l’art de la photographie. J’apprends toujours, tous les jours, à chaque séance photo ! 
~ Vous semblez ne travailler presque exclusivement qu’en noir et blanc, pourquoi ?
J’adore le noir et blanc, l’intemporalité qu’il apporte, ce détachement du réel. La peau n’est plus rose, un arbre n’est plus vert, le ciel n’est plus bleu…les formes prennent le dessus, les lignes, l’équilibre est ailleurs, l’émotion aussi.
 ~ Vos photos ont un air agréablement suranné, quels procédés photographiques affectionnez-vous le plus lors de la réalisations de vos images ?
Je suis folle des années 1900, des cocottes, des freak show, du cabaret, des années 1920, la libération de la femme, le porte cigarette, cet élan d’après-guerre de vivre de nouveau. J’aime aussi les techniques de cette époque, les noir et blanc très contrastés, le grain un peu fort. Je travaille beaucoup en 3200 iso, que ce soit en numérique ou argentique…j’aime les bords flous, l’image qui ne s’arrête pas de manière abrupte, les encadrements ronds ou ovales. 
~ On sent l’influence de la photographe Irina Ionesco dans certains de vos travaux personnels. Est-ce une figure tutélaire de votre créativité ? Quels photographes vous inspirent ?
Irina a été ma première inspiration, j’aime ses femmes fortes, son rapport au sexe et à la mort, sa théâtralisation, son savant goût des mises en scène. J’ai la chance de la connaître et d’avoir pu la photographier ! J’aime aussi beaucoup Diane Arbus, pour son choix de personnages bizarres, et Julia Margaret Cameron pour ses références mythologiques. 
 ~ Quelles sont vos inspirations en général ?
Mon travail s’inspire beaucoup des mes lectures : Edgar Alan Poe, Anais Nin, Baudelaire… Parfois les images sortent de nulle part, un mannequin arrive et on s’amuse au gré de nos envies et émotions du moment, des accessoires trouvés au gré de mes voyages ou sur les brocantes… J’ai rarement en tête une image calculée au millimètre lorsque je travaille.
~ Certains de vos portraits et nus ont un caractère ancien et macabre, on pense aux vanités (et d’ailleurs vous y faites allusion explicitement), quel message souhaitez-vous faire passer ? Est-il le même que celui du XVIIe siècle ?
Pour moi la mort est une part intégrale de la vie, savoir que l’on est mortel nous libère de beaucoup de nos peurs, nous permet de vivre plus intensément…à chacun de remplir ce temps incertain comme il l’entend. Moi j’ai choisi de vivre pleinement : la vie, le sexe, la mort… Le temps passe, les choses disparaissent, les fleurs fanent et la beauté s’étiole…
~ Si j’ai bien compris, vous êtes également modèle. Vous sentez-vous plus à l’aise devant ou derrière l’objectif ?
Je pose encore et j’aime ça, ça me permet de me rendre compte de ce que je fais subir à mes modèles, de ne pas aller trop loin, de garder une forme de respect envers ces personnes qui me font toute confiance en me prêtant leur corps et leur image. Oui je peux parfois être mal à l’aise, mais aussi bien devant que derrière l’objectif. Photographier quelqu’un n’est jamais un acte anodin. Je compare toujours ce moment à l’amour, au désir ; c’est un moment privilégié ou les deux protagonistes sont dans un jeu de séduction, d’abandon, de confiance.
~ Il émane de la plupart de vos modèles féminins du mystère et de la sensualité. Comment choisissez-vous vos modèles ?
J’ai longtemps eu peur d’approcher des inconnues que j’avais envie de photographier, mais j’ai parfois de vrais coups de coeur dans la rue. Concernant les trois quart des filles avec qui je travaille beaucoup, j’adore ce qu’elles dégagent, l’intensité de leur regard, ce qui pour moi est le plus important ! Je ne recherche jamais la perfection, au contraire : j’aime un nez busqué, une cuisse un peu ronde, des petits « défauts » qui m’émeuvent et apportent du réel à mes compositions. J’aime les visages et les corps avec une histoire… La sensualité vient de là pour moi, et le mystère aussi.
 ~ Quels sont vos projets pour la fin d’année ?
Je n’aime plus l’idée de projet, je supporte très mal la pression. Parfois je ne touche pas mon appareil photo pendant des mois… En ce moment je m’amuse avec la couleur, et je travaille sur des images plus « modernes ». Quand à savoir si ça va me plaire… J’ai envie d’une nouvelle expo mais je n’aime pas travailler sur des séries, donc ça prend du temps. Un jour j’aimerais faire un livre, mais je voudrais écrire les textes aussi, et ça c’est une autre histoire !
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