Mon Noël chez Babouchka

Les fêtes de Noël ont quelque chose de magique, rien de surprenant lorsque l’on découvre les contes et légendes qui ont animé des réjouissances, pendant bien des époques et dans tous les pays. Je vous emmène aujourd’hui dans le Nord Est. La belle Russie foisonne de coutumes transmises par les aïeux. Toutes les grands-mères sont des babouchkas. Très respectées, elles sont d’authentiques conteuses et enseignent les leçons de la vie. Je vais vous raconter la grande histoire de l’une d’entre elles.

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Babouchka et la magie de Noël

A l’heure où les oiseaux ne chantaient plus, Babouchka rentra dans sa modeste cabane, s’enroula dans une cape de laine puis alla se réchauffer près du feu. En cette veillée de Noël, elle avait coutume de préparer la Koutia, un dessert traditionnel composé de sarrasin concassé, de girofle, de fruits secs et d’ambroisie. Cette rude journée d’hiver lui avait donnée de l’appétit. Elle remplit son samovar* de thé, de miel et d’épices et se laissa bercer par le doux parfum de son infusion quand trois hommes frappèrent à sa porte.

Le plus jeune, au visage asiatique se manifesta en premier : « Nous devons rejoindre Bethléem pour la naissance de Jésus. La nuit tombe et nous nous sommes perdus sur le chemin. Le vieillard aux cheveux blancs épuisé et tremblant poursuivit : – Et le chemin nous semble interminable. » Le troisième au teint d’ébène et au tendre sourire fit les présentations. Babouchka s’empressa de faire rentrer les pèlerins noyés sous les larmes glacées de la neige.

« La bouilloire vient de siffler, le thé est prêt. Prenez-le temps de vous réchauffer, dit la maîtresse des lieux en dressant la table. » Elle disposa sur un plateau de jolies tasses en porcelaine, un petit pot de lait, des étoiles sablées et une corbeille de mandarines, le fruit de l’hiver. Melchior, le plus ancien des voyageurs se ragaillardit prestement.

La vieille femme bienveillante lui offrit les délicieuses pâtisseries et lui demanda ce qu’il y avait de si précieux dans son baluchon, qu’il posa près de lui avec délicatesse. L’enjôleur Balthazar ne lui laissa pas le temps de répondre : « Ce sont des présents pour le nouveau-né destiné à connaître son avenir et sa fortune. S’il est médecin, il optera pour ma myrrhe*. S’il est prêtre, pour l’encens de Gaspard et s’il est roi… – Il optera pour ma monnaie que je lui présenterai, abrégea Melchior, le vieux Perse puis il sortit de la besace des gobelets d’or. – C’est un véritable festin, mais un repas sans vin est comme un jour sans soleil ! Venez goûter ma petite Dame ce vin doré et capiteux ! » Le ventre plein et le cœur en joie, les convives s’égosillaient sur de vieilles chansons paysannes. Seul Gaspard semblait tourmenté.

« Il est temps de reprendre notre odyssée. Le voyage est long et difficile. Nos manteaux séchés, l’estomac repu, nous sommeillerons tour à tour sur nos montures attachées dans votre grange. » Gaspard, attristé par ce départ inopiné, invita sa nouvelle amie à suivre l’étoile de Bethléem avec eux dans sa caravane. Mais celle-ci, s’estimant trop vieille pour s’essayer à l’aventure, refusa d’un ton ferme. Elle donna des galettes, des noix et des dattes à l’ancien puis dans un profond soupir, elle laissa s’engouffrer ces curieux visiteurs dans l’ombre de la nuit.

Glissée dans son lit, elle regrettait déjà sa décision. Ses habitudes journalières lui semblaient pesantes et ennuyeuses, et son goût pour l’expédition ne faisait que croître. Au lever du jour, bien décidée à les rejoindre, elle enfila un grand manteau de fourrure, mit des bottes et vissa sur sa tête une chapka.

Elle traversa la forêt, se perdit près d’un ruisseau et laissa couler sur ses rondes joues son grand chagrin. Leurs traces effacées par le vent, elle ne pouvait les retrouver. Le corps fatigué, elle regagna la chaleur de sa chaumière avec une folle idée. Elle sortit sa grande malle en cuir et y déposa ses effets personnels les plus chauds, quelques livres, des cartes, des biscuits et de fantastiques poupées de bois qui s’imbriquaient les unes dans les autres. Babouchka taillait ces petits jouets, tous les ans, dans du bois tendre en attendant le printemps et s’amusait à leurs donner des visages.

« Elles sont jolies mes Matriochkas mais elles envahissent le foyer, » pensa-t-elle tout fort. Décidée à offrir ces présents aux enfants sages, elle sortit sous un ciel de jade atteler son bric-à-brac à la roulotte.

Ainsi commençait, son premier grand voyage. Elle traversa la forêt et ses hauteurs vertigineuses pour admirer le soleil au zénith. Sur le chemin pierreux, elle rencontra un berger. Tous deux partagèrent gaiement le déjeuner puis elle prit la direction de la ville.

Elle frappait aux portes des maisons et filait se cacher pour savourer le meilleur moment. Moment qu’elle chipait dans des yeux innocents. Elle se grisait de voir les enfants s’extasier quand elle sentit une main sur son épaule. « Que faîtes-vous là ? » gronda un vieil homme à la longue barbe blanche et à la pelisse bleue brodée d’argent.

Peu rassurée devant ce personnage imposant, elle bafouilla quelques mots incompréhensibles. Un rire étouffé jaillit dans son dos.

« N’ayez crainte ! s’esclaffait une belle jeune femme blonde, en robe de fourrure blanche et coiffée d’un majestueux diadème. – Ce n’est que mon père, le père Gel et il n’est pas méchant ! Quant à moi, on m’appelle la fille des Neiges mais pour papa je suis Snégourotchka.

« Tranquillisée, elle leur conta son excursion : « Vous êtes une bonne âme, vous devriez nous suivre dans notre activité. Nous sommes un peu des anges de Noël ! S’esbroufait la belle. Le vieux monsieur proposa à la vieille femme de monter dans sa troïka* se restaurer. La demoiselle lui présenta une galette. Babouchka sortit de son bagage trois timbales en or. Celles que Melchior lui avait discrètement laissées sur la cheminée.

– Il faut savourer ce vin comme un jour de soleil ! déclara-t-elle.

– Venez, approchez, nous allons tirer les rois, il nous faut de l’énergie pour la nuit ! » Piaffa d’impatience Snégourotchka.

C’est ainsi que chaque année, en cette même période, les trois amis se rejoignaient sur le chemin de Saint-Pétersbourg pour distribuer des graines d’amour, semées traditionnellement à la Toussaint. Encore de nos jours, des chérubins du pays affirment avoir trouvé dans la poudreuse les empreintes des petits pas de Babouchka…

 FIN

Texte ©lillusgraphie Tous droits réservés

samovar* : bouilloire typiquement russe.

myrrhe* : résine aromatique. Composant pour préparation d’une huile d’onction sainte.

troïka * : traîneau sur patins tiré par trois chevaux.

NB : Ce texte est une interprétation personnelle des contes étudiés pour cet article et de l’Histoire religieuse de son Pays.

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La fée Babouchka : bienfaitrice et initiatrice

Ce conte populaire au thème biblique révèle la part noble du personnage. Dans un univers rassurant, Babouchka voit apparaître une issue la menant tout droit vers l’aventure. Les Rois Mages l’entraînent dans une prise de risque. Il convient d’explorer l’extérieur. Paniquée, elle se rend indisponible et abandonne ses hôtes. Cette peur de l’inconnu est une véritable épreuve. Entre regret et culpabilité, elle est sommée d’accepter ses responsabilités envers elle-même. La nature (neige/ traces disparues) ne l’aide pas à transformer la réalité. La fatalité devant elle, elle choisit de s’auto-punir par une servitude imposée.

Cet acte menant à une socialisation dépasse sa propre nature. Ses choix sont une promesse d’amour et elle en sera la première bénéficiaire.

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Les visiteurs : les origines

L’historicité des mages Balthazar, Gaspard et Melchior est incertaine. Ces personnages traditionnels, qui pourraient venir de la Grèce antique, deviennent rapidement populaires et se développent très largement dans l’Art Chrétien. Leur origine royale semble avoir été forgée par des passages de l’Ancien Testament. Les pèlerins figurent dans un épisode de l’Evangile selon Matthieu. Apprenant la naissance de Jésus et guidés par une étoile, ils font le voyage jusqu’à Bethléem pour offrir leurs présents à la richesse symbolique. L’histoire raconte que l’enfant déconcerta les trois sages en choisissant les trois présents. Le Moyen-Âge renomme ces hommes, les rois de Cologne. Leurs reliques retrouvées vers 330 à Constantinople auraient été transportées à Cologne et exposées dans le chœur de la cathédrale. L’épiphanie célèbre ces rois qui symbolisent l’Europe, l’Asie et l’Afrique.

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Le père Gèle et sa fille : entre conte populaire, légende païenne et tradition de l’église orthodoxe

La fille des Neiges est une déesse païenne issue du folklore Russe du XIXe siècle. Incarnant la fille du père Gel, que les soviétiques nomment aussi Dad Moroz, il fête l’hiver quand elle incarne le printemps. Le père Gel apparaît à Saint Saint-Pétersbourg au temps de la Belle Époque, influencé par la mode des célébrités à barbe blanche. Il est le cousin du traditionnel Saint Nicolas et celui de notre père Noel, personnage plus commercial. Les siècles ont rattaché ce conte populaire à l’histoire de Babouchka. Ce personnage est laïcisé en URSS sous le régime communiste. Il fait ses visites le 7 janvier et le premier jour de l’an.

 

Le père Gel et Snégourotchka dans la troïka

Les fêtes et les coutumes

Aujourd’hui les russes, en majorité chrétiens orthodoxes, font revivre leurs traditions religieuses bannies par le gouvernement des années 1940 à 1991 et fêtent de nouveau Noël (entre amis) le 7 janvier. Ainsi, ils suivent le calendrier grégorien qui correspond au 25 décembre dans le calendrier établie par Jules César (calendrier Julien).

La fête des Noël est marquée par le cycle des 12 jours (ou des 12 nuits selon nos voisins germains). Cette coutume ancestrale régissait une société rurale superstitieuse et très croyante. En l’absence de travaux dans les champs, les familles profitaient des fêtes saisonnières et cycliques pour se ressourcer. Les religieux pratiquants jeûnent pendant 40 jours : c’est le carême de Noël.

La forme familiale de Noël, quant à elle, date du milieu du XVIIIe siècle. C’est la bourgeoisie victorienne américaine puis française qui s’empare de la fête pour en faire une grande réunion de famille. L’idée de faire plaisir à l’enfant au sein du foyer fût exportée facilement dans d’autres pays.

Marquées par les légendes, certaines familles originaires d’Ukraine, donnent encore de nos jours, un faux air Halloween à leur sapin. Ils y accrochent des toiles, fausses araignées et cheveux d’ange en souvenir d’un folklore.

En voici le résumé : Il y a bien longtemps, vivait une famille si pauvre qu’elle n’avait rien pour décorer le sapin. Alors, les araignées de la maison tissèrent leur voile autour de l’arbre. Les rayons de soleil se reflétaient dans les fils. Ainsi, le sapin semblait couvert d’or !

Un sapin ukrainien

Au Moyen-Âge et jusqu’au XXe siècle, les familles plaçaient une énorme bûche de manière perpendiculaire dans l’âtre de la cheminée.

Les russes fêtent deux jours de l’an, le premier janvier (fête familiale autour des cadeaux) et le nouvel an orthodoxe le 13 janvier.

 

Et si on se mettait à table !

Au soir du 31 décembre, au premier carillon de minuit, les russes boivent une coupe de Champagne et se doivent de l’avoir terminée au douzième coup en faisant un vœu, une bonne habitude datant de Pouchkine !

Le jour de l’an, nous festoyons avec des Zakouski (des petits canapés) et des poissons farcis aux graines de sarrasins, suivi d’une salade Olivier. Nous aurons pour dessert un Napoléon (proche du Mille-feuilles) accompagné d’un thé noir bien parfumé.

Zakouski
Koulibiac aux galettes de sarrasin
Salade Olivier

Le 6 janvier, dans l’église orthodoxe, ce n’est pas la fève que l’on tire, mais une croix jetée par un prêtre et que l’on repêche de l’eau. Toutefois, la petite part de frangipane ne se refuse pas…

Le jour de Noël, le 7 janvier nous mangeons des pâtés farcis de riz, de champignons et d’oignons accompagnés de spécialités marinées dans le vinaigre. La maîtresse de maison sert de l’oie farcie de pommes en plat principal et nous nous désaltérerons à la vodka ! (Attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.)

Le foie malade, le soir, nous nous servirons un peu de Bortsch (soupe traditionnelle du pays composée de betteraves, petits légumes et de boulettes de viandes).

Oie rôtie aux choux rouges et pommes
Bortsch
Après le repas de Noël, on laisse sur la table un pain tressé, «le polach», entre deux chandelles allumées en mémoire des défunts de la famille.
Le polach ou brioche tressée
Le 13 janvier, nous fêtons Noël une deuxième fois.

 Après cette lecture, il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne année !

 S novim godom !!!

* * *

Sources :

Axis Encyclopédie
http://magiedenoel.free.fr/ 
https://fr.rbth.com/articles/2013/01/05/analyse_de_la_cuisine_russe_du_nouvel_an_21277
http://www.wordup-traduction.com/noel-en-russie/
http://www.costume-russe.fr/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sn%C3%A9gourotchka_ (folklore) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ded_Moroz
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rois_mages
http://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Rois-mages/Qui-etaient-les-Rois-mageshttp://autourdelamagiedenoel.e-monsite.com/pages/les-personnages/pere-gel-et-babouchka.html
http://www.notrefamille.com/evenements/la-mere-noel-la-babouchka-russe-o6366.html
https://www.contes-corse-anevert.org/les-contes-de-babouchka/http://www.lecourrierderussie.com/culture/2007/12/babouchka-cela-ne-se-traduit-pas/ Mythologie(s) n°1 D’où viennent les fêtes ?
Mythologie(s) n°5 HORS SERIE Contes Merveilleux
Mythologie(s) n°9 L’esprit des fêtes

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