J’ai parlé avec une fée : interview de Candice Angelini

La française Candice Angelini est une artiste modiste et créatrice de poupées. Autodidacte, elle nous fait rêver depuis les années 2000 avec ses fabrications artisanales d’une grande poésie et nous livre aujourd’hui quelques secrets…

 

Pièce : Mechanical Crown – modèle : Kat Rin / Photographie : Claudia Wycisk

~ Bonjour Candice, quand et par quel moyen avez-vous décidé de lancer votre activité ?

J’ai décidé de changer de voie il y a maintenant 9 ans. J’étais infirmière et totalement autodidacte sur le plan artistique. Mais ce rêve d’enfant était toujours présent. J’ai  donc décidé de me lancer. Je n’avais pas de plan précis en tête. Il y avait tout à faire : tisser mon univers, développer ma pratique et créer tout un carnet de contacts… De longues années de travail étaient devant moi. Avec du recul, c’était sans doute un peu fou ! Mais l’énergie et la volonté étaient là.

~ Pouvez-vous nous décrire votre première pièce ? Quel est son message ?

Honnêtement, ma première pièce n’avait pas de message précis à transmettre. J’ai débuté avec la création de chapeaux de prêt à porter. La démarche artistique était assez différente mais cette étape a été essentielle dans mon cheminement. Il était important dans un premier temps, de développer une technique. L’univers sur lequel je travaille maintenant est né bien plus tard.

Ma première création a été un petit chapeau d’inspiration rétro. Une pièce aperçue dans une vitrine, trop chère pour ma bourse, m’a donné l’envie d’en réaliser un dans cet esprit. Un jour où je le portais, une jeune fille l’a remarqué et a souhaité me l’acheter. L’aventure a débuté de cette façon-là.

 

Modèle : Alysha / Photographie : Claudia Wycisk

Modèle : Alysha / Photographie : Claudia Wycisk

~ Vous utilisez des matières luxueuses, comme les dentelles, perles et fleurs de tissus. Cette féminité côtoie un univers mystérieux et végétal qui libère un profil sauvage et sombre. Quelle femme se cache derrière cette poésie mélancolique ?

Une amoureuse et nostalgique du XIXe siècle. D’où l’utilisation de ces  matières anciennes, empruntes de souvenirs qui me sont indispensables pour créer.

Je compose à partir de ressentis et des émotions. Je suis très attachée à l’esthétique et aux histoires souvent sombres de cette période.

Je vis à cette époque, un peu au quotidien. Notre maison est décorée de cette façon et le plus gros de mes lectures concernent cette période. Je collectionne les poupées de cire et les photos du XIXe. Toute trouvaille de ce temps passé est pour moi un véritable trésor ! La nature aussi est un élément important. Nous vivons à la campagne et ce décor est propice à l’inspiration.

~ Vos créations sont une ode au temps. Vous explorez les arts du XIXe siècle et le chamanisme comme l’écriture d’un conte. Des lectures vous inspirent-elles ?

Oui bien sûr ! Mes lectures alimentent ces voyages : sur les arts magiques, l’intelligence émotionnelle des végétaux, les mœurs et drames d’un temps passé. Il y a tant de livres passionnants. L’aventure est sans fin !

 

Shamanic Bird / Photographie: Mothmeister
La belle au bois dormant / Modèles : Clara et Ana  – Photographie : M Ramos

~ Quelles matières aimez-vous le plus travailler ? Pourquoi ?

La structure de base de mes créations (coiffes, masques, poupées) est faite de matériaux bruts qu’il faut entièrement travailler, modeler… J’utilise le fil de fer, le papier et parfois des pâtes polymères. Il y a peu d’émotions dans cette phase du travail. Elle est technique et demande de la concentration. Ce sont mes mains qui travaillent le plus à ce moment-là. L’ajout par la suite des encres pour dessiner le visage, la création de petits costumes au moyen des tissus anciens, l’ajout  des cheveux sont probablement les phases que je préfère. Mon esprit, ma mémoire prennent  le relais, j’ai le droit de m’évader.

~ Vos étranges coiffes et masques ont laissé place à une nouvelle exploration : la poupée. Vous utilisez pour vos pièces uniques des matières anciennes et de vrais cheveux. Chinez-vous souvent dans les brocantes ?

Partir à la recherche de tissus anciens, de cheveux, de petits morceaux de passé est en effet une des étapes de mon travail. Et pour sûr, une des plus amusantes !

J’aime énormément les brocantes, les marchés aux puces et les vides greniers. Ce sont des lieux de rencontres extraordinaires. Aussi, j’ai appris beaucoup de choses au contact des brocanteurs.

 

Cendre 

~ Vos poupées à l’apparence funeste rappellent une étrange tradition victorienne née suite à l’invention du daguerréotype. Celle de prendre des photos post-mortem. Ces sculptures n’appartiennent pas à l’enfant qui sommeille en vous mais à une artiste nostalgique dont le souffle créatif émane de croyances. Est-ce ce que je me trompe ?

C’est tout à fait ça, Aurélie.

Mon travail artistique est un travail sur le souvenir. Sur de très vieux souvenirs…

J’ai l’intime conviction que cette vie n’est pas la seule que nous ayons à traverser. Nous avons probablement déjà beaucoup voyagé et ce voyage n’est sûrement pas le dernier ! Ces croyances, certaines rencontres assez magiques, et ce sentiment étrange de familiarité pour certaines périodes du passé constituent mon moteur créatif. C’est comme un grand nettoyage ! Et aussi la permission de faire revivre certains souvenirs.

 

Sido : Grande poupée entièrement réalisée main
Cheveux humains, visage de porcelaine, yeux de verre et tissus anciens.

~ Avez-vous des pièces fétiches ? Quelles sont leurs histoires ?

Je ne dois pas trop m’attacher à mes créations. Elles sont vouées à être adoptées par d’autres… Mais ce sont en général de mes poupées dont j’ai le plus de mal à me défaire. Peut-être parce que je les vois comme des petites personnes.

~  Vous collaborez avec de grands photographes. Choisissez-vous leurs univers pour parfaire la présentation ?

J’ai fait de belles rencontres artistiques. J’ai eu beaucoup de chance ! Ces collaborations sont nées de coups de cœur mais aussi d’un désir fort d’échanges et de découvertes.

Chaque collaboration, initiée par moi ou l’un de ces artistes, m’a permis d’avancer. Les mécanismes de création, les sensibilités de chacun sont si différents. On apprend beaucoup en collaborant. C’est  toujours un nouveau défi, cela rend humble et c’est très stimulant !

 

Poupée : Edorine

~ Votre poupée Edorine s’est exportée en novembre à Los Angeles à la Hive Gallery and Studio. Est-il plus facile de se révéler à l’étranger ? Avez-vous des projets d’expositions en France ?

Je pense que cela dépend vraiment du type de créations. Il y a un art institutionnel en France qui bloque certaines portes et la France a tendance à adopter ce qui a été au préalable validé à l’étranger.

Heureusement, les « Arts Outsiders » ou « Arts en marge » font peu à peu leur place grâce à des festivals d’art animés par des passionnés et grâce à des revues d’art pointues comme la revue HEY.

Les prochains expositions en France auront lieu à la Galerie Atelier de Bibi Blanchet « Le Rencart » et  au Concept Art Store « L’Hybridarium » de la Rochelle.

~ Quel est votre prochain défi ?

Mon prochain défi concerne mes poupées. J’ai depuis un certain temps envie de leur donner vie et je suis en train de travailler sur la réalisation d’automates.

~ La vie est ponctuée de désillusions et de découragement. Quel est votre leitmotiv ?

La création est un moteur extraordinaire ! Elle a le pouvoir de reléguer au second plan les soucis du quotidien. Je suis reconnaissante d’avoir cet échappatoire lors des moments difficiles.

 

Modèle : Rose / Photographie : Paulina Otylie Surys
Modèle : Lizzie Saint Septembre / Photographie : Daria Endresen

~ L’art fait appel à tous nos sens. Il s’écoute, se touche, se regarde. Parfois il se goûte et peut se sentir. Si un créateur de parfum vous propose de mettre en bouteille vos délicates inspirations, que choisirez-vous comme composants ?

J’aime les parfums capiteux et les parfums poudrés : le lys, le musc et le patchouli… Tous ces parfums forts que les courtisanes portaient.

~ Merci Candice pour ce partage d’idées, de rêves et d’histoires… (Je suis personnellement touchée par l’interview, car j’ai eu la chance de collaborer avec cette belle artiste en 2013, sur ma série photographique « Les cocottes parisiennes ».)

J’ai beaucoup apprécié de répondre à toutes ces questions. Merci au webzine Faunerie.

 

Modèle: Elise / Détail d’une photographie: L’illusgraphie / Série « Les cocottes Parisiennes »
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