« La Main de Gloire » de Richard Harris Barham : traduction et commentaire [1/4]

Quelques mots, en guise de prolégomènes :
 
Traduire de la poésie anglaise relève du casse-tête tant le système prosodique anglais diffère du français. Immanquablement, des choix ont dû être posés. D’aucuns les discuteront à bon droit ; incapable d’en prouver le bien-fondé, nous nous contenterons ici de les énumérer, de manière à éclairer le sens de notre démarche.
 
La traduction qui vous est proposée ci-dessous est une traduction littéraire, bien obligée de prendre des libertés avec le texte original. Malgré que ce dernier est rédigé en vers irréguliers, il a été décidé de le traduire en vers stricts, de manière non pas à reproduire (chose impossible en français) mais bien à interpréter son rythme, à notre sens comparable à celui d’une comptine. Bien que le mètre français choisi (l’octosyllabe) tantôt comprime, tantôt allonge le mètre anglais original, il a été décidé de ne pas pousser plus loin cette marge de manœuvre et de conserver l’exact même nombre de vers dans la traduction. Le schéma irrégulier des rimes a également été conservé, et lui a été adjointe la contrainte très française de l’alternance des rimes masculines et féminines.
 
La fidélité à l’esprit du texte a été privilégiée à sa traduction littérale. De nombreux commentaires sur les références incluses dans le texte original et sur les nuances perdues par sa traduction nous semblent utiles à faire. Afin de ne pas encombrer le poème d’appels de note, il a cependant été choisi de les lister à la suite de la traduction, par ordre chronologique et sans distinction de leur caractère exégétique ou complétif.
 
La cohérence et la sonorité globales de la traduction ont été privilégiées à la qualité individuelle des rimes, jugée du reste peu importante au regard de la dimension conteuse de l’œuvre. L’emploi particulier par l’auteur de la majuscule a, dans la mesure du possible, été transposé dans la traduction.

 

« La Main de Gloire » (titre original complet : « The Hand of Glory: The Nurse’s Story ») est un long poème inclus dans The Ingoldsby Legends (soit « Les Légendes d’Ingoldsby »), un recueil de légendes et d’histoires de fantômes publié dans la première moitié du XIXe siècle, d’abord en feuilleton, puis compilé en plusieurs volumes. Cette œuvre mixte, qui alterne le vers et la prose, tient son titre de son auteur allégué, Thomas Ingoldsby of Tappington Manor, en fait le nom de plume d’un ecclésiastique anglais dénommé Richard Harris Barham (1788-1845).

Portrait de Richard Harris Barham ; gravure par George Cruikshank (1792-1878),
l’un des illustrateurs des Légendes d’Ingoldsby.

La pseudonymie de l’ouvrage est à mettre en lien avec un rapport quasi romanesque que le révérend auteur entretenait vis-à-vis de son héritage. Richard Barham est en effet issu d’une famille se revendiquant descendante d’un pair de Guillaume le Conquérant et de Reginald Fitzurse, l’un des assassin de saint Thomas de Canterbury. Le fameux manoir de Tappington dont il s’est fait un titre est mentionné à de nombreuses reprises dans son œuvre, y compris dans le poème dont il est ici question. Il s’agit en réalité d’un bâtiment de taille somme toute modeste, nommé Tappington Wood, mais qu’il élève néanmoins au rang de capitale d’un « pays d’Ingoldsby » romanesque.

Le manoir de Tappington Wood.
Cette image est issue de la collection réunie par le site tappingtonhall.co.uk, qui propose
également un historique du lieu et une biographie détaillée de Richard Harris Barham.

Ces contes en vers demeurent toujours inédits en français, même s’il est à noter que l’écrivain belge Jean Ray (1887-1964) a publié sous son pseudonyme de John Flanders des Joyeux contes d’Ingoldsby (1992). Ces derniers, au nombre d’une septantaine, ne constituent en fait pas une traduction de l’œuvre du révérend natif de Canterbury mais une œuvre à part qu’il faut considérer comme un hommage. Malgré une continuité d’esprit, ces contes de Ray ne comportent en effet guère d’allusions directes à ceux de son aîné, et sont dès lors plutôt à rapprocher de ses Derniers Contes de Canterbury (1944), qui prolongeaient de même l’œuvre de Geoffrey Chaucer sans chercher à la faire découvrir pour elle-même au public francophone.

Dans son édition originale, « La Main de Gloire » est précédée d’un prologue en prose ayant fonction de récit enchâssant. Selon le vieux topos de l’archive retrouvée, celui-ci présente cette histoire comme un élément de biographie familiale transmis par une certaine « nourrice Botherby » (d’où le sous-titre du poème) et la met en lien avec le portrait décati d’un « oncle Stephen », dont l’auteur livre une brève description truculente…

 

Traduction :

On the lone bleak moor, Sur la lande, pas un seul bruit ;
At the midnight hour, Il fait fort sombre, il est minuit :
Beneath the Gallows Tree, À l’ombre de l’Arbre-Potence,
Hand in hand Main dans la main, joignant leurs doigts,
5 The Murderers stand Les Meurtriers tiennent séance,
By one, by two, by three ! Pendus tout seul, par deux, par trois !
And the Moon that night Et la Lune, cette nuit claire,
With a grey, cold light Dans sa grise et froide lumière,
Each baleful object tips ; Berce ces ténébreux objets ;
10 One half of her form La moitié de sa collerette
Is seen through the storm, Est vue à travers la tempête,
The other half ’s hid in Eclipse ! Mais l’autre, entière, y disparaît !
And the cold Wind howls, Et le Vent froid partout vient fondre,
And the Thunder growls, Et là-haut le Tonnerre gronde,
15 And the Lightning is broad and bright ; Et l’Éclair sans mesure luit ;
And altogether Et grâce à leur action conjointe
It ’s very bad weather, Un très très mauvais temps se pointe
And an unpleasant sort of a night ! — C’est une épouvantable nuit !
‘ Now mount who list, « Or monte qui en a l’audace,
20 And close by the wrist Qu’il tranche le poignet, le casse
Sever me quickly the Dead Man’s

fist !—

Et qu’il vole au Mort son poing flasque !
Now climb who dare — Que grimpe donc le courageux
Where he swings in air, Sur le gibet silencieux,
And pluck me five locks of the Dead

Man’s hair !

Et qu’il vole au Mort cinq cheveux ! »
.     .     .     .     .     .     .     .     .     . .     .     .     .     .     .     .     .     .     .
25 There ’s an old woman dwells upon

Tappington Moor,

Une vieille à Tappington Moor
She hath years on her back at the least

fourscore,

Porte cent ans sur son dos gourd
And some people fancy a great many

more ;

Ou plus encore — et c’est bien lourd !
Her nose it is hook’d, Son pauvre nez, il est tout croche,
Her back it is crook’d, Son vieux dos, il fait une bosse,
30 Her eyes blear and red : Ses yeux sont rouges et chassieux ;
On the top of her head Elle a mis ses rares cheveux
Is a mutch, and on that Sous un béguin dont ils rebiquent
A shocking bad hat, Et par-dessus — c’en est comique —
Extinguisher-shaped, the brim narrow

and flat !

Elle porte un chapeau conique !
35 Then,—My Gracious !—her beard !—it

would sadly perplex

D’ailleurs, plus d’un en elle a vu
A spectator at first to distinguish her

sex ;

Un gars, tant son bec est poilu ;
Nor, I’ll venture to say, without scrutiny

could be

Qui peut, sans test approfondi,
Pronounce her, off-handed, a Punch or a

Judy.

Dire si c’est Punch ou Judy ?
Did you see her, in short, that

mud-hovel within,

Vous la verriez, cette bouseuse
40 With her knees to her nose, and her nose

to her chin,

Au dos torve, à la face creuse,
Leering up with that queer,

indescribable grin,

Baladant sa lippe grincheuse,
You’d lift up your hands in amazement,

and cry,

Pour sûr, vous vous écririez : « Dam !
‘ —Well !—I never did see such a

regular Guy ! ’

J’ai jamais vu un tel Quidam ! »
And now before Et maintenant, face au battant
45 That old Woman’s door, Du gourbi qu’est son logement,
Where nought that ’s good may be, Où rien n’est fait sans malveillance,
Hand in hand Main dans la main, joignant leurs doigts,
The Murderers stand Les Meurtriers tiennent séance,
By one, by two, by three ! Pendus tout seul, par deux, par trois !
50 Oh ! ’tis a horrible sight to view, Oh ! c’est un spectacle terrible !
In that horrible hovel, that horrible crew, Ces gens dans ce taudis horrible,
By the pale blue glare of that flickering

flame,

Qui font une chose sans nom,
Doing the deed that hath never a name ! Guidés d’un cierge moribond !
’Tis awful to hear Qu’il est laid d’ouïr qu’en émanent
55 Those words of fear ! Des mots de peur ; les mots insanes
The prayer mutter’d backwards, and

said with a sneer !

D’un hymne à rebours qu’on ricane !
(Matthew Hopkins himself has assured

us that when

(« Amen », Hopkins l’a assuré,
A witch says her prayers, she begins

with “Amen.”)—

Prélude au crédo des sorciers.)
—’Tis awful to see — Qui souffrirait la vue odieuse
60 On that Old Woman’s knee De cette main morte et poisseuse
The dead, shrivell’d hand, as she clasps

it with glee !—

Qui fait le bonheur de la Gueuse ?
And now, with care, Gueuse qui, avec un soin fou,
The five locks of hair Roule à présent dans le saindoux
From the skull of the Gentleman

dangling up there,

Arraché au dos d’un Matou
65 With the grease and the fat Les cheveux cueillis sur la pomme
Of a black Tom Cat Pourrissante du Gentilhomme.
She hastens to mix, En hâte, elle a donc modelé,
And to twist into wicks, Cinq cierges pour cinq doigts dressés
And one on the thumb, and each finger

to fix.—

— C’est un sordide chandelier !
70 (For another receipt the same charm to

prepare,

(Saint Albert et Ainsworth transmettent
Consult Mr. Ainsworth and Petit

Albert.)

Dans leurs livres d’autres recettes.)
‘ Now open lock « Qu’à présent s’ouvre le verrou
To the Dead Man’s knock ! Lorsque le Mort frappe trois coups !
Fly bolt, and bar, and band !— Que volent les auberonnières !
75 Nor move, nor swerve — Et que nul ne puisse bouger
Joint, muscle, or nerve, Un muscle du bras ou du pied,
At the spell of the Dead Man’s hand ! Tant que la main du Mort éclaire !
Sleep all who sleep !—Wake all who

wake !—

Toi qui veilles et toi qui dors,
But be as the Dead for the Dead Man’s

sake ! ! ’

Figez-vous, par ordre du Mort !! »
.     .     .     .     .     .     .     .     .     . .     .     .     .     .     .     .     .     .     .

 

Notes & commentaires :

  • Références bibliographiques de l’extrait : Thomas Ingoldsby [pseud. Richard Harris Barham], The Ingoldsby Legends, or Mirth and Marvels, Oxford, éd. Oxford University Press, [1840] 1921, exemplaire de la bibliothèque de l’université de Californie à Irvine (donateur : R. Bennett Weaver), numérisé par l’Internet Archive, p. 24-26.
    La ponctuation a été reproduite au plus près de l’original ; les alinéas, de longueur variable dans le texte-source, ont été supprimés.
  • Dans sa version originale, ce poème est précédé d’un extrait bien connu de la Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel (1440-1514), qui a fonction d’exergue. Il est cité dans sa version latine originale : « Malefica quaedam auguriatrix in Anglia fuit, quam demones horribiliter extraxerunt, et imponentes super equum terribilem, per aera rapuerunt; Clamoresque terribiles (ut ferunt) per quatuor ferme miliaria audiebantur. »
    Cette anecdote, imprimée en haut du verso du folio CLXXXIX du célèbre incunable, peut être traduite de la manière suivante : « Une sorcière maléfique, qui vivait en Angleterre, mourut ; elle fut horriblement tourmentée par le démon, qui la mit sur un terrible cheval, et ils chevauchèrent à travers les airs ; et durant quatre miles complets (dit-on), une clameur terrible fut entendue. »
    Cette légende dite de la sorcière de Berkeley est également connue par le biais de Guillaume de Malmesbury (c. 1090-c. 1143), qui la rapporte dans ses Gesta Regum Anglorum. Pour plus d’informations sur les enlèvements démoniaques de sorcières, nous renvoyons le lecteur à cet article également publié dans Faunerie : « En route pour le sabbat des sorcières : en balai, à dos de bouc… à rebours, en tout cas ! »
  • Vers 33 : Le sentiment empreint dans ce vers a été déformé par la traduction. Dans le texte original, le choc transparaît plutôt que l’amusement, au travers de cette description.
  • Vers 34 : Cette histoire n’est pas illustrée dans l’édition de 1921 des Légendes d’Ingoldsby. Des sorcières y sont cependant représentées par Cruikshank, en illustration d’un autre poème intitulé « The witches’ frolic » (« La Gambade des sorcières »). Elles sont coiffées du même chapeau décrit ici : en forme d’éteignoir et doté d’un bord plat et étroit.
    George Cruikshank, ill. pour « The witches’ frolic », dans Thomas Ingoldsby [pseud. Richard Harris Barham], The Ingoldsby Legends, or Mirth and Marvels, Oxford, éd. Oxford University Press, [1840] 1921, op. cit., p. 105.

    Cruikshank en avait déjà doté sa sorcière dans une version antérieure de cette illustration, insérée dans l’édition de 1865.

    George Cruikshank, The pair through the air ride as if in a chair, ill. pour « The witches’ frolic »,
    dans Thomas Ingoldsby [pseud. Richard Harris Barham], The Ingoldsby Legends, or Mirth and Marvels, Londres, éd. Richard Bentley, 1865, exemplaire de la Bibliothèque de l’université Harvard (issu du fonds
    Amey Richmond Sheldon), numérisé par Google, en ligne sur l
    ‘Internet Archive, p. 101.
  • Après le vers 39 est insérée, dans l’édition de 1865, l’illustration suivante, signée par sir John Tenniel (1820-1914). Très fidèle au texte, elle met en scène la sorcière, qui tient contre son genou (cf. vers 60) la main tranchée du pendu et semble d’autre part confectionner la mêche en la trempant dans son chaudron. Son nez et son menton convergent l’un vers l’autre (cf. vers 40) et elle porte, par dessus un foulard (cf. vers 32), le chapeau décrit par Barham et représenté ailleurs par Cruikshank.
    On peut dès lors observer une certaine cohérence dans l’imagerie fantastique mobilisée par le poète et ses illustrateurs…

    sir John Tenniel, Her nose it is hook’d, Her back it is crook’d, ill. pour « The Nurse’s Story »,
    dans Thomas Ingoldsby [pseud. Richard Harris Barham], The Ingoldsby Legends, or Mirth and Marvels,
    Londres, éd. Richard Bentley, 1865, op. cit., p. 20.
  • Vers 38 : Référence à un spectacle de marionettes traditionnel anglais, très populaire au XVIIIe siècle et toujours représenté aujourd’hui. Il met en scène un couple : Punch et Judy. Le personnage du mari est dérivé du Pulcinella (Polichinelle) de la commedia dell’arte.
  • Vers 56 : C’est une conception commune que la messe noire sabbatique est une parodie à l’envers du rituel chrétien. En témoigne par exemple Jules Michelet qui, parmi les premiers, a formulé en théorie globale cette tendance discernable dans l’initiation et l’hommage diaboliques, dans les danses et cérémonies du sabbat, dans l’usage des poisons, etc. L’historien français a dès lors affirmé le « grand principe satanique que tout doit se faire à rebours, exactement à l’envers de ce que fait le monde sacré » (La Sorcière, Paris, éd. Calmann-Lévy, [1862] 1878, p. 127).
    Pour plus d’informations sur cette symbolique particulière, nous renvoyons le lecteur à cet article également publié dans Faunerie : « En route pour le sabbat des sorcières : en balai, à dos de bouc… à rebours, en tout cas ! »
  • Vers 57 : Matthew Hopkins (c. 1620-1647) était un célèbre chasseur de sorcières anglais. Autoproclamé « général de la recherche de sorcières » (« Witchfinder General »), il est responsable de la mise à mort d’environ trois-cent femmes, en l’espace des années 1644 à 1646, dans les comtés de Suffolk, Essex et Norfolk. Il a consigné ses méthodes dans un ouvrage intitulé The Discovery of Witches (« De la découverte des sorcières »), publié en 1647. C’est à celui-ci que fait référence ici Barham.
  • Vers 70-71 : Outre cette version du maléfice, qui mobilise une bougie pour chaque doigt de la main, il en existe une seconde où un cierge unique est glissé dans le poing tranché. Cette dernière est documentée dès la Renaissance, dans le célèbre grimoire connu sous le titre de Petit Albert car attribué erronément à Albrecht von Bollstädt, dit Saint Albert le Grand.
    Voici le passage de cette œuvre auquel fait référence Barham : « On prend la main droite ou la gauche d’un pendu exposé sur les grands chemins ; on l’enveloppe dans un morceau de drap mortuaire, dans lequel on la presse bien pour lui faire rendre le peu de sang qui pourroit être resté ; puis on la met dans un vase de terre avec du zimat, du salpêtre, du sel & du poivre long, le tout bien pulvérisé : on la laisse durant quinze jours dans ce pot ; puis l’ayant tirée on l’expose au grand soleil de la canicule, jusqu’à ce qu’elle soit devenue bien sèche ; & si le soleil ne suffit pas, on la met dans un four qui soit chauffé avec de la fougère & de la verveine ; puis l’on compose une espèce de chandelle avec de la graisse de pendu, de la cire vierge & du sisame de Laponie, & l’on se sert de cette main de gloire comme d’un chandelier, pour y tenir cette chandelle allumée ; & dans tous les lieux où l’on va avec ce funeste instrument, ceux qui y sont demeurent immobiles ; […]. » (Albert le Grand [attr.], Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du petit Albert, Lyon, éd. Héritiers de Beringos fratres, 1782, chap. 45 : « De la main de gloire dont se servent les scélérats voleurs, pour entrer dans les maisons de nuit sans empêchement », p. 116-117.)

    Ibid., p. 115.

    C’est ce modèle de Main de Gloire qu’on trouve également décrit par un contemporain de Barham : William Harrison Ainsworth (1805-1882). La recette suivante (sur laquelle l’influence du Petit albert est explicite) est intégrée sous la forme d’un poème dans son roman Rookwood, paru quelques années seulement avant les Légendes d’Ingoldsby :

« Next within their chill embrace
The dead man’s awful candle place ;
Of murderer’s fat must that candle be,
(You may scoop it beneath the road-side tree,)
Of wax, and of Lapland Sisame.
It’s wick must be twisted of hair of the dead,
By the crow and her brood on the wild waste shed.
Wherever that terrible light shall burn,
Vainly the sleeper may toss and turn,
His leaden lids shall he ne’er unclose,
So long as that magical taper glows. »


William Harrison Ainsworth, Rookwood,
Londres, éd. Richard Bentley, [1834] 1837, p. 14.

  • Vers 77 : Bien que ce vers a été traduit par une proposition temporelle, le lecteur notera qu’il constitue une proposition causale dans sa version originale. Une nuance a dès lors été perdue au cours de la traduction, et il convient de comprendre que nul ne peut bouger sous le charme de la main du Mort, et non pas simplement tant qu’elle luit.
  • Vers 78 : Cette formule est très semblable à celle prononcée par le protagoniste de Marcel Schwob (1867-1905), dans une nouvelle qui amena l’écrivain français à se pencher sur le même thème, un demi-siècle plus tard : « La fausse femme regarda autour d’elle, […] puis dénoua le sac, et en tira une main de mort sèche et flétrie. Elle y fourra une chandelle, l’alluma au feu, et passa la lumière deux ou trois fois sous mon nez, disant : “Que ceux qui dorment, dorment ; que ceux qui sont éveillés, restent éveillés.” » (Marcel Schwob, « La Main de gloire », dans L’Écho de Paris, 10e année, n° 3219, 11 mars 1893, p. 2.)
  • Vers 79 : Le commandement donné par la sorcière est que, sous l’influence de la Main de Gloire, les victimes du charme soient « comme le Mort » ; autrement dit raidies, paralysées. L’effet de ce maléfice varie en fait d’une source à l’autre : selon le Petit Albert, il force à « demeurer immobile » ; selon Ainsworth, il empêche une personne assoupie d’être réveillée ; selon Schwob également, il contraint au sommeil une personne pour chaque doigt de la main, pourvu qu’elle était déjà endormie lorsque l’instrument est allumé ; selon une réinterprétation contemporaine comme celle des romans Harry Potter, il fait « bénéficier de sa lumière seul celui qui la tient [tandis que] les autres restent dans le noir » (J. K. Rowling, Harry Potter et la Chambre des Secrets, Paris, éd. Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Junior », p. 61)…
    Nous verrons dans un prochain segment de cette traduction ce qu’implique exactement le maléfice, dans sa version mise en scène par Barham. Pour en savoir plus sur la Main de Gloire, et notamment sur ses représentations dans l’art, le lecteur est d’autre part invité à consulter cet article, également publié dans Faunerie : « En route pour le sabbat des sorcières : main de gloire et cheminée, étude d’un “mème” pré-internet »

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