Nadar, tour d’horizon de l’oeuvre d’un homme animé par les passions de son temps

Je sais que s’attacher à un sujet aussi vaste et célèbre que celui du photographe Félix Nadar est un projet ambitieux, c’est pour cela qu’à travers cet article, je cherche principalement à offrir un tour d’horizon des nombreux axes sur lesquels on peut travailler autour de ce personnage. L’illustre photographe, bien que principalement réputé pour les portraits des « grands de son siècle », a effectivement œuvré dans de nombreux domaines, allant de la politique à l’aéronautique.

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Félix Tournachon dit Nadar

Félix Tournachon, alias Nadar, vécu de 1820 à 1910, période durant laquelle l’Europe connu de nombreux changements culturels et innovations techniques. Ce phénomène, l’artiste y fut très sensible, d’autant que dès 1837 il fit le choix d’aller vivre à Paris, alors surnommée « La capitale des Arts ». En se penchant sur le travail de Nadar, c’est donc à tout le XIXe siècle que l’on s’intéresse.

Avant toute chose, il faut avoir en tête que lorsque l’on parle de Nadar, on évoque le photographe Félix Tournachon, dit Nadar. Cependant, il faut savoir que le studio de photographie avait initialement été fondé par Félix et son frère, Adrien. Celui-ci se mit son frère à dos en tentant d’ouvrir son propre studio de photographie en reprenant le nom Nadar, ce qui conduisit Félix à engager un procès contre son propre frère et qu’il gagna en 1857.
L’affaire fut ensuite reprise par le fils de Félix, Paul, qui fit perdurer la vision qu’avait Nadar de la photographie.
De plus, l’atelier eu plusieurs adresses dans Paris, les locaux variant selon la fortune de l’artiste. Le plus célèbre reste celui de la rue Saint Lazare, symbole de l’apogée de la notoriété du photographe.

Quant au surnom Nadar, il est issu de l’argot parisien, venant d’une manière d’ajouter le suffixe -dar à chaque mot. Ainsi, Félix Tournachon était surnommé Tournadar. Petite anecdote, Félix tenait tellement à ce nom que lorsqu’il s’est engagé sur le front de Pologne en 1848 avec son frère, il fit mettre son passeport au nom de Nadarsky.

On connaît principalement Nadar pour les portraits qu’il a réalisé d’écrivains et artistes de son temps. La plupart étaient ses amis, comme Charles Baudelaire, Gérard de Nerval ou plus tard Georges Sand.
Nadar était en effet un artiste, et un esthète, passionné de littérature. On retrouve ce trait jusque dans la décoration de ses ateliers, qui, selon les descriptions d’Ernest Lacan pour un article dans le Moniteur de la Photographie, semblent être des endroits emprunts de théâtralité et décorés avec goût.

Cependant, avant de devenir le célèbre portraitiste de la rue Saint-Lazare, il vécu la bohème parisienne avec son ami Murger. Il s’essaie d’abord à l’écriture, sans grand succès, puis devient caricaturiste à partir de 1846. C’est à cette occasion qu’il put mettre ses talents au service de son idéologie politique. Son père, imprimeur, était surveillé par l’empire pour ses idéaux libéraux, trait dont Félix avait hérité . Ainsi, bon nombre de ses caricatures ont été publiées dans des journaux satiriques comme le Corsaire-Satan ou La Silhouette. Certaines sont encore visible aujourd’hui dans les collections de la BNF. C’est donc en évoluant dans cet univers intellectuel que Nadar a été porté vers la photographie, étant lui-même passionné d’art et par les progrès de son temps.

Mais il y a derrière cette réputation un phénomène purement sociétal, la photographie étant née avec Vue du Fond de Gras de Nicéphore Niepce en 1826, c’est un médium neuf qui se place dans la lignée du portrait de cour. Le portrait photographique est effectivement une pratique ancrée dans les mœurs du XIXe siècle : on va se faire immortaliser avec sa famille et les clichés sont exposés dans les intérieurs, on garde la photo d’un être cher avec soi, on symbolise l’absence avec un portrait. C’est d’ailleurs à cette époque que se développent les tirages en « carte de visite ». Or, cet aspect solennel du portrait, Félix Nadar l’avait senti bien avant de se lancer dans la photographie. En 1851, alors qu’il est encore caricaturiste, il entreprend de rencontrer les grands Hommes de son temps pour faire leur portrait afin de constituer un Musées des gloires contemporaines. Projet qu’il réalisa indirectement à travers son œuvre photographique.

Si la photographie est une pratique qui se répand dans toutes les strates de la société, le travail de Nadar est lui, réservé à une élite. Élite sociale, si l’on conçoit le portrait comme un marqueur social, mais élite intellectuelle si l’on perçoit l’aspect théâtral et artistique de certaines de ses œuvres. Il y a quelque chose qui relève de la tradition du théâtre, par exemple dans la série du Pierrot. Mais aussi dans la manière de travailler du portraitiste, qui a recours à des décors et à des accessoires.

On peut donc ici distinguer un certain syncrétisme entre politique et art, reflet direct de l’éducation bourgeoise du XIXe siècle. Nadar a en effet photographié si bien des maréchaux, des princesses, que Sarah Bernhardt ou Baudelaire.

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Le lien étroit entre politique et art n’est cependant pas le seul à être illustré dans le travail de Nadar. Les sciences sont en effet également liées de manière étroite à l’art. Certes, de nombreux scientifiques sont venus se faire photographier chez Nadar, mais l’aspect le plus intéressant ici est que Nadar lui-même a mis son art au service du progrès. Il a, par exemple, aidé son ami le psychiatre Duchenne de Boulogne à la réalisation de clichés illustrant ses études. La photographie n’a donc pour Nadar pas seulement une vocation artistique, elle se fait témoin des innovation de sont temps. 

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Le « Géant »

Cet engouement pour les sciences et techniques a atteint son paroxysme chez le photographe en 1863, lorsqu’il participe au vol du ballon « Le Géant », projet qu’il a également photographié. Ce qui fait indirectement de lui le pionnier de la photographie aérienne.

Il ne faut donc pas réduire l’œuvre si riche de Nadar à son travail de portraitiste, ni à son œuvre en tant que photographe d’ailleurs. Sa jeunesse dans les milieux de la Bohème parisienne l’illustre, par exemple, parfaitement C’est un personnage intéressant dans la mesure où il porte les préoccupations intellectuelles de son temps. Celles-ci sont politiques et s’attachent au progrès technique. L’art est un domaine élitiste étroitement lié à la bourgeoisie, souvent utilisé comme moyen d’affirmation social. Nadar avait compris l’importance de la photographie et les différentes valeurs qu’on peut lui céder. Dans son œuvre, l’artiste a utilisé effectivement la photographie à des fins différentes, qu’elles soient purement artistiques, à vocation documentaire (comme pour ses clichés des catacombes de Paris ou du Géant), ou encore en tant que marqueur social, en témoignent ses célèbres portraits.

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Monsieur Duchenne de Boulogne avec un de ses patients

 

* * *

 

Sources :

Dir. CACHIN Françoise, Nadar, les années créatrices : 1854-1860, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1994

The Georges Eastman House Collection, Histoire de la Photographie de 1839 à nos jours, Koln, Taschen, 2016

Toutes les images proviennent du site Gallica.fr, le fond en ligne de la BNF.

 

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