Au pays de Valentin Perrin

Valentin Perrin est un jeune photographe parisien, traversé par l’empreinte esthétique du monde du stylisme et de la couture dont il est issu. Le rêve est sa source et sa matière première. Contrairement à ses pairs, il n’hésite pas à créer les costumes dans des mises en scène toutes aussi décadentes et poétiques les unes que les autres, faisant de l’androgynie et les contes de fées des thèmes majeurs de son travail coloré et délicat. Rencontre avec un prodige.

~ Bonjour Valentin Perrin. En quelques mots, pouvez-vous me parler de votre style ? Comment le définissez-vous ?

Ce que je tente de transmettre à travers mon travail est la notion de rêve dans le réel. Mes images sont le résultat de situations irréelles mais qui se sont réellement déroulées. Chaque mise en scène arrive avec une histoire, un scénario, mais dont je ne connais pas la fin. Ce sont des instants que je provoque avec des maquillages, artifices et décors mais dont le hasard détermine aussi ce qu’il se passera sur l’image.
La couleur d’un ciel,  la lumière d’une journée ou encore  la façon dont « mes acteurs » font vivre les personnages sont des ingrédients qui écrivent – en même temps que moi – la composition de mes photographies. La part de hasard est aussi, selon moi, ce qui fait le rêve.

~ Votre élan vers la photographie s’est développé pendant vos études de stylisme et de couture. Racontez-moi cet instant particulier où vous avez eu le déclic…

En vérité ce goût pour la photographie à commencer assez tôt. Vers l’âge de 15 ans, j’ai commencé à diriger mes amies devant « mes petits appareils jetables » dans des mises en scène en noir et blanc.
Ce goût pour l’image est resté présent durant mes études de couture mais le contexte était simplement différent, mettant l’accent sur le stylisme. Cela m’a aussi permis d’apprivoiser la couleur, qui a pris aujourd’hui une grande place dans mon travail. La photographie s’est imposée comme le moyen le plus sincère et direct de m’exprimer… Je pense surtout que je n’avais pas d’autre choix que d’extérioriser ces visions.

 

Croquis

~ Vous concevez tous les costumes pour vos shootings. Au-delà de leur immortalisation, la photographie inspire-t-elle vos créations ?

Je crée la plupart des costumes de mes shootings en effet et la photographie est la base de ces créations. Ce sont des pièces éphémères qui ne voient le jour que pour servir un instant. Le costume est souvent ce que l’on remarque en premier dans mes images, mais il n’est finalement qu’un élément qui contribue à l’histoire. C’est aussi le choix d’être libre dans mes projets, bien que l’envie de faire appel à des créateurs soit de plus en plus présente.

~ Votre communication et la définition de votre travail ainsi que de vous-même s’articulent autour de plusieurs citations provenant d’auteurs littéraires. Le surréalisme est aussi ce qui vous transporte. Pourquoi la littérature est-elle un vecteur central dans vos travaux photographiques ?

Je ne sais pas si la littérature elle-même est au centre de mon travail mais je me retrouve dans des auteurs comme Antoine de Saint-Exupéry avec le Petit Prince qui a réussi à transmettre cette idée d’imaginaire et de surréalisme. Certains verront ces histoires comme de la littérature enfantine… mais finalement quel esprit est aussi éveillé que celui d’un enfant ?
La phrase de Lewis Carroll « Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » est une clef supplémentaire sur le message que je souhaite exprimer.

 

~ Vos portraits sur commande (“At the table”) et particulièrement vos mises en scène semblent sorties tout droit d’un shooting de haute couture. Cet esthétisme satisfait-il totalement l’exploration de votre “conflit permanent (…) d’être une « grande personne” ?

Le shooting de mode est peut-être le seul aspect de la photo où les limites n’existent pas. C’est un domaine où l’on peut peut créer du fantastique sans trop se heurter aux contraintes de la logique ou du réel. En ce sens, cet esthétisme comble mes envie de grand enfant.
Pour les personnes qui m’accompagnent dans ces aventures, ainsi que pour moi-même, c’est un plongeon dans l’enfance.  En y pensant, on peut considérer cela comme un jeu. On se costume, se grime, on invente des histoires, joue des personnages et c’en devient, pour quelques instants, une issue de secours hors du monde adulte. Le but étant de procurer ce même sentiment avec ceux qui voient le résultat. J’imagine que l’on a tous un Peter Pan en nous, bien que ce monde ne permette pas toujours de lui laisser la fenêtre ouverte.

~ Quels sont vos projets pour cette année ?

Je travaille sur un projet de livre Dreamcatcher. Ce sera un recueil de photos qui reprendra l’ensemble de mon travail… Il sera, je l’espère, suivi d’une exposition. Et bien sûr je vais continuer à provoquer le rêve…

Valentin Perrin a tout d’un grand photographe. En effet, on ne peut rester indifférent à son travail. Certains diront qu’il fait de très belles photographies, d’autres diront que techniquement il n’a pas à s’en faire. Au-delà de l’aspect esthétique et technique, il y a quelque chose en lui qu’on ne peut voir au simple premier coup d’œil. Dans une lumière qui se diffuse, dans un mouvement immortalisé, dans le regard d’un modèle, on apprend à entrapercevoir ses “rêveries solitaires” cherchant ce que chacun d’entre nous fait : se trouver soi-même dans un monde qui n’a parfois aucun sens. Le rêve est une soupape dont beaucoup ignorent les bienfaits dans la vie réelle. Arriver à trouver l’équilibre entre subconscience et conscience ont permis à de grands artistes de se révéler. Valentin Perrin en fait partie.

 

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En savoir plus :

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