Le voyage éthéré d’Alexandre Deschaumes

Alexandre Deschaumes est un photographe de nature réservée et solitaire, vivant dans les Alpes. Amoureux de liberté et de voyages, il revient de chaque expédition avec des images merveilleuses, témoins des trésors de Dame Nature. Montagnes, forêts, brume, désert, tous les paysages sont des œuvres naturelles qu’Alexandre capture avec son œil particulier : poète, rêveur, influencé à la fois par les arts et la littérature. Il a publié l’année dernière son premier livre, Le Voyage Éthéré, recueil de ses plus beaux clichés, une invitation visuelle qui commence dans l’ombre et finit dans la lumière… Je vous laisse avec ses mots, avant qu’il ne reparte cet été en Islande.

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~ Bonjour Alexandre ! Question certes redondante, mais nous aimerions savoir : d’où est venue cette passion pour la photographie de paysages ?

Bonjour, je ne sais pas exactement moi même. Depuis très jeune je suis tourné vers l’imaginaire et les mondes parallèles. J’ai fait ensuite beaucoup de musique (essentiellement composition, improvisation), et puis plus tard, vers 20 ans, j’ai commencé à voir que le monde réel offrait certains lieux proches de ceux imaginés. J’ai commencé par les forêts brumeuses, puis les montagnes charismatiques comme des immenses cathédrales obscures.

~ On aperçoit ici et là du portrait, souvent à caractère onirique. Pourquoi ce peu d’intérêt pour la photographie « humaine » ?

Ce que je tente de capturer avec mes portraits est relativement lié aux paysages : dans l’un comme dans l’autre il est question d’émotion, de magie et d’évocation. Seulement je n’y arrive jamais vraiment comme j’aimerais, il manque toujours un peu cette sensation de vrai et de vivant…
Le problème pour moi avec la photographie « humaine » c’est mon rapport à l’humain justement. J’aurai souvent quelques barrières qui m’empêcheront d’être plus proche de la source, la difficulté et exigence que l’on doit imposer à l’autre (souvent je stopperai plus vite par peur de gêner ), le jeu de charme sous-jacent, la pression d’un résultat, ma sociabilité pas très évidente… Je peux y arriver parfois, si je suis assez à l’aise, et inspiré avec une personne. J’aimerais le faire davantage mais c’est plus dur pour moi.

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~ Tes photographies sont toujours très somptueuses, on sent l’immensité de la nature face à l’homme. Est-ce une notion que tu souhaites transmettre ? Quelles émotions ressens-tu face à ces images ?

J’aime transmettre la sensation de démesure au sens général, mais liée à une forme de mystère partiellement inquiétant. Même si j’adore analyser, le mieux reste lorsque je ne comprends plus très bien l’émotion que ça me procure, et que ça me projette dans une dimension qui ouvre une nouvelle brèche étrange et inconnue. De là naît une fascination -et donc aussi une énergie- qu’il me faut conserver.
Il est aussi question d’une forme de romantisme, de mélancolie errante, parfois justement très intimiste.

~ Tu as publié un livre, « Voyage éthéré » -d’ailleurs magnifique, retraçant plus de 15 ans de photographie. Quelle impression cela te fait ? Est-ce un sentiment de devoir accompli ? Une page qui se tourne ?

Le livre est à la fois agréable et frustrant. Il y a trop à mettre dedans et trop de choix avec compromis qui diminuent la potentielle ampleur. C’est donc encore un peu confus malgré la trame qui fonctionne tout de même . Il y a plein de sous thèmes que je pourrais exploiter, mieux plutôt dans d’autres ouvrages, qui seront alimentés par la suite de cette quête.
Il est vrai que c’est une drôle de sensation après le livre : comment enchaîner , comment poursuivre encore plus loin la quête ? A chaque fois encore, ce sont de nouvelles barrières qui semblent impossibles à franchir .

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~ Peut-on dire que ce livre est en quelque sorte complémentaire à la Quête d’inspiration, film réalisé par et avec Mathieu Le Lay ?

Il vient en effet en bon complément, car également construit de la même façon (on commence dans une bulle chaotique sombre et intimiste, et on finit dans le blanc abstrait).
Cela dit, entre 2011 et 2016 , beaucoup de choses ont évolué dans mon regard, et donc mes images. Le livre vient quelques années après, mais beaucoup plus abouti que les quelques images que je montre dans le film.

~ Derrière l’empreinte réelle de cette quête, à travers tes voyages et les images qui en découlent, peut-on affirmer qu’il s’agit d’une quête spirituelle, philosophique ? Quelle est ta vision de tout cela ?

Tout est effectivement lié et c’est ce qui la rend aussi complexe, on remarque d’ailleurs que je suis toujours à moitié noyé dedans. Pour moi il n’y a pas de dissociation entre professionnel ou personnel, ça ne fait qu’un et tout est relié et dirigé dans cette sorte de quête d’absolu. « L’art » que l’on produit est intimement lié à tout ce que l’on vit dans notre vie réelle. Et ça ne doit faire qu’un pour être authentique, selon moi.
Je suis un peu perdu dans certains dilemmes que je ne résous pas. Cette sensibilité est à la fois une bénédiction et une malédiction. Les grandes lignes de mes fascinations et de ma sensibilité semblent liées à des zones également douloureuses, qui m’élèvent mais m’isolent et me rongent aussi énormément. Comme si elles m’empêchaient d’accéder à une sorte de sérénité ou une forme « normale » d’avancée de la vie, et ça détruit tout. De même qu’il faut du temps et de l’espace personnel, c’est en quelque sorte comme être « dévoué » et on imagine facilement les contreparties inhérentes (on ne peut pas tout faire ou tout avoir)…
Je m’intéresse parallèlement depuis déjà pas mal de temps au rapport à la spiritualité (au sens large, pas religieux), la psychologie, la philosophie et la sociologie. Mon cerveau a encore du mal à faire les liaisons, il reste beaucoup de chemin.
Sans parler du fait que je ne suis pas un réel aventurier, dans le sens où de nombreuses angoisses freinent mes voyages, et que j’aime autant rester chez moi que partir… L’évolution de mes images est calquée sur mon propre cheminement émotionnel. Mon rapport aux peurs, à l’amour et mes tentatives d’élévation, sans perdre une certaine fascination des ténèbres. Je cherche juste un équilibre en évitant si possible qu’il ne soit par la même occasion… affadi.

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~ En plus d’être photographe, tu proposes également des stages en montagne et des voyages à des photographes amateurs désireux de s’améliorer. Quel conseils donnes-tu le plus ?

De s’accorder beaucoup d’espace disponible pour eux même (et c’est toujours évidemment au détriment d’un autre confort…).

~ Quelles sont les premières impressions des voyageurs qui t’accompagnent dans ces grandes échappées ?

Bien souvent ils diront que c’est très beau et impressionnant, qu’ils se retrouvent eux-même et ne veulent plus retourner dans leur vie normale.

~ Un sentiment de liberté intense se dégage de tes œuvres, loin des hommes, au plus près de la nature. Est-ce pour cela que tu voyages, en plus d’admirer le paysage ?

J’aime assez cette sensation de connexion dans la nature, retour à une forme de liberté plus spontanée, instinctive. On est théoriquement aussi plus proche de notre vrai intérieur, sans les masques d’adaptation avec les gens, bien que j’essaie de ne plus en avoir non plus avec les gens.
Ensuite il y a parfois l’inconfort ou l’insécurité, que je semble vivre de plus en plus mal. Ça n’est pas un soucis, ça peut même devenir une force si je suis suffisamment inspiré, mais dans le cas inverse, je suis mieux chez moi.

~ On sent également une certaine nostalgie et un besoin de retourner aux « racines », d’où ma question : que penses-tu de l’état du monde actuel ?

Tout est bien comme il est et à sa bonne place. (Il suffit juste de fuir…)

~ J’aurais encore plein de questions à poser, mais je vais m’arrêter sur celle-ci : des projets pour 2017 ?

Moisissure – Macération.
Plus sérieusement, je pense explorer de nouveaux horizons pour voir ce que ça me procure et ce qu’il en ressortira, peut être en images .

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Prochaines expositions 2017 :

– 26-28 mars :  festival Curieux Voyageurs / Saint-Etienne / France, avec projection du film.
– 7-8-9 avril : invité d’honneur au festival Lycée photo nature / Bourg en Bresse / France.
– Août à confirmer : Galerie La Hotte / Les Diablerets / Suisse.

Stages photos :

Août : Dolomites
Septembre : Islande, intérieur des terres
+ stages privés à la demande

 

* * *

 

En savoir plus :

Site
Trailer La Quête d’Inspiration de Mathieu Le Lay et Alexandre Deschaumes
Vous procurer le livre : Le Voyage Éthéré

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Une réflexion sur “Le voyage éthéré d’Alexandre Deschaumes

  1. Alexandre Deschaumes est incontestablement un grand photographe de paysages. Ses images ont un réel impact émotionnel en plus d’être somptueuses. Les jeux d’ombre et de lumière, les nuages, les montagnes… Tout cela crée une atmosphère.

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