Lizzie Saint Septembre : une artiste à croquer

Lizzie Saint Septembre est une artiste parisienne. Modèle fascinante, elle prend la pose et imagine avec les photographes des histoires dans un monde spectral sur fond de romantisme noir. Aussi, cette belle aux traits préraphaélites est l’auteure d’un recueil de photographies : Le livre des morts, publié aux éditions Ragage. Elle traduit par ses images une tradition du XIXe siècle. Celle d’immortaliser les défunts, époque où la mortalité infantile était importante. Lizzie expose sa sensibilité dans divers arts avec une singularité qui lui est propre. Chocolatière de profession, elle nous emmène dans un gourmet voyage et répond à nos questions.

pièce : Coeur de Chocolat – photo : Aurélie R. – modèle : Lauréline M.

~ Bonjour Lizzie, vos créations chocolatées sont souvent chargées de symboliques, d’ironie et de subtilités. On peut y interpréter des jeux de mots. Le message est-il aussi important que l’harmonie des saveurs ?

Bonjour Faunerie, ravie de vous retrouver pour parler chocolat ! Le plus important à mes yeux, est l’idée ainsi que la réalisation. La création, tout simplement. C’est souvent de l’humour « chocolat noir », avec l’idée de manger quelque chose de répugnant, mais d’indéniablement délicieux, comme le cœur humain, les oreilles ou les dents. Ludique, esthétique, insolite, il nous permet de voyager dans les contes sombres de l’enfance à bord d’un manège qui fondrait au soleil.
Il ne faut jamais hésiter à le manger, même si vous le trouvez joli sur votre cheminée, n’oubliez pas qu’il est fait pour être croqué. Personnellement, je photographie mes créations pour en garder le souvenir afin de m’épargner d’éventuels remords.

Avoir une dent
Œil pour œil, dent pour dent.
La clé de la liberté

~ Le chocolat est complexe à travailler. Il doit être esthétique, bon et surprenant en bouche. Votre personnalité et vos prédispositions artistiques vous ont préparé à ce métier. Était-ce une évidence ?

C’est bien ce qui m’a mené à ce métier, qui est un bon compromis pour gagner sa vie, tout en s’exprimant artistiquement. Les créations en chocolat m’offrent d’infinies possibilités et ont l’avantage d’être rares de par leur complexité et la méticulosité qu’elles nécessitent. Je ne peux néanmoins me retenir de toucher à toute forme d’expression artistique et ne saurais me contenter exclusivement du chocolat.

Miroir, oh mon beau miroir, qui est la plus gourmande ?

~ Techniquement, travaillez-vous l’accord des arômes, du parfum avant la recherche de moulages, ou est-ce que ce sont les émotions de la création des pièces qui en inspirent le secret des préparations et le choix des ingrédients ?

Je suis spécialisée dans les moulages, qui contrairement à ce que nous appelons les bonbons de chocolats (pralinés, ganaches, pâtes d’amande et cie enrobés que l’on trouve dans les ballotins), ne comportent que trois sortes de chocolat : au lait, noir, ou blanc, avec différents pourcentages de cacao et provenances. Les matières premières utilisées sont toujours de la plus haute qualité. Finalement, tout cela se rapproche plus du métier de sculpteur que de chocolatier, sauf que les sculptures sont agréablement comestibles.

A l’œuvre, atelier Yves Pirès

~ Votre goût pour les allégories et la poésie a grand succès au sein de l’élégante chocolaterie, Maison Chaudun. Réalisez-vous des pièces en indépendante ?

C’est au sein de cette maison que j’ai appris toutes les techniques et astuces pour réaliser ces moulages si particuliers. J’y suis entrée en septembre 2008, et depuis peu certaines de mes créations personnelles y sont en vente, parmi une multitude d’autres délices, nougats, pâtes de fruits, caramels, bonbons de chocolat etc, réalisés par la talentueuse chocolatière Alexia Santini, qui succède depuis cette année le fondateur de la Maison.
Je suis pour ma part chargée principalement de la confection des moulages, exposés dans un cabinet de curiosité unique en son genre, situé dans l’arrière-boutique. On y trouve des masques africains ou de Star Wars, en passant par les chevaux et autres animaux, les voitures et même les saucissons, il y en a pour tous les goûts !

Site Maison Chaudun

~ Il n’est pas rare de comparer le travail d’un chocolatier à celui d’un alchimiste. Son audace règne dans le secret de la composition et dans la faculté à en créer une pièce d’orfèvrerie. Cet attrait pour cette science rappelle les incantations et autres diableries.  Une inspiration que l’on retrouve dans la palette de vos créations. Votre originalité vous a-t-elle parfois paralysé dans la fabrication de chocolats à élaborer avec plus de simplicité ?

J’aime beaucoup l’idée de comparer ce travail à de la sorcellerie, c’est d’ailleurs par le dessin d’une petite sorcière qu’est représentée «Lizzie Saint Septembre – Chocolat». Tout y est… La table de ouija pour appeler les esprits en chocolat, et le chaudron pour concocter des préparations agrémentées de magie blanche, noire ou au lait… Le chocolat est une matière qu’il faut maîtriser parfaitement si vous souhaitez le changer en or. À la moindre contrariété, il risque de se braquer et vous n’obtiendrez plus rien de bon venant de lui.
Chaque année au moment des fêtes de Pâques, la Maison Chaudun propose des œufs luxueux inspirés de Fabergé. De réels bijoux que je suis heureuse de pouvoir réinventer à mon idée.
Je ne rencontre toutefois aucun inconvénient dans la réalisation de simples sucettes cœurs ou tours Eiffel, qui feront plaisir aux voyageurs de passage.

Maison Chaudun – Oeufs  inspirés de Fabergé
Table de Ouija

~ Une grande partie de votre production culinaire dessine un univers mélancolique, d’étrangetés et de vanités. Est-ce le fil rouge de toutes vos réalisations ? Quel est votre rapport avec la mort ?

C’est tout simplement mon univers, ce qui me plaît ou me vient naturellement à l’esprit. La mort est un vaste et fantastique sujet qui inspire depuis toujours. Son mystère laisse aux imaginations débordantes la liberté d’inventer à l’infini. Memento Mori est un thème chargé de poésie et de mélancolie, qui n’est pas réservé au 31 octobre.

Vanités

~ Diplômée également de pâtisserie, cette activité culinaire est-elle complémentaire au domaine de  chocolatier-confiseur ?

Je reconnais qu’il y avait très peu de probabilités pour que ce soit le cas, mais je suis une des rares chocolatières à ne pas avoir suivi le cursus classique. Je n’ai aucune formation en pâtisserie car à mes yeux ce sont deux métiers parfaitement dissociables.
Aujourd’hui, le passage par la pâtisserie pour accéder au Saint Graal qu’est le chocolat n’est plus obligatoire.
Je pâtisse tout de même régulièrement à la maison. Je fais galettes des rois, tartes au citron meringuées ou encore les Mendl’s inspirés directement du film The Grand Budapest Hôtel, juste pour mon plaisir et celui de mes proches.

Passage du film The Grand Budapest Hotel.
Douceurs de Lizzie

~ Vos photos sont troublantes de sensualité, comme le caractère agréable du chocolat. Cette matière à modeler avec précaution a des allures de séduction. Si on vous le proposait, aimeriez-vous  allier les deux dans une performance, comme du « Chocolate body paint »?

Ayant été modèle pendant près de dix ans, je me suis vue régulièrement proposer des projets de photos avec du chocolat fondu ou autre fantaisie, mais ça ne m’a jamais vraiment intéressé. Même si mon univers est constant, je ne voudrais pas tout mélanger au risque de me retrouver réduite à mon métier premier.
Mais le chocolat est bel et bien séducteur !

photographe : Eric Keller

~ La gourmandise est un des péchés capitaux. Est-il facile de résister à la tentation ?

Impossible. Tant que vous parvenez à résister au premier tout va bien, mais si vous commencez, vous ne vous arrêtez plus, et c’est tant mieux car le chocolat rend heureux.

Mater Dolorosa

~ Vous transformez le chocolat en bonbons, ganaches, pralinés, tablettes pour nos papilles délicates mais vous, vous l’aimez comment le chocolat ?

Tout dépend de mon humeur du moment, de la journée, des périodes de l’année, mais je l’aime sous toutes ses formes. Je ne me lasse pas des spécialités de Noël ou des œufs de Pâques, que ce soit pour créer ou déguster, la magie ne s’estompe jamais.

Les coffres ont des oreilles
Avoir les crocs

~ Grâce à vos multiples talents, vous semblez vous épanouir dans le rôle d’ambassadrice. Est-ce possible d’assister à une démonstration ou de prendre des cours ?

Je réalise ma toute première Masterclass le samedi 8 avril prochain au sein de la Maison Chaudun avec OpnKitchen. (Cliquez sur ce lien pour plus d’infos.)

~ Merci Lizzie pour cet échange savoureux et votre gentillesse.

Merci à vous, et à tous vos lecteurs.

Le livre des morts

 

* * *

 

En savoir plus :

Site de Lizzie
Page Facebook Lizzie Saint Septembre – Chocolats

Maison Chaudun
Page Facebook Maison Chaudun

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