Etudes sur la mort du Comte Eric Stenbock

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Titre : Etudes sur la mort
Illustrations : Florence Bongni
Date de parution : 2011
Editeur : Le Visage Vert

Le comte Eric Stenbock ne connut jamais le succès et sa vie fut triste et brève. C’est d’emblée ce que nous assène la préface de son unique recueil de courtes nouvelles fantastiques.
Eric StenbockDissipé, alcoolique, excentrique, cet aristocrate décadent et homosexuel semble tout droit sorti d’un roman d’Oscar Wilde. Également auteur de livres de poésie qui n’eurent pas plus de succès que ses nouvelles, sa vie reste mystérieuse et mal renseignée, émaillée d’anecdotes étranges comme cette histoire de mannequin à taille humaine qui l’aurait accompagné partout.
Assurément un drôle d’artiste anglais qui paya ses excès et sa mélancolie de sa vie puisqu’il s’éteignit à 35 ans. Il aurait mérité une place dans l’article « L’absinthe et les poètes maudits », mais il était exclusivement porté sur le champagne et les opiacés.

Le lecteur doit se satisfaire de ces huit nouvelles qui tiennent autant du récit, du conte et du poème en prose, tant la sensibilité et la mélancolie habitent ces pages désabusées et poétiques. On est immédiatement séduit par la délicatesse du style que l’on doit aussi à une belle traduction d’Olivier Naudin (la première en Français depuis la parution du recueil en 1894).  Ensuite, c’est l’art de la chute qui surprend : les premiers textes sont à ce titre fascinants puisque le dénouement intervient dans la dernière ou l’avant dernière phrase. Stenbock maintient parfois le suspense et le ressort de ses brèves intrigues avec une efficacité absolue jusqu’à l’orée du point final.

Les thèmes sont originaux mais c’est celui de la mort qui préside (le recueil porte bien son nom !). Comme chez Shakespeare, on meurt beaucoup par ici !
Une infortune romantique frappe la plupart de ses personnages au terme de péripéties énigmatiques dans lesquelles le fantastique affleure avec finesse. Qu’il s’agisse d’un peintre préraphaélite doté du don de prémonition, d’un homme narcissique puni par le destin, d’une famille endeuillée par une viole d’amour magique ou par un vampire atypique, chaque récit est nimbé d’un mystère original et dissipé adroitement dans les dernières lignes.

Deux nouvelles sont très marquantes : « L’œuf de l’albatros » et « L’autre coté ».
La première raconte l’histoire d’une petite fille vivant seule dans un phare. Enfant sauvage et solitaire en communion avec la nature, elle héberge un albatros dont elle protège les œufs et vend des coquillages pour subsister. L’histoire est à la fois déchirante et tragique puisque la collision entre le monde et la petite fille marginale finira par lui être extrêmement néfaste. La dernière scène est d’une beauté marine irrésistible.
Le fantastique est discret et troublant, exprimant avec grâce l’inconfort que ressentait peut-être un personnage inadapté et triste comme Stenbock pour s’insérer dans la société.
La seconde nouvelle, « L’autre côté » est un récit fantasmagorique, situé entre rêve et réalité, illustré par des scènes colorées qui saisissent l’imaginaire. L’autre côté, c’est la rive opposée et inconnue par-delà une rivière que nul, dans un village non identifié, ne franchit jamais. Gabriel, pourtant, s’y aventurera pour y découvrir de jour comme de nuit, des scènes et des paysages extraordinaires dans lesquels des loups, des hommes-loups, des loups-hommes (il y a bel et bien une différence) et des femmes-loup participent à des rituels presque initiatiques. Gabriel, en franchissant ce que nul n’a jamais franchi, ira de découvertes en illuminations et subira une transformation importante.
Il y a dans cette nouvelle comme dans les autres un appel impérieux de la nature ; c’est, chez Stenbock, le creuset de la métamorphose. Elle confère élévation, révélation ou fatalité et modifie l’individu de manière définitive. L’élément sylvestre ou aquatique n’est pas le seul à changer la vie des personnages en profondeur, il y a aussi l’amour et l’amitié qui ne sont jamais légers ou anodins, et participent activement à la transfiguration du destin.

Ces « Études sur la mort » sont restées longtemps secrètes et ignorées. On y découvre le tempérament d’un auteur sensible qui sut conjuguer le fantastique, l’art de la chute et la mélancolie avec une grande subtilité.
Pour l’anecdote et parce qu’un pont existe entre la littérature et la musique, il est important de signaler que le groupe anglais Current 93 a dédié un album entier à la courte œuvre de Stenbock dans leur album ambient « Faust ».


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