Louis Treserras, la pureté dans la peinture


Louis Treserras est un peintre et photographe ardéchois, qui expose dans diverses galeries françaises. Depuis plus de trente ans il peint des femmes, des enfants, et parfois des hommes, à la recherche de leur pureté, de leur fragilité, qu’il offre au et contre le monde, submergé par les artifices. Louis s’adonne également à la photographie, d’abord un moyen pour lui de peindre ses modèles sans les faire poser pendant des heures, qui est aussi devenu une fin puisque ses photographies, retravaillées comme des peintures, sont des œuvres à part entière. Je vous propose son interview, à découvrir ci-dessous.

lauralouàlafenêtre
Lauralou à la fenêtre, modèle : Lauralou.

~ Bonjour Louis ! Vous êtes reconnu pour vos peintures et vos photographies, quelle passion s’est imposée en premier, et pourquoi ?

La peinture avant tout, plus exactement le dessin. Je dessine depuis toujours, bien avant que je sois en âge de manipuler un appareil photo, même si j’étais déjà intrigué par le Kodak de mon père, sans avoir la moindre idée de ce que plus tard j’en ferai.

~ La photographie complète l’activité de peintre, mais quelles sont les spécificités que vous préférez chez ces deux activités ?

La lenteur dans la peinture, et la rapidité dans la photo.
J’aime ces longues heures silencieuses ou musicales, ces journées entières passées le pinceau à la main, le soin apporté aux détails, et cette liberté de cheminer, de découvrir pas à pas ce qui est en train de naître sur la toile, et de le transformer selon mes désirs. C’est là le privilège de la peinture.
A contrario, c’est la rapidité, l’instinctif qui me fascine en photo. Peu de place pour la réflexion lorsque le modèle est là devant vous, c’est la vie qui coule, comme un ruisseau. Ce qui se passe à ce moment précis ne sera plus jamais, à nous de le saisir du mieux possible, rarement de façon parfaite, mais le post-traitement est là pour corriger ces petites imperfections justement.
En peinture on est maître de tout, le contrôle est total et cela me convient ; en photo, je suis parfois exaspéré par le côté technique brut (le matériel), et cela me contrarie.

~ Vos peintures, comme photographies, ont un aspect très doux, et comme vieilli par le temps. Comment définissez-vous votre patte artistique ?

La mélancolie… Elle est un puissant moteur créatif. Elle est l’état d’être qui dévoile le sublime en même temps que l’inaccessible en chaque chose. Elle se cache derrière les apparences flatteuses et la malheureuse certitude de l’imperfection du monde et de la vanité de chacun de nos actes.

~ On peut apercevoir plusieurs séries sur votre site : des portraits (dont les Libellules) et des nus principalement, mais aussi des très grands formats, dont Le Chemin. Y’a-t-il une histoire derrière chacune de vos séries ? D’où vous est venue cette idée du Chemin ? Il y a quelque chose de très biblique…

Je fonctionne surtout par période. Incapable de réaliser quoi que ce soit si je ne suis pas porté par un désir fort, sincère et passionnel. J’entretiens cet état le plus longtemps possible, ce qui me permet de travailler par séries, en fait plusieurs tentatives plus ou moins concluantes pour réaliser « l’œuvre » qui cernera au mieux l’émotion qui m’habite. L’une de ces toiles sera à mon avis l’aboutissement, le point final, les autres étant le cheminement, la série de portes ouvertes une à une, le voyage.
J’aime travailler sur de grands formats, peindre des personnages proches du grandeur nature. Pourtant, la toile Le Chemin est une réalisation très à part dans mon travail de peintre. Elle découle de mon effroi, de la nausée que provoque en moi la façon scandaleuse et pitoyable avec laquelle nous accueillons en France les réfugies fuyant la peur, la souffrance, la mort… Je suis moi-même issu de l’immigration, ma famille ayant fui la guerre d’Espagne et Franco.
Les références bibliques sont constituantes de mon univers. J’ai depuis toujours été fasciné par les icônes religieuses même si je ne suis pas croyant, étant foncièrement rebuté par le côté dogmatique des religions.
Cette toile aux dimensions assez exceptionnelles fut aussi pour moi une façon de « poser » mon travail, non pas l’aboutissement d’une « carrière », mais d’une période, d’une recherche très certainement. J’oriente depuis mon travail vers une autre forme, que j’aurais encore du mal à définir, mais qui prend vie jour après jour.

lechemin
Le Chemin. (cliquez pour agrandir)

~ Deux de vos derniers portraits ont un côté très spirituel : Le centre du monde, une madone tenant sa jeune fille, et Mission, une jeune femme entourée de colombes. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

C’est là-même le côté iconographique de mes travaux : l’universalité du message religieux m’interpelle, aussi bien la sérénité, la plénitude d’une vierge à l’enfant par exemple. Ces visages doux et harmonieux, impassibles, détachés me procurent une sorte de paix intérieure, moi qui suis constamment en train de galoper en tous sens… La rigueur, la frontalité des représentations iconographiques ont le don d’apaiser mes ardeurs et mes gesticulations.

~ Vos modèles ont un aspect très pur, juvénile, qu’est-ce qui vous attire autant dans ces traits physiques ? Vous faites d’ailleurs poser de toutes jeunes filles, pourquoi cette fascination pour l’enfance ? Fascination qu’on retrouve également dans la mise en scène de nombreuses photographies réalisées avec des femmes.

On retrouve là la part mélancolique et nostalgique de mon univers, après le côté spirituel dont je viens de parler. L’enfance et l’adolescence, dans cette vision certes idéalisée, romantique à souhait, représentent une idée de la pureté, un monde naissant vierge de toutes souillures, innocent et merveilleux. Les regards sont limpides, sereins, abandonnés, confiants. Ils sont les ponts permettant un retour en arrière vers ce que nous fûmes un temps, avant de se laisser emporter par les courants sociaux, détruisant en nous cette innocence et cette joie instantanée du moment présent, comme cette faculté innée à se téléporter dans le monde des rêves doucereux et fantastiques.

lecentredumonde
Le centre du monde, modèles : Elise et Ambre.
Mission, modèle : Marie.

~ Vous avez plusieurs muses, des modèles que vous photographiez et peignez régulièrement depuis plusieurs années. Le concept de la muse était très en vogue au XIXe siècle, vous définiriez-vous comme un héritier des idéaux artistiques de cette époque ?

Oui, absolument. Mes muses sont les véritables moteurs de mon désir de peindre. C’est parce que leur beauté me fascine que je cherche en quelque sorte à en saisir l’essence. C’est un but sans fin, et cela me convient tout à fait. J’espère qu’elles garderont à jamais le mystère de leur beauté. Certaines, comme Élise ou Marie, posent pour moi depuis des années : 11 ans et 6 ans respectivement.
J’aime ce travail dans la durée. Il y a les modèles d’un jour et les muses de toujours. Ce que je souhaite exprimer en peinture ou en photo, je peux le trouver dans le regard de « mes filles ». C’est parce qu’elles me renvoient ces images que je les aime. Je me reconnais en elles, ou plus exactement, elles sont une partie de moi, et le temps que je passe à les peindre est comme une introspection salvatrice et apaisante.

~ En parlant de XIXe siècle, on sent une inspiration symboliste et préraphaélite dans vos peintures : l’utilisation de couleurs douces, la mise en valeur de belles femmes rousses, etc. Quelles sont vos inspirations picturales ? Y a-t-il des peintres que vous admirez ?

Oui bien sûr… J’aime la peinture académique, la peinture victorienne, préraphaélite, comme la peinture flamande. J’aime le travail bien fait, l’amour du détail, la recherche de la profondeur, de la vérité d’une peau par exemple avec ses milliers de nuances. De manière générale, je suis surtout attiré par les peintres ou les photographes qui traitent l’humain. J’ai besoin de sentir cette dimension pour véritablement être touché profondément par une œuvre d’art. Plus intellectuellement, je peux apprécier beaucoup de choses, mais pas avec la même force.

~ Vous vivez avec votre compagne Berit, qui est sculptrice. Est-ce que cela favorise un esprit d’émulation d’être un couple d’artistes ?

Et plus… Oui, vivre avec une artiste est quelque chose de très stimulant. Surtout, nous avons tous deux la même passion pour la représentation du corps, et toutes les subtilités que cela entraîne dans l’expression, la gestuelle, le mouvement, etc. Nous échangeons beaucoup, avançons ensemble, côte à côte même si nos mondes diffèrent. Pour moi l’adolescence, pour elle l’enfance. Elle puise dans ses souvenirs, son vécu ; je puise dans les entrailles fantasmatique de mes rêves.

~ Comment se passe une journée dans la vie de Louis Treserras ?

Je/nous sommes très matinaux. Il n’est pas rare que je me rende à mon atelier très tôt le matin, même avant le levé du jour. C’est pour moi le meilleur moment de la journée, le plus créatif et stimulant, travailler alors que tous autour de moi dorment encore. Je travaille tous les jours sans exception lorsque je suis en Ardèche. Pour cesser de peindre, il me faut m’éloigner de mon atelier, partir loin… J’ai toujours mon petit Leica avec moi, mais je ne fais que du paysage ou des portraits de chats. Cela me repose un peu, et je rentre avec une énergie à tout construire.

lestroisgrâces
Les trois grâces, modèle : Morrigu.

~ Enfin, quels sont vos projets actuels, ou à venir (peinture, expositions, etc) ?

Je suis dans une période de recherche. J’ai donc en projet de travailler et de voir ce qui va sortir de ces prochaines semaines, mois, années de travail. Les expos sont permanentes et parfois exceptionnelles. Elles sont des virgules dans le quotidien de mon travail de peintre, mais je me passerais volontiers de ponctuation.

mademoiselle
Mademoiselle, modèle : Marion Botineau.
Achille ou l’enfant sauvage.

 

* * *

 

En savoir plus :

Travaux récents
Treserras/Berit
Page Facebook

 


→ Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à nous soutenir financièrement sur Tipeee, plateforme de mécénat participatif !

2 réflexions sur “Louis Treserras, la pureté dans la peinture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s