Interview de la jeune photographe Solène Ballesta : « Je voudrais que le musée d’Orsay soit ma deuxième maison. »

Solène Ballesta est une flèche montante de la photographie parisienne. La tête bouillonnante d’idées, elle fait voyager les spectateurs à travers ses clichés très travaillés, aux ambiances oniriques ou chic. L’inventivité de Solène n’est plus à démontrer, et elle est aussi à l’aise dans les thèmes picturaux, érotiques, sobres et/ou noirs. Elle détient le Prix Picto de la jeune photographie de mode, et est représentée par la Micro Galerie à Paris.

~ Bonjour Solène ! Peux-tu nous raconter ton parcours photographique ?

Salut ! J’ai commencé par l’école de Condé, Paris, juste après le bac, pour voir si je voulais me professionnaliser dans cette discipline que je pratiquais un peu en amateur, et le coup de foudre a été immédiat ! Là-bas, j’ai aussi pu réaliser plusieurs stages avec des photographes super inspirants, et dans des super studios, j’étais très impatiente de travailler moi aussi. Avec une deuxième passion pour le cinéma, j’ai, après Condé, intégré la Sorbonne, en Licence Pratique et Esthétique de cinéma, pour ensuite revenir à la photographie mais d’un point de vue plus théorique, au sein d’un master Photographie et Art contemporain à Paris 8, qui a été une occasion de beaucoup m’ouvrir l’esprit et d’échanger avec des gens formidables.

En sortant de Condé, j’ai eu la chance d’être mention spéciale du Prix Picto de la jeune photographie de Mode et de rejoindre la Micro Galerie, et donc de travailler assez vite ! Ça a été un peu compliqué de combiner les études et les commandes et expos, mais ouf, j’ai pu aller jusqu’au bout, et je travaille à plein temps en tant que photographe désormais !

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Éloge de l’ombre – modèle Caroline Y. Monin.

~ Pourquoi avoir choisi la photographie comme moyen d’expression ?

Probablement pour la rapidité d’exécution, et pour l’aspect technique. En photo on peut très vite passer d’un sujet à un autre, et quand on a beaucoup d’idées c’est plus commode que la vidéo ou les arts plastiques. Il y a aussi toute la partie studio, laboratoire, très scientifique, qui me plaît beaucoup. Et surtout, surtout, en photographie, on touche à tous les domaines, on bouge beaucoup, on est surpris tous les jours et on rencontre des gens de tous les milieux.

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Série Evanidis.

~ La plupart de tes séries sont très poétiques (décors naturels ou intérieurs somptueux, modèles mélancoliques, usage de l’argentique, etc), où puises-tu ton inspiration en général ?

N’importe où ! Devant un film, à une expo, lors d’une ballade, dans mon sommeil, selon mes états émotionnels… Il suffit que je voie une belle lumière, telle ou telle situation ou simplement un visage qui me plaît pour que l’inspiration vienne. D’une toute petite chose peut résulter une image.

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Nature boy – modèle : Théo Audoire.

~ On sent fortement une influence picturale, je pense notamment à la série « La Baigneuse », qui a un côté très XIXe siècle. Quelles sont tes mouvements artistiques préférés ?

Bien évidemment , peut-être principalement la peinture du XIXe : orientalisme, japonisme, préraphaélisme, et romantisme au sens large. Je voudrais que le musée d’Orsay soit ma deuxième maison :).

De manière générale je suis très attirée par l’art oriental, et asiatique en particulier, d’Hiroshige à Wang Meifang, que j’adore métisser avec mes références européennes.

~ Personnellement, j’adore ta série « Evanidis », faite de portraits troublants de femmes et de divers objets les entourant. Peux-tu expliquer quelle est la trame de cette série ?

Elle est très simple : réaliser les portraits de jeunes femmes, avec des objets qui leur sont chers et qui les représentent. Est ensuite apparue l’idée du diptyque, pour opposer le monde matériel (qui reste) de l’humain (qui est plus éphémère). Evanidis signifie en latin « qui est voué à disparaître », cette série est une petite étude sur les vanités, sur ce qui reste de nous, sur le caractère transitoire de la beauté et de la jeunesse, et de la fascination qu’engendrent ces visages splendides face à des objets qui témoignent d’un âge déjà révolu, comme en prévision de l’inéluctable temps qui passe et des être qui disparaissent.

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Yurei-Zou – modèle : Anna Uchiyama.

~ Tu as créé divers éditos mode, qu’est-ce que tu aimes dans ce genre photographique ?

Je suis arrivée à la mode un peu par hasard. J’ai commencé la photographie par le théâtre, par passion du costume et de la mise en scène. Ce que j’ai ensuite complètement retrouvé dans la photo de mode ! Cela me permet de raconter des histoires avec un certain esthétisme, et de laisser libre cours à ma créativité, tout en assouvissant ma passion pour les beaux vêtements.

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The Dream Diary – autoportrait.

~ La plupart de tes séries sont soigneusement travaillées, à l’instar de « Ballet Russe », « Sur la falaise », ou encore « Clea’s room ». Comment se passe une journée shooting avec Solène Ballesta ?

Aucune ne se ressemble ! Tout dépend déjà avec qui je travaille, la plupart de mes collaborateurs devenant assez vite des amis, il y a une bonne part de déconnade :). Ensuite, j’aime vraiment plutôt travailler en équipe très réduite, voire seule avec la ou le modèle, et je parle beaucoup ! Bien que la mise en scène soit très préparée, je laisse toujours de la place à l’improvisation et aux propositions des modèles, c’est souvent comme cela qu’arrivent les meilleures images.

~ Depuis quelques temps, tu fais partie du collectif Amaranthes, et un livre est né de ce groupe d’artistes : Lune.s. Peux-tu nous-en parler ? Pourquoi ce collectif, quels sont vos projets ?

J’ai co-fondé ce collectif l’année dernière avec des amies artistes très chères : Alexandra Banti, Hana Bolkonski, Marion Saupin et Camille de Délicate Distorsion. Cette initiative nous est venue très naturellement, car nous partageons la même vision de la création et les mêmes références, un vrai coup de foudre artistique ! Ce collectif a surtout pour but de nous faire plaisir : être ensemble, indépendantes, réaliser des projets qui nous tiennent à cœur mais qui ne pourraient pas avoir lieu au sein d’une commande ou en projet solo, et juste faire ce qu’il nous plaît en nous soutenant les unes les autres.

Nous avons commencé avec ce livre, qui mélange nos disciplines : Des nouvelles d’Hana, illustrées de nos photographies selon les trois thèmes, et les illustrations de Camille reliant le tout. Pour les prochaines idées : des polaroids et des lettres d’amour, des affiches, des projections, des performances, une nouvelle résidence… je n’en dis pas plus !

~ Enfin, quels sont tes projets personnels pour 2018 ?

Beaucoup ! J’ai eu l’immense chance d’être sélectionnée dans les « 30 women photographers under 30 » du site Artpil, et j’enchaîne les beaux projets : avec des musiciens, des comédiennes (toujours, je les adore), des éditos mode, le collectif Amaranthes et In Carne, avancer sur le « Journal des rêves » (mon grand projet personnel en cours)… Et toujours la collaboration avec Sandra Péchenard, artiste fleuriste, qui j’espère nous mènera loin ! J’ai un agenda bien rempli et la tête pleine d’idées :).

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Constellations – modèle : Clara Doxal.

 

 

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En savoir plus :

Site de Solène Ballesta

Collectif Amaranthes

 


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