Imaginaire d’une plante : la mandragore.

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Gravure de la « vraie plante » sur le site : Informations et Documents

La mandegloire, une plante réelle.

Déjà présentée dans le texte biblique auprès du roi Salomon, elle continue de jouir d’une aura particulière auprès de la communauté sorcière. Malgré tout ce qu’on a pu lui prêter comme capacités, il semble important de dire qu’elle reste une plante réelle ! Eh oui, pour quiconque possèderait l’âme jardinière et patiente, des graines se trouvent maintenant sur Internet. Plante solanacée, elle se distingue en deux catégories : officinarum, et autumnalis. On fait traditionnellement très peu de distinctions fondamentales entre les deux espèces. Il semble que la mandegloire ait joui de nombreuses vertus, qu’on a voulu lui conférer : fertilité, chance, mais aussi réalité psychotrope.

Grand patrimoine de Loire Atlantique
Source : site Grand Patrimoine de Loire-Atlantique.

Une place particulière dans l’histoire médicale.

Sa réalité est attestée depuis l’aube des temps, et de nombreuses médecines anciennes s’y sont penchées. Mentionnée dans la Bible à plusieurs reprises, elle est cultivée dans certains jardins médiévaux à des fins médicinales. Hildegarde de Bingen, abbesse rhénane du XIIe siècle, en relevait déjà les spectaculaires usages : elle la voyait non seulement à l’image de l’Homme, par la forme de sa racine, mais aussi très utile dans sa froideur. Froide, elle l’est, au vu de la médecine humorale qui fonde son principe depuis l’Antiquité sur un système de correspondances générales entre l’Homme et la Nature, selon les pôles froid-chaud, et humide-sec. Ainsi, l’ardeur amoureuse, selon sainte Hildegarde, pourra être adoucie à l’aide de mandragore, reconnue comme plante « froide ». Effectivement, si l’on en croit ses capacités psychotropes à cause de sa nature alcaloïde, elle est pourvoyeuse d’illusions pour les sens humains, déroutés dans leur ardeur.

secrets de plante
Source : site Secrets de Plantes. Cette gravure montre combien l’on voulait distinguer la mandragore mâle de la mandragore femelle, selon où les tubercules étaient placés sur la racine mère…

Fruit de la semence, du gibet et du sol.

Si la mandragore est connue, c’est notamment pour son origine mystérieuse. Comme en attestent les gravures de cet article, elle possède naturellement une forme prononcée au niveau de la racine, et d’aucuns ont pu y voir une forme humanoïde. Il est notamment dit, dans le folklore, qu’elle pousse lors de la rencontre de la semence des pendus avec le sol. D’autres ont  pu dire qu’elle poussait déjà sous l’arbre du Bien et du Mal dans l’Eden (selon certains courants rabbiniques). Dans tous les cas, elle est associée au domaine de l’occulte et sa forme suscite bien des interprétations : sa racine pivotante, imposante, la dote d’une silhouette parfois humanoïde. Alors, selon les subtilités, on aura pu dire que la racine est tantôt femelle, tantôt mâle. Appelée « Satan’s apple » chez les anglais, elle est synonyme de « sorcière » en ancien allemand (alruna).

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Scène d’arrachage des mandragores dans un des films de la saga Harry Potter.

La cueillette aux mille épreuves.

La cueillette de la mandragore est très ritualisée. En effet, de par sa forme humanoïde, elle a toujours inspiré la crainte à l’Homme. On dit son cri terrible, et ce ne sont pas les cours d’herboristerie d’Harry Potter qui diront le contraire… Cri perçant, sans doute, et c’est bien pour cela qu’on impliquait un chien (noir, s’entend) pour aller la cueillir : mieux valait la mort de l’innocent animal plutôt que du prêtre officiant. En réalité, les facteurs idéaux auraient voulu d’un samedi soir, avec un chien noir, et une vierge sacrifiant ses cheveux. L’officiant aurait prononcé diverses incantations pour pacifier la plante maléfique, puis le chien aurait tiré la corde fermement attachée à la racine, suite à quoi l’animal serait promis à une mort certaine. Ce cérémonial complexe est excellemment décrit dans le chapitre III de l’ouvrage de Gustave Le Rouge, mis en bibliographie plus bas. L’iconographie est riche autour de cet imaginaire de la cueillette, et elle peut parfois révéler d’amusantes variations…

tacuinum sanitatis
Cueillette illustrée dans le Tacuinum Sanitatis.

La plante aux mille vertus.

Parce qu’elle est une plante curieuse, rare, elle est vite prisée par la population. On en dit des merveilles et des horreurs : maléfique pour certains, elle est au contraire source de prospérité pour d’autres, qui ne pourraient s’en passer dans leur porte-monnaie… Il est aussi dit qu’elle fait partie des vingt-cinq plantes dans le bois sacré de la déesse Hécate. Liée au même titre à Aphrodite et Circé, elle est donc par essence (et par croyance) la plante de sorcière et de la séductrice, presque par excellence. Toutefois, elle est aussi plante de sorcière dans la réalité : retrouvée dans de nombreux petits pots d’onguent, elle atteste d’un usage concret de son pouvoir alcaloïde. L’onguent de vol est une véritable curiosité historique, et l’on a pu retrouver en effet de petits pots çà et là dans quelques vieilles bâtisses françaises. Historiquement, on la lie à d’autres solanacées ou toxiques telles que la belladone, la jusquiame ou l’hellébore. Toutes toxiques, elles ont pourtant été plus ou moins dosées pour produire un effet hallucinogène, attesté, et donner ainsi la sensation de voler… D’où les récits de sabbat. La composition de cet onguent est dite variable, mais on retrouve souvent ces plantes toxiques, notamment la mandragore… Quand un nourrisson non-baptisé n’est pas indiqué pour l’usage !

illustration victoria francés
Une jolie version de la mandragore illustrée par la magique Victoria Francés, à cheval entre l’illustratrice et la parfaite sorcière…

Alors, à vous de voir si vous voulez la nourrir de lait ou tenter l’expérience du portefeuille, mais cela reste une plante très jolie. (Si vous avez l’âme jardinière, tentez le semis entre février et avril !)

 

 


Bibliographie :

Michèle Biliminoff, Enquête sur les plantes magiques, éd. Ouest-France, coll. « Mémoires », 2003.

Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, éd. Lgf, coll. « La pochotèque », 2006.

Sandra Kynes, La Magie des plantes, éd. Danae, 2017.

Erika Lais, Petit Grimoire des plantes de sorcière, éd. Rustica, 2017.

Erika Lais, Grimoire des plantes de sorcière, éd. Rustica, 2016.

Gustave Le Rouge, La Mandragore magique, éd. Terre de Brume, 2015 (pour l’édition du texte).

Silja, Le Grand livre des rituels magiques avec les plantes, éd. Contre-dires, 2009.

6 réflexions sur “Imaginaire d’une plante : la mandragore.

      1. Totalement d’accord ! Une plante fascinante en effet ! Tiens bon, j’avais réussi à bien en faire pousser une, mais malheureusement les aléas des températures l’avaient beaucoup fragilisée… c’est vraiment une plante avec laquelle on tisse une relation j’ai l’impression 😊

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  1. très intéressant article. même si ce n’est pas tant pour des raisons jardinières, avoir eu connaissance de cette plante fort emblématique de la sorcellerie était une précieuse information à ne pas négliger. j’ai ajouté votre article à mes favoris 😀

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