Oreiller d’herbes, Nastume Sôseki, 1906.

abelio

De l’écart avec le monde des hommes naît la poésie.

Un ouvrage si fin qu’il pourrait passer inaperçu. Un narrateur dès le début part du principe qu’il est partout difficile de vivre dans le monde des hommes, et que de cet écart, naît l’attitude poétique. Il réfléchit sur cette question en marchant, et le lecteur est amené à assister à cette cogitation très subtile. Les mots ne se bousculent jamais, mais expriment une vérité absolue pour quiconque a l’âme d’un artiste bousculé. Curieuse découverte faite au détour d’une étagère de bibliothèque. Le narrateur évolue au gré de la compagnie de différents personnages, en entendant cette histoire de la « Belle de Nagara »…

Une relation flottante.

Il parvient à rencontrer une jeune femme, et commence une relation étrange et flottante. Érotisme latent au détour d’un panneau japonais, ou spectacle des fleurs, les images sont très fortes. Le narrateur est peintre, peintre frustré. Il tente d’exercer son art quotidiennement devant cet étang aux histoires de femmes noyées… Apparition fantomatique voulant, le récit adopte une délicieuse saveur trouble, entre l’onirisme et la terre sous une « lune vague » (expression reprenant le titre du fabuleux film Les contes de la lune vague après la pluie). Les fleurs abondent et ornent les pages de leurs couleurs :

« Il est vraiment superbe d’errer sans aucun but par une belle nuit de printemps. Mon principe serait plutôt de laisser venir le charme comme il vient et de le laisser partir quand il part. » (page 135)

Une quête de soi, entre l’art et les fleurs de cerisier.

Au début en quête de lui-même et de nouvelles idées pour un art parfait, il finit par ne peindre aucune toile. Progressivement, son regard change, pour délivrer au lecteur des pensées d’une piquante philosophie. Difficile est la relation au frère humain, mais plus riche en est l’attitude poétique… Ce court livre est une excellente leçon à prendre, que ce soit au détour des pensées vagues du narrateur ou au détour de l’odeur des fleurs japonaises. Le printemps métaphorise l’éveil même du conteur (appelons le narrateur ainsi), tout comme le nôtre. Roman de contemplation gratuite, il est aussi à mon sens une forme raffinée de conte philosophique, loin du fracas urbain.

En somme, ce fut une découverte surprenante et très apaisante.

 

Oreiller d’herbes, Natsume Sôseki, traduit par René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, éd. Payot et Rivages, 1989.

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