Folklore, de Charles Duttine

Enseignant en lettres et en philosophie, Charles Duttine revisite mythes et légendes sous forme de nouvelles : de petites histoires d’hier et d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

J’ai eu le sentiment d’être tour à tour actrice, puis spectatrice dans ce recueil de grande poésie. L’auteur, qui distribue des rôles dramatiques, nous invite à nous poser des questions sur la vie, et ça fait du bien ! Son écriture est légère, facile ; ce qui est surprenant lorsque l’on découvre le résumé. Un résumé trop ronflant à mon goût. Peut-être même poussiéreux, comme beaucoup de livres sur la philosophie que l’on garde dans un coin de la bibliothèque. Ces ouvrages à l’écriture intellectuelle et non accessible pour les lecteurs non avertis sont souvent ennuyeux. Mais comme par magie, l’intérieur de Folklore publié chez la P’tite Hélène Éditions se révèle divin.

Personnellement, j’aurais trouvé plus judicieux de choisir pour titre « Rites », afin de décrire l’enseignement des mythes de l’Antiquité. Le mot « Folklore » marque la fête et ses réjouissances. Je pense qu’il y a un réel contraste entre le titre du livre et son contenu. Charles Duttine démystifie la mort en nous rappelant que nous avons tous un rôle dans la vie de celle-ci. Nous pouvons choisir notre mort ou la donner. Nous pouvons la penser et la souhaiter. Nous pouvons la vivre et en faire le deuil. Mais ne vous méprenez pas, ses mots ne sont pas pour autant neurasthéniques.

La couverture affiche un collage inspiré d’Arcimboldo : Le feu ou Érostrate. Son message n’est pas évident ; peut-être que l’image est mal choisie. Lorsque je pense au « feu », je pense à la nouvelle « Saturne », où le jeune homme est brûlé par sa passion. Je ne pense pas à Jean-Paul Sartre, le référent d’Érostrate choisi par l’écrivain. Néanmoins « Saturne » est sans aucun doute mon récit préféré, parce que même si le lecteur s’octroie la place du mort, nous ne sommes pas dans la tombe de l’oubli, mais dans la communication.

J’imaginais lire une fiction documentaire se passant au temps des Grecs. Que nenni ! Nous sommes au présent, dans le futur même : avec « Gysès », où l’histoire se déroule en 2118.  Un récit admirable, où l’auteur réussit à dépeindre nos plus grandes angoisses sur ce qui adviendra, et où l’anonymat est pire que la mort. Pourtant, ce qui surprend, ce n’est pas le choix du temps où les mythes sont racontés, mais le lieu. Tantôt nous nous trouvons avec les personnages au sein d’une Z.U.P., dans un rêve, dans un musée, et même, dans la maison de la radio sur les quais de Seine !

Pour conclure, j’ai dévoré toutes ces petites histoires avec le sentiment d’être restée sur ma faim. Peut-être bien que le format est trop court ou que les nouvelles de notre épistolier sont addictives. Les fictions interrogent, laissent une trace, elles peuvent résonner en nous, et nous faire pleurer.

Voyez-vous, Charles Duttine a tous les ingrédients pour nous écrire un bon roman !

La commande est passée !

 

 

Charles Dut­tine, Folk­lore, édi­tions La P’tite Hélène, 2018.

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