Huysmans à l’école du Diable : Là-Bas.

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Une des couvertures du roman, reprenant l’imagerie des cartes de tarot.

Une critique acide du naturalisme matérialiste contre le romantisme idéaliste ?

Ainsi s’ouvre le roman : une discussion entre Durtal et des Hermies, amis partageant un avis pour le moins opposé. Durtal en remercierait presque le naturalisme d’avoir débarrassé la littérature de ce romantisme, la tête dans les nuages. Des Hermies, car tel est son nom tout au long du livre, pourrait prôner un idéalisme, une spiritualité loin de la chrétienté. L’œuvre pourrait se poursuivre de cette manière : philosophique, critique. Il n’en est rien car, rapidement, l’histoire prend une autre tournure, autour de la figure emblématique de Gilles de Rai, « tueur » du Moyen Âge. Durtal écrit sa biographie, incertain, car la figure en question est lointaine, impalpable :

Il ne reste donc qu’à se fabriquer sa vision, s’imaginer avec soi-même les créatures d’un autre temps, s’incarner en elles. (page 47)

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Durtal et la poussière.

Durtal est célibataire, solitaire, avec son concierge félin (le père Râteau). Il passe son temps à écrire, s’écheveler même, sur la figure de Gilles de Rai. Il se demande comment ce personnage a pu passer du seigneur notoire du XVe siècle à ce tueur d’enfants amoureux d’alchimie. L’image pourrait être grossière mais il n’en est rien car Durtal entretient un rapport intimiste avec le passé :

Outre qu’elle [la poussière] a un goût de très ancien biscuit et une odeur fanée de très vieux livre, elle est le velours fluide des choses, la pluie fine mais sèche, qui anémie les teintes excessives et les tons bruts. Elle est aussi la pelure de l’abandon, le voile d’oubli. (page 53)

Durtal et des Hermies possèdent plus qu’une amitié en commun : ils ont coutume d’aller dîner chez cet étrange sonneur de cloches, Carhaix. Ils discutent de satanisme, l’air de rien. Durtal dans le même temps reçoit la lettre d’une étrange femme…

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Site : The Palace of symbols. Peinture : Manuel Orazi, Messe Noire, 1903.

Un érotisme latent au goût de Diable.

Madame Chantelouve : voilà comment cette admiratrice se nomme. Outre le très grand mystère qui auréole la femme, une histoire se tisse dans le plus grand secret. Dans un recoin permis par l’épistolaire, les deux personnages se lient. La femme est sombre, bavarde, un peu sorcière, un peu instable. Rapidement, elle se révèle presque incube, avide de cet amant. Durtal est un personnage finalement déçu des relations consommées, et il retombe dans sa solitude :

Il n’y a que ces amours réelles et intangibles, ces amours faites de mélancolies éloignées et de regrets qui valent ! (page 188)

La scène de sabbat final a tout pour étonner. Si le Perceforest médiéval dépeint le premier sabbat en littérature, celui-là est mémorable. Orgiaque, dionysiaque, halluciné et hallucinatoire, il est une parenthèse au sein du monde réel. Les sabbats sont peu représentés en littérature, et celui-ci saurait confirmer l’avis d’un Jean Wier et de ses suivants : la sorcière ne serait qu’une folle pourvue d’illusions…

 

Là-Bas, Huysmans, éd. Flammarion, Paris, 1978.

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