Imaginaire d’une plante : la Belladone.

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Source : Pinterest. Illustration ancienne de la plante en question.

Je reviens aujourd’hui avec l’imaginaire d’une nouvelle plante :  la belladone ! Le premier article sur la mandragore a été un succès et je prépare des articles réguliers sur quelques plantes mythiques de la sorte. Plongeons quelques minutes dans les vapeurs toxiques de cette dame-là…

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Over-Blog : Mystères Verts. Planche botanique de la plante, de la famille de la tomate. Évident, non ?

Une Belle Dame sans merci ?

Belle-dame : ce surnom pourrait laisser à présager une plante vraiment bénéfique selon la théorie scientifique des signatures. En fait, elle est aussi appelée « Herbe au diable » et « Bouton noir ». En effet, son odeur fétide et la couleur de ses baies indiquent sa très haute toxicité. Dix à vingt de ces « petites cerises noires » suffisent pour tuer un homme et beaucoup en meurent chaque année, faute de l’avoir prise pour une autre plante. Belle-dame de la taille parfois d’un homme en nature, elle pousse en Europe, en Asie, mais aussi dans la partie nord de l’Afrique. Elle fait partie de la large famille des solanacées, que j’avais déjà présentée dans mon article sur la mandragore. Si l’on peut réduire les solanacées à des toxiques mortelles essentielles comme la jusquiame noire ou la mandragore, en réalité cette famille inclut aussi… nos bonnes vieilles pommes de terre, nos tomates et nos piments ! Les graines sont similaires, mais toxiques (surtout la jusquiame). Elle est devenue rare dans la nature, et c’est bien pour cela qu’elle est une espèce protégée en Basse-Normandie. C’est une plante de soleil, une « vivace » dans le jargon, qui disparaît de la surface en hiver. Il est important de marquer son emplacement si l’on veut l’avoir dans son jardin le printemps suivant ! Cette plante a une longue histoire derrière elle, sur le fil entre la vie et la mort.

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Source : Medicinal Plants and Uses. Planches photographiques de la plante.

Histoire médicale : entre dose létale et propriétés curatives.

Comme ses amies solanacées, elle possède des molécules alcaloïdes, composées d’atropine et de scopolamine. Ce sont ces alcaloïdes qui sont responsables des hallucinations et manifestations corporelles, parfois graves, suite à l’ingestion de la plante. Sensation de voler, sudation, léthargie, excitation ; les sensations varient et peuvent conduire la personne à la mort. La belladone est appréciée médicalement pour ses vertus sédatives (à la limite, donc, de la mort ou la léthargie) quand elle est impeccablement dosée, tout comme ses vertus narcotiques et anti-douleur. Elle reste d’une toxicité avérée au contact et à l’ingestion : voilà donc tout l’art médical quand il s’agit de transformer un toxique en remède. Au XVIIIe, on propose de lui donner un nom latin plus précis : Atropa Belladona. Cela vous rappelle sans doute les histoires des Parques antiques : en effet, Atropos est la troisième des Parques, la « redoutable », la « cruelle ». C’est elle qui coupe le fil de la vie des hommes, et de même agit la belladone. Jolie manière d’allier la mythologie et la science naturelle.

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Numérisation d’un manuscrit datant probablement du XVIe.
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Les Moires, Robinet Testard, XVe, Bnf.

Folklore de la belladone : l’herbe des femmes et de la mort.

Son nom provient sûrement de l’usage qu’en faisaient les dames italiennes il y a quelques siècles. L’un des critères de beauté a pu concerner les yeux brillants : quoi de mieux qu’une plante aux vertus mydriatiques pour se l’appliquer en collyre ? Les pupilles, une fois dilatées, donnaient en effet un aspect très brillant et profond à l’œil. Cette plante est aussi connectée, par le lien ténu qu’elle entretient avec la mort, aux dieux Pluton et Saturne. Le folklore veut qu’elle ait été utilisée dans tout ce qui concernait la mort et les pratiques funéraires : les prêtres.ses romain.e.s de Bellone prenaient de son infusion pour rendre son culte à la déesse de la guerre. Dans les cultes magiques plus individuels, on a pu remarquer sa présence : elle entretient un rapport particulier à d’autres mondes (la mort, le voyage).

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Rembrandt, Bellona, 1633, États-Unis, New-York (NY), The Metropolitan Museum of Art.

Belladone et sorcellerie.

J’en viens donc à son usage dans la sorcellerie. Il va sans dire qu’elle est une solanacée et que cette variété de plantes possède un lien unique avec la sorcière. Elles sont ses aides, ses compagnes. En effet, on associe la belladone à Hécate (déesse de la mort :  le lien n’est plus à faire !) et Circé (la mère des sorcières dans l’imaginaire collectif). Plus encore, la belladone tout comme la jusquiame, la mandragore et le datura forment un ensemble de plantes utilisé dans le fameux onguent des sorcières. Je vous renvoie à mon article sur la mandragore ! En 1902, deux chercheurs allemands retrouvent un document vieux du XVIIe : celui-ci proposait une recette de l’onguent. Les deux érudits, sous assistance, suivent alors la recette et se proposent à l’expérience. Après vingt-quatre heures de sommeil et de délire, les deux scientifiques relatent leur expérience : après avoir respiré les vapeurs de jusquiame et appliqué l’onguent, ils se sont respectivement sentis partir, voler, développer une sensation d’excitation, d’euphorie. Ils comprenaient alors totalement l’effet de « vol sur un balai » que cela avait pu procurer aux femmes-sorcières. Amie ou pas, cette plante peut vous intéresser. Si vous tenez à l’avoir dans votre jardin de toxiques l’année prochaine, sachez que le semis se fait au printemps ou en septembre. Attention ! Les graines sont aussi toxiques, donc un peu de prudence s’impose avant de pouvoir profiter de la beauté de ces baies noires…

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Goya, Linda Maestra ! [série de Los Caprichos], 1799, pas exposé.


Bibliographie :

Bilimoff Michèle, Enquête sur les plantes magiques, Rennes, Éditions Ouest France, 2003.

Brosse Jacques, La Magie des plantes, Paris, Albin Michel, 2005 [1979].

Cunningham Scott, Encyclopédie des plantes magiques, 1985.

Debuigne Gérard ; Couplan, François, Le Petit Larousse des plantes qui guérissent : 500 plantes et leurs remèdes, Paris, Larousse, 2016, [2013].

Kynes Sandra, La Magie des plantes, Rayol Canadel, Editions Danaé, 2017.

Laïs Erika, Grimoire des plantes de sorcière, Paris, Rustica, 2016, [2013].

Laïs Erika, Petit grimoire de sorcière : potions et plantes magiques, Paris, Rustica, 2017.

 

2 réflexions sur “Imaginaire d’une plante : la Belladone.

  1. Je possède une bonne partie des livres sur le sujet que vous mentionnez, pour les besoin d’une histoire sur les sorcière que j’écris en ce moment. Toutefois, je serai curieuse d’avoir la recette de cet onguent : j’aborde la thématique du sabbat (qui porte un autre nom dans mon dialecte).

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